La voix genrée, entre idéologies et pratiques – Une étude sociophonétique

par Aron Arnold

Thèse de doctorat en Phonétique

Sous la direction de Jacqueline Vaissière et de Luca Greco.

Soutenue le 03-12-2015

à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Langage et langues (Paris) , en partenariat avec Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) et de Laboratoire de phonétique et phonologie (Paris) (laboratoire) .

Le président du jury était Béatrice Fracchiolla.

Le jury était composé de Jacqueline Vaissière, Luca Greco, Béatrice Fracchiolla, Alexandre Duchêne, Zsuzsanna Fagyal.

Les rapporteurs étaient Alexandre Duchêne, Zsuzsanna Fagyal.


  • Résumé

    Ce travail de thèse interroge le lien qui existe entre voix et genre. Le triple dispositif analytique sociophonétique, consistant à articuler données phonétiques, expérimentales et ethnographiques, a permis d’étudier comment une voix est perçue comme genrée et comment des locutrices/eurs utilisent des pratiques vocales pour indexer des identités de genre. Deux expériences dans lesquelles étaient utilisés comme stimuli des voix de synthèse et des voix resynthétisées ont permis d’observer que la fréquence fondamentale et les fréquences de résonance jouent des rôles différents dans la perception du genre. Une troisième expérience avec des voix de locutrices/eurs trans (transgenres, transsexuel-le-s) a permis de reproduire les résultats des deux expériences précédentes : en deçà d’un certain seuil de fréquence fondamentale, les voix tendent à être perçues comme « voix d’hommes » ; la perception genrée de voix produites avec des fréquences fondamentales supérieures à ce seuil est cependant largement déterminée par les fréquences de résonance.L’étude de pratiques vocales utilisées par des locutrices/eurs trans a soulevé un ensemble de questions sur le passing de genre et sur la co-indexation d’identités et de postures par la voix. Elle a aussi soulevé la question de la légitimité de chercheurs identifiés comme hommes cisgenres à réaliser ce type d’étude. Une démarche ethnographique a pu apporter des éléments de réponse à ces différentes questions. Une analyse de la littérature phonétique a finalement permis de montrer que celle-ci, à travers ses questions et hypothèses de recherche, ses axiomes, ses analyses et interprétations des données, peut véhiculer une idéologie de genre binaire et sexiste.

  • Titre traduit

    Voice, gender ideologies and practices – A sociophonetic study


  • Résumé

    The aim of this dissertation is to investigate the relationship between voice and gender. Phonetic, experimental and ethnographic data have been used to study how the voice is perceived as gendered and how speakers use vocal practices to index gender identities. Two experiments with synthetized and resynthesized voices have shown that fundamental frequency and resonance frequencies play different roles in the perception of gender. The results of these experiments could be reproduced in a third experiment with voices of transgender speakers: under a certain fundamental frequency threshold, voices tend to be perceived as “male voices”; but above this threshold, resonance frequencies define if the voice is perceived as “female voice” or “male voice”. The study of the vocal practices of transgender speakers raised questions about gender passing, and about the indexical link between identities, stances and voice. It also raised the question of the legitimacy of researchers that are identified as cisgender males to do research on trans speaker voices. These different questions could be addressed through ethnographic data. Finally, an analysis of the phonetic literature showed that the research questions and hypotheses, the axioms, the analyses and interpretations of data one can find in phonetic studies can be a vehicle for a sexist and binary gender ideology.


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