"Heimat Südtirol" : la cohabitation des germanophones et des italophones dans le département de Bolzane (Italie)

par Ingrid Kofler

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Jan Spurk et de Roberto Cipriani.

Soutenue le 26-09-2015

à Sorbonne Paris Cité en cotutelle avec l'Università degli studi Roma Tre , dans le cadre de École doctorale Sciences humaines et sociales : cultures, individus, sociétés (Paris) , en partenariat avec Université Paris Descartes (établissement de préparation) .

Le président du jury était Yves Sintomer.

Le jury était composé de Jan Spurk, Roberto Cipriani, Yves Sintomer, Max Haller.

Les rapporteurs étaient Yves Sintomer, Max Haller.


  • Résumé

    Cette étude aspire à expliquer les raisons de la cohabitation - basée sur une différentiation linguistique - entre les germanophones et les italophones qui constituent la population du département du Haut-Adige/Tyrol du Sud (situé dans l'extrémité nord-orientale de l'Italie). Ce territoire, qui appartenait, historiquement, au Tyrol autrichien, a été annexé à l'Italie en 1918, raison pour laquelle il est constitué de deux tiers de germanophones qui ont toutefois réussi à maintenir leurs spécificités (notamment linguistique et culturelle) grâce à une large autonomie administrative et juridique, obtenue en 1972 après bien des vicissitudes faites de vexations et de luttes revendicatives. Cette autonomie a instauré un système social basé sur la séparation, institutionnellement orchestrée et idéologiquement alimentée par le monde politique et médiatique, des deux groupes linguistiques. Cela a engendré, chez les habitants italophones, un fort « malaise » identitaire. En partant du présupposé que le « modèle sud-tyrolien » - dont la genèse et la mise en pratique font l'objet d'explicitations - n´est pas remis en question dans la mesure ou il est désormais devenu une « seconde nature ». La question qui est au centre de cette recherche consiste à se demander pourquoi cette réalité binaire, fondée sur une distinction « ethnique », se maintient dans le temps malgré une ambition déclarée d'interculturalité et de bilinguisme. Cette étude, axée sur l'immersion dans la quotidienneté de la population, nous porte à interroger la quotidienneté et la subjectivité des individus : il s´agit d´accéder à leurs visions du monde grâce à l'analyse de leur imaginaire social, de leurs mémoires collectives, de leur définition de l´autre et des identités sud-tyroliennes. Ainsi, si la langue et les institutions freinent le contact entre les deux groupes, la dynamique de reproduction de la séparation est intériorisée et par conséquent pratiquée par les individus. De fait, la Heimat - concept propre au monde germanophone qui a fini par s'imposer largement au sein de ce travail - participe en tant que « monde-de-la-vie » à cette séparation vécue dont la remise en question saperait les fondements mêmes de ce vivre ensemble spécifique qui va désormais de soi. Malgré la « dimension utopique » qu'elle renferme (Bloch), il semble difficile, au vu du fatalisme de la population qui s'en remet aux générations à venir, de se soustraire à cette « Heimat Südtirol » qui ne laisse que peu de place à l'idée d'un avenir autre capable de dépasser la séparation.

  • Titre traduit

    "Heimat Südtirol" : the coexistence of German- and Italian-speaking inhabitants of the province of Bolzano (Italy)


  • Résumé

    This study analyses the coexistence between the German- and Italian-speaking population of the province of Bolzano - South Tyrol. The focus is on approaches that can explain the separated realities of these two linguistic groups. Before the annexation to Italy in 1918, South Tyrol was part of the Austro-Hungarian Empire. Two thirds of the population speaks German and preserve its linguistic and cultural features due to its administrative and legislative autonomy, which has been obtained after long struggles for recognition. This has produced a social system, which is based on the separation of the two linguistic groups supported by institutions, for instance schools, reinforced by politics and media. These developments led to a widespread identitary uneasiness of the Italian-speaking population. The central question is on how this "ethnic" separation is based on and could be preserved. It was supposed that this "South Tyrol model" is not questioned as it is perceived as a "second nature". By studying the everyday life, the perceptions and visions of the German- and Italian-speaking population, this study intends to provide explanations to the largely separated coexistence. This study uses a qualitative research approach. Group interviews were conducted with members of the Geman- and Italian-speaking population in different municipalities. In addition, expert interviews were carried out with political representatives. Results of this study suggest that different factors explain the separated coexistence by linguistic belonging: the collective memories and their transmission to younger generations; the relationships of power and domination; the definitions of "we" and the other; as well as the different South Tyrolean identities of the German- and Italian-speaking population. Encounters between the two linguistic groups are additionally hampered by the different languages and the institutional separation. The division is internalised by the two linguistic groups and practiced in accordance. This results in a dynamic of reproduction that perpetuates this model of coexistence. The Heimat as "lifeworld", which manifests itself in this separation, plays an important role for the coexistence. The "utopian dimension" of the Heimat (Bloch) does not allow to escape and to imagine a possible future which would overcome this specific type of lifeworld "Heimat Südtirol". On the contrary, this is left to the fatalism and future generations.

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