Quand la prison prend soin : enquête sur les pratiques professionnelles de santé mentale en milieu carcéral en France et en Allemagne

par Camille Lancelevée

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Marc Bessin et de Michel Bozon.

Le président du jury était Pascale Laborier.

Le jury était composé de Marc Bessin, Michel Bozon, Pascale Laborier, Corinne Rostaing, Bernard E. Harcourt, Livia Velpry.

Les rapporteurs étaient Pascale Laborier, Corinne Rostaing.


  • Résumé

    Si l'Allemagne dispose depuis les années 1930 d'hôpitaux psycho-légaux (MaßregelvolIzug) pour les auteurs d'infractions présentant des troubles mentaux, les prisons françaises se dotent, à partir des années 1970, de services psychiatriques destinés aux personnes détenues. L'entrée de professionnel-le-s en santé mentale dans les établissements pénitentiaires pose la question de l'hybridation du soin et de la peine dans un objectif de défense sociale. A partir des terrains ethnographiques réalisés dans deux prisons française et allemande, la thèse étudie les modalités d'articulation des pratiques soignantes et pénitentiaires : si la prison de Tourion se présente comme une institution fragmentée, dans laquelle les services de soin psychiatrique se tiennent en marge du traitement pénitentiaire, la prison de Grùnstadt est le lieu d'une coopération renforcée des personnels soignants et pénitentiaires. Dans les deux pays cependant, la présence de ces professionnel-le-s engendre des effets ambivalents : tout en produisant de l'attention pour la souffrance psychique des personnes détenues, elle participe à légitimer le projet d'une peine thérapeutique, à perpétuité pour les plus « dangereux ». Cette thèse illustre les transformations d'une institution devenue « asile », tout à la fois un lieu dans lequel s'entrelacent la peine et le soin dans des agencements insolites, mais également l'un des derniers lieux d'accueil de certaines formes de folie. Au-delà, cette thèse contribue à l'analyse des liens entre transformations institutionnelles et évolutions des mondes professionnels.


  • Résumé

    While Germany relies on forensic hospitals (MaBregelvollzug) since the 1930s, the French penal system develops mental health care services from the 1980s in order to deal with inmates with mental disorders. The involvement of mental health professionals in the penal system begs the question of hybridization of care and punishment. The aim of this thesis is to investigate this hybridization in a French-German comparative. Based on ethnographic field studies - carried out respectively over five months in a French and German prison - the thesis examines the various arrangements of care and punishment: while the prison of Tourion (France) can be described as a fragmented institution, in which the lines between penitentiary and mental health care services are demarcated, the prison of Grunstadt (Germany) arranges a reinforced cooperation. In both countries, however, the presence of mental health care professionals leads to ambivalent effects: it brings the mental suffering of inmates into the spotlight, but also contributes to the legitimization of the concept of therapeutic punishment -life sentence as therapy for the most "dangerous" inmates. Ultimately, this thesis illustrates the contemporary transformations of the prison to an "asylum", namely a place where punishment and treatment are intertwined, but equally, one of the last refuges for certain forms of madness. Beyond prisons, this thesis contributes to analyzing the relation between institutional transformations and the evolution of professional worlds.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (467 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p.443-459. Notes bibliogr.

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  • Bibliothèque : École des hautes études en sciences sociales. Thèses.
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : TPE 2016-101
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