Les retombées du génocide rwandais : analyse géopolitique de l'instabilité perpétuelle du Nord-Kivu

par Thierry Zobel

Thèse de doctorat en Geopolitique

Sous la direction de Alain Gascon.

Le président du jury était Robert Edmond Ziavoula.

Le jury était composé de Alain Gascon.

Les rapporteurs étaient François Bart, Michela Fusaschi.


  • Résumé

    Vingt ans après le génocide rwandais, le Nord-Kivu reste fortement marqué par les métastases de cette tragédie. Depuis 1994, cette province en subit les répercussions dans une région où les rivalités communautaires étaient déjà très tendues. En effet, cette région est devenue un condensé de géopolitique régionale où tous les acteurs de la crise sont des héritiers du génocide rwandais. Son étude géopolitique, avec une recherche particulière portée sur le Petit-Nord qui s'étend principalement de 1990 à 2007, permet d‟analyser une période au cours de laquelle les conflits locaux se sont à la fois aggravés et nationalisés jusqu'à se transcender au niveau régional avec l'implication des acteurs étrangers nationaux. L‟instabilité perpétuelle du Nord-Kivu relève de causes multifactorielles où la richesse de son sous-sol combiné par la demande mondiale de matières premières minérales explique la relation de causalité entre l'exploitation illicite des ressources minières et la perpétuation de la guerre, à savoir que la guerre est la continuation de l'économie par d'autres moyens. Elle est également marquée par l'inexistence voire l‟inconsistance de l'État congolais, la densité démographique extrêmement forte de cette région, la porosité des frontières coloniales, l'exacerbation des tensions ethniques et foncières et la profusion de milices armées face à des Nations Unies impuissantes. Mais la prétention régionale du Rwanda reste le coeur de l'instabilité du Nord-Kivu. Kigali a su pleinement profiter et exploiter la culpabilité de la communauté internationale de n'avoir pas réagi au moment du génocide. Ce sentiment d'impunité grâce au « crédit du génocide » est notamment rendu possible par la bienveillance de la communauté internationale et le soutien des « amis du nouveau Rwanda » à commencer par les États-Unis. Le Rwanda a toujours prétexté d'une menace des ex-FAR et des Interahamwe, pour justifier sa présence directe ou indirecte sur le terrain. Pourtant, les FDLR paraissent loin aujourd'hui de représenter une menace réelle pour le Rwanda mais demeure toujours un prétexte facile pour justifier l'ingérence de ses troupes au Nord-Kivu. La conséquence directe de la déstabilisation permanente de la province, est finalement la mise en place d'une forme de « souveraineté partagée » qui a donné la possibilité au Rwanda, directement jusqu'en 2002 puis indirectement jusqu'à aujourd'hui, de profiter à pleines dents « du gâteau » que représente ce territoire.

  • Titre traduit

    The repercussions of the genocide in Rwanda : a geopolitical analysis of the constant instability in North Kivu


  • Résumé

    Twenty years after the Rwanda genocide, the fallout from this tragedy is still leaving a profound mark on North Kivu. Since 1994, this province has continued to suffer from the repercussions in a region where community rivalry was already close to flashpoint. In fact, the region has become a condensed representation of regional geopolitics where all the players in the crisis are the heirs of the Rwanda genocide. A geopolitical study of the region, with in-depth research focussing on the northern province running mainly from 1990 to 2007, offers an analysis of the period during which local conflict worsened and took on a national bias before expanding onto a regional level with the involvement of foreign national players. The causes of perpetual instability in North Kivu are multifaceted – the riches in its subsoil combined with world demand for mineral raw materials explains the causal relationship between the unlawful exploitation of mining resources and continued warfare, namely that war is a continuation of the economy by other means. It has also been marked by the non-existence or even inconsistency of the Congo State, the extremely high density of population in this region, porous colonial frontiers, the exacerbation of ethnic tension and the pressure of land scarcity and the profusion of armed militia opposing a powerless United Nations. But the regional aims of Rwanda remain central to the instability in North Kivu. Kigali has been able to fully take advantage of and exploit the guilt of the international community for not reacting at the time of the genocide. This feeling of impunity due to “credit for the genocide” is notably made possible by the goodwill of the international community and support from the “friends of the New Rwanda”, starting with the United States. Rwanda has always claimed a threat from ex-FAR troops and Interahamwe militia to justify its direct or indirect presence in the field. Nonetheless, the FDLR (Forces for the Democratic Liberation of Rwanda) nowadays seem far from representing an actual threat to Rwanda but still remain an easy pretext to justify the interference of their troops in North Kivu. The direct consequence of permanent destabilisation of the province is ultimately the establishment of a form of “shared sovereignty” that has given Rwanda the possibility – directly up to 2002 and then indirectly up to the present time – to take full advantage of the “slice of the pie” represented by this territory.

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