Le non lieu imaginaire de la guerre : pour une lecture de la "Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix" de Jean Giono

par Edouard Schalchli

Thèse de doctorat en Littératures française, francophones et comparée

Sous la direction de Philippe Baudorre.

Le président du jury était Christian Morzewski.

Le jury était composé de Philippe Baudorre, Jean-Yves Laurichesse, Jérôme Roger, Serge Latouche.

Les rapporteurs étaient Christian Morzewski, Jean-Yves Laurichesse.


  • Résumé

    La Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix écrite avant les accords de Munich et publiée, après eux, en 1938, est par excellence le texte illisible de Giono. Communiquant avec l’idylle virgilienne, elle s’en sépare en parlant non pas des paysans mais aux paysans. S’il est un romancier célébré, ses essais sont jugés avec sévérité, son lyrisme romanesque y deviendrait inefficace et ils manqueraient de l’ambiguïté féconde des fictions. Aussi les a-t-on sciemment ignorés ou tenus pour de maladroites concessions au discours social. Plus grave encore, ce texte anti-technicien, pour la paix et pour la paysannerie, nourri par l’expérience de la guerre de 14-18, a paru vidé de toute sa substance par les événements historiques qui lui ont succédé et par l’exploitation approximative de certains de ses thèmes par le pétainisme, qui contribuera à l’inscription de Giono sur la liste noire des écrivains interdits de publication après-guerre. Or, chronologiquement, la Lettre se situe au pivot des « deux » œuvres ou des deux manières de Giono et porte en elle les traces d'une crise intérieure qui est un élément indispensable pour comprendre cette délicate articulation. D’une réflexion sur « les temps actuels », le romancier est passé à des fictions ancrées dans une temporalité stendhalienne. Pourquoi alors est-elle alors demeurée une sorte de point aveugle, impossible à regarder ? Réfléchir à cette Lettre et à sa réception, c’est poser de manière aiguë la question du texte, de son lien avec son contexte d’écriture et de lecture, d’autant plus que la Lettre veut être un geste, une entrée dans l’histoire. Si Albert Camus l’a lu à sa parution et en a rendu compte, Bernard Charbonneau, précurseur de l’écologie politique, s’en est très certainement inspiré sans le dire, et les silences de Maurice Blanchot qui écrit pourtant en 1942 un article sur Giono sont également significatifs. Que se passe-t-il si on lui choisit un autre contexte ? Si on la lit depuis la crise morale et politique des années 1970, sous l’éclairage des événements du Larzac ? Si on la considère à partir des écrits de Jean Baudrillard ? Qu’est-ce qui, ainsi, entre alors dans le temps où se situent ensemble le texte et son lecteur ?

  • Titre traduit

    The impossible place of war : for a reading of the "Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix" ("Letter to the Peasantry on Poverty and Peace") of Jean Giono


  • Résumé

    The Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (Letter to the Peasantry on Poverty and Peace), written before the Munich Agreement and published after it, in 1938, has become an illegible text. Related to Virgilian idylls, it nonetheless differs from them because it does not elaborate about peasants but addresses them. If Giono is a distinguished novelist, his essays are judged severely, his romantic lyricism is felt to be ineffective in non-fiction, and they appear to miss the fertile ambiguity of his novels. Thus, they were knowingly ignored or taken for awkward concessions to some weak social discourse. Worse, this anti-technological stance for peace and for peasantry, fed by the experience of the World War I, seems to be emptied of all substance by the historical events which followed it and by the vague appropriation of some of its themes by Petainism, that will contribute to put Giono on the official blacklist of banned writers after World War II.From tales on "current times", the novelist turned after the war to fictions rooted in a Stendhal-related temporality. And chronologically, the Letter is the pivot of Giono’s "two" works or “two” styles and reflects an inner crisis that sheds light on their elusive bond. Why did-it then remain a sort of blind spot, impossible to face? Examining this letter and its reception, acutely raises the issue of the relationship of the text with both its writing and reading contexts, especially as the Letter aims to be an action, with an effect on History. Albert Camus has read and chronicled it at the time; Bernard Charbonneau, the precursor of political ecology, was without a doubt inspired by the Letter without actually quoting it, and Maurice Blanchot’s silence in the article he wrote on Giono in 1942 is also significant.What happens if one chooses another context for the Letter, if one reads it from the point of view of the 1970s moral and political crisis, under the light of the Larzac struggle, if it is considered from the stance developed in Jean Baudrillard’s writings? What then is entering the moment in which the text and its reader coexist?

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