Étude d'un biais prosodique précoce : le cas de la loi iambo-trochaïque

par Nawal Abboub

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Thierry Nazzi et de Judit Gervain.

Soutenue le 25-09-2015

à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Cognition, comportements, conduites humaines (Boulogne-Billancourt) , en partenariat avec Laboratoire Psychologie de la Perception / LPP (laboratoire) et de Université Paris Descartes (établissement de préparation) .

Le président du jury était Fabrice Wallois.

Le jury était composé de Thierry Nazzi, Judit Gervain, Fabrice Wallois, Marina Nespor, Hellmuth Obrig.

Les rapporteurs étaient Fabrice Wallois, Marina Nespor.


  • Résumé

    Le but de cette thèse a été d'explorer certains des mécanismes relatifs à la perception de la prosodie linguistique. Cet intérêt provient du fait que la prosodie, qui est portée dans le signal acoustique par les indices d'intensité, durée et pitch, pourrait guider les nourrissons dans l'apprentissage des mots et de leur ordre dans les phrases. Nous avons donc étudié un mécanisme qui pourrait sous-tendre ces capacités prosodiques précoces : la loi iambo-trochaïque (iambic-trochaic law : ITL). L'ITL (Woodrow, 1909; Hayes, 1995; Nespor et al., 2008) est un des principes d'organisation de la perception auditive qui a été proposé comme ayant un rôle important non seulement dans la perception chez l'adulte, mais aussi pendant l'acquisition du langage chez le nourrisson. L'ITL postule une préférence générale pour le regroupement des éléments sonores (syllabes, notes musicales...) en paires, en fonction des variations d'intensité, de tonalité (pitch) ou de durée de ces éléments : les sons forts ou aigus marquent le début de groupes de pattern trochaïque (fort-faible ou aigu-grave), alors que les sons longs marquent la fin de groupes de pattern iambique (court-long). Toutefois, les langues diffèrent dans leur façon d'utiliser ces indices acoustiques pour marquer la proéminence prosodique dans les mots et dans les syntagmes. Par exemple, le français ne possède pas d'accent lexical mais un accent au niveau du syntagme où la dernière syllabe est allongée, ce qui crée un contraste court-long (pattern iambique basé sur la durée). A l'inverse, en anglais ou en allemand, l'accent lexical est en général sur la première syllabe, qui est plus forte et/ou plus aigüe, ce qui induit un pattern trochaïque basé sur l'intensité ou le pitch. L'environnement linguistique pourrait donc interagir avec l'ITL. Cette thèse s'articule en deux axes. D'une part, dans une tâche de segmentation / reconnaissance de paires de syllabes, nos données montrent que des sensibilités à l'ITL sont présentes chez l'adulte (Exp. 1) et le nourrisson de 7,5 mois (Exp. 2), français et allemands. De faibles différences cross-linguistiques entre les deux groupes sont retrouvées pour le groupement basé sur l'intensité. D'autre part, à l'aide de la NIRS (Near InfraRed Spectroscopy), nous avons mesuré les réponses d'activité cérébrale chez des nouveau-nés et mis en évidence que des sensibilités à l'ITL sont présentes à la naissance et déjà influencées par la langue entendue in utero (Exp. 3-6). Pour finir, nous avons exploré de quelle manière l'environnement linguistique influence les compétences de discrimination de patterns rythmiques d'accentuation des mots chez des nourrissons de 10 mois (Exp. 7). Nos résultats révèlent que des nourrissons bilingues apprenant le français et une langue avec un accent lexical variable sont capables de discriminer des patterns d'accentuation contrairement aux monolingues français. Pris ensemble, nos résultats contribuent à la compréhension de l'origine développementale de l'ITL, de sa modulation par l'environnement linguistique et du développement langue-spécifique du traitement et des préférences rythmiques.

  • Titre traduit

    Early prosodic biases : the iambic trochaic law


  • Résumé

    The goal of this doctoral dissertation was to explore the mechanisms underlying linguistic prosodic perception. Prosody is carried in the speech signal by a number of acoustic cues, including duration, intensity and pitch. Importantly for language acquisition, prosody could help infants learn words and word order in their native language. Therefore, we studied a mechanism that could support these early prosodic abilities: the iambic/trochaic law (ITL). The ITL (Woodrow, 1909; Hayes, 1995; Nespor et al., 2008) is a mechanism that organizes auditory perception and was proposed to have an important role not only in adult speech perception but also in language acquisition in infancy. The ITL states that sounds (e.g., syllables, musical notes, etc.) contrasting in intensity/pitch form pairs with initial prominence, i.e., a trochaic pattern (strong-weak or high-low), and those contrasting in duration form pairs with final prominence, i.e., an iambic pattern (short-long). However, languages differ in how these acoustic cues mark prosodic prominence both at the level of words and of phonological phrases. For example, French has no lexical stress but has phrase-final stress, the last syllable of the phrase being lengthened, creating a short-long pattern (duration-based iambic pattern). Conversely, in English or in German, lexical stress is usually on the first syllable, which has higher intensity and/or pitch (intensity- or pitch-based trochaic pattern). Listeners' language background is therefore likely to interact with the ITL bias. This thesis is divided into two main parts. First, in a segmentation / syllable pair recognition task, we found that sensitivity to the ITL was present in French and German adults (Exp. 1) and 7.5-month-old infants (Exp. 2). We found weak cross-linguistic differences between the two language groups for the intensity grouping in adults and infants. Secondly, using NIRS (Near InfraRed Spectroscopy), we measured cortical responses in newborns and demonstrated that sensitivity to the ITL was present at birth and were already influenced by the language the infants heard in utero (Exp. 3-6). Finally, we observed how language background influences the ability to discriminate lexical stress patterns in 10-month-olds (Exp. 7). Our findings show that bilingual infants simultaneously learning French and a language with variable lexical stress were able to discriminate stress patterns whereas monolingual French infants could not. Taken together, our results contribute to a better understanding of the developmental origin of the ITL, its modulation by linguistic experience, and language-specific processing and rhythmic preferences.



Le texte intégral de cette thèse sera accessible librement à partir du 01-09-2018

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