Déploiement de la stratégie des groupes chinois dans les pays émergents et en développement : analyse contextuelle et culturelle. Comment les fleurons chinois s'emparent de territoires et préemptent le long terme

par Dominique Mazé

Thèse de doctorat en Sciences de gestion

Sous la direction de Christian Cadiou.

Le président du jury était Ababacar Mbengue.

Le jury était composé de Christian Cadiou, Ababacar Mbengue, Marc Bidan, Claude Chailan, Kristen Cadiou.

Les rapporteurs étaient Marc Bidan, Claude Chailan.


  • Résumé

    La montée en puissance des groupes industriels et des conglomérats basés en Asie, en Amérique latine, en Europe centrale et orientale, au Moyen-Orient ou bien en Afrique, bouscule les agendas de nombreux fleurons mondiaux et ouvre de nouvelles brèches pour la communauté académique. Elle pose la question de la pérennité de la multinationale d´inspiration anglo-saxonne, longtemps présentée comme la quintessence du capitalisme. Il faut désormais compter avec la Périphérie, ce monde composé de pays émergents et de pays en développement. La Périphérie d´hier et d´aujourd´hui sera le Centre de demain et d´après-demain. Les groupes étatiques et privés chinois rebattent les cartes à l´intérieur et à l´extérieur de celui-ci pour faire la course en tête dans l´économie mondialisée des 50-100 prochaines années. Les études empiriques consacrées aux entreprises originaires des pays émergents (EMNE) fleurissent. A ce jour, aucune nouvelle théorie n´a émergé des débats contradictoires, donnant ainsi crédit au courant évolutionniste. Selon Dunning, Kim et Park (2008), l´internationalisation des EMNE serait la version contemporaine de l´expansion des multinationales des pays développés à la fin des années 1970. Leurs stratégies et leurs modes opératoires ressembleraient à du “vieux vin dans de nouvelles bouteilles”. Le contenu serait quasiment le même. Seul le contenant aurait vraiment changé. Notre recherche vise à décrypter les dynamiques stratégiques, transactionnelles et opérationnelles des groupes chinois dans le monde émergent et en développement. Nous cherchons à comprendre comment le fleurons de l´Empire du Milieu s´emparent de territoires a priori imprenables et préemptent le long terme dans les pays de la Périphérie. Notre étude révèle qu´ils jouissent de leviers et d´atouts spécifiques leur permettant de se battre (war-fighting capabilities) et de conquérir des positions de leaders mondiaux (war-winning capabilities). A rebours du courant évolutionniste, nous mettons en évidence l´originalité des dynamiques chinoises. Les stratégies de conquête des groupes chinois sont travaillées par les questions existentielles (les masses critiques chinoises) et la culture multimillénaire (l´art des combinatoires, la dynamique des flux, l´entresoi) de la Chine. Nous montrons que la préemption institutionnelle habilement orchestrée par l´Etat chinois auprès de la gouvernance défaillante ou mitée des pays hôtes constitue le mode d´entrée privilégié des dragons dans les pays émergents et en développement. Les fleurons chinois investissent massivement dans les vides et déploient des stratégies liquides, que nous appelons “stratégies de l´eau”. Face à elles, les stratégies de la pierre des groupes occidentaux et non occidentaux apparaissent vulnérables. L´eau est supérieure à la pierre. Nos travaux réhabilitent le rôle de la culture dans le champ de la stratégie, et identifient un nouveau paradigme, dénommé IFLC (Institutionalize-Fill-Leverage-Combine), qui pourrait ouvrir la voie à de nouveaux agendas dans le domaine du management stratégique

  • Titre traduit

    Implementation of the strategies of Chinese companies in emerging and developing countries : how do Chinese flagship companies conquer territories and preempt the long term in emerging and developing countries


  • Résumé

    The rising power of industrial firms and conglomerates from Asia, Latin America, Central and Eastern Europe, the Middle East, and Africa, shakes up the agendas of many global companies and opens the door to further academic research. We argue that it challenges the sustainability of the multinational corporations of Anglo-Saxon inspiration. The Periphery of the global economy composed of emerging and developing countries is likely to shift to the Center in the mid- and long-term. Both Chinese State and private enterprises are reshuffling the cards within and outside the Periphery to gain and, ultimately, preserve a strong leadership in the next 50-100 years. Empirical studies dedicated to emerging market multinationals (EMMs) have failed to create a new theory so far, thus providing material for the advocates of evolutionism. Dunning, Kim and Park (2008) viewed the internationalization of EMMs as the contemporary version of the patterns implemented by developed country multinationals in the late 1970s. According to these authors, the strategies of EMMs, and their execution in the host countries, are “an old wine in new bottles”. The content is similar; only the container is different. Our research aims at decoding the strategic, transactional, and operational dynamics at stake in the maneuver warfare waged by Chinese multinational companies in emerging and developing economies. Our five empirical studies strived to shed a new light on how Chinese multinationals conquer new territories, on how they dismantle invincible positions held by historic players, and on how they preempt the long term in countries of the Periphery. Our survey demonstrates that they leverage an unrivalled collection of specific levers and assets that help them wage the war (war-fighting capabilities) and conquer global leadership positions (war-winning capabilities). Unlike the evolutionist trend, we found out that the Chinese expansion strategies and footprint are unique. They are driven by China’s existential questions (critical masses of resources) and long history. The case studies show that the institutional preemption of the flawed, moth-eaten governance of the host countries, skillfully orchestrated by the Chinese State, is the favorite mode of entry of the Chinese dragons in emerging and developing countries. They also show that the latter invest heavily in voids of all natures (1), and that they deploy liquid strategies named ‘water strategies’ as opposed to ‘stone strategies’ (2). Facing water strategies, the ‘stone strategies’ of Western multinationals appear vulnerable. Our research makes it clear that water wins over the stone. Our findings rehabilitate the role of culture in the field of international strategy, and lead to a new theoretical paradigm: IFLC (Institutionalize – Fill – Leverage – Combine). The IFLC model could pave the way to brand new agendas and practices in strategic management.


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