Horizons d'égalité : le combat des biffins parisiens

par Mélanie Duclos

Thèse de doctorat en Migrations et relations interethniques

Sous la direction de Mahamet Timera.


  • Résumé

    Dans divers quartiers populaires de la région parisienne, on trouve de ces marchés informels, dont les marchands, les biffins, vendent des objets usagés récupérés dans les poubelles. C'est l'un d'entre eux qu constitue le terrain de cette enquête, au nord de Paris, et dont certains des marchands, au début des années 2000, se sont mobilisés contre leur empêchement par les autorités et pour la légalisation de leur activité. Avec comme objet les résistances populaires, ce travail s'ouvre sur un étonnement : comment, vu leurs conditions d'extrême précarité, avaient-ils pu trouver les moyens de se mobiliser ? Mais, bientôt, la question se déplace. À leur contact et au contact d'autres des biffins du marché, je réalise la force, a priori insoupçonnée, qui les habite en réalité. Et la question devient : qu'est-ce qui était là, en eux, déjà, au quotidien, avant la mobilisation, et dont elle avait eu besoin pour advenir ? Le quotidien fait voir à quel point, loin de s'y résigner, ils font de leur condition un défi à relever. Et de la lutte ouverte au combat quotidien, l'objet s'ouvre : les résistances, leurs objets, leurs formes et leurs visées. Le regard se porte sur ces multiples façons dont ils ont, au jour le jour, de lutter contre la puissance des déterminations matérielles et contre celle des stigmates qui, toutes deux, menacent de les amoindrir dans leur humanité. Au marché, en particulier, l'économie de la biffe devient le lieu d'un combat pour la vie, matérielle et symbolique, à la fois pour tenir et pour devenir, un combat, comme ils disent, pour « s'en sortir », qui appelle à changer la vie. La récupération qui laisse place au hasard que le marché du travail leur a toujours refusé, le pied d'égalité de l'échange marchand qui les arrache aux assistances, publiques et privées, la place du marché, lieu d'interconnaissance, qui les laissent apparaître dans leur singularité, et le marché lieu du rire et de la parodie qui renverse, un instant, l'ordre inégal existant, autant de manières, parmi d'autres, dont ils ont de poursuivre les horizons d'égalité qui guident leur action. Des horizons jamais atteints - c'est le propre de l'horizon - mais toujours poursuivis, sur la route desquels des effets sont produits, et qui, parfois touchés du doigt, laissent entrevoir les espoirs, immenses, qui les animent et qui, de loin, dépassent leur expression publique. Parce qu'on ne dit pas tout à la face du pouvoir et que c'est bien souvent quand ils sont inaudibles que les petites gens disent l€ plus important.


  • Résumé

    In several popular neighbourhoods of the Paris region, there are informai markets where the merchants, the biffins, sell used objects found in trash cans. One of these markets constitute the field of this research, in the north of Paris, where some of the merchants, in the early 2000s, mobilized against the restraints put upon them by the authorities and sought to legalize their activity. Taking popular resistances as my object of study, this research started from a surprise : taking into account their extremely precarious conditions, how where they able to find the means to mobilize ? This question quickly lead to another. Through my contact with them and other biffins at the same market, I came to realize the strength that actually inhabit them, and I started rather pursuing the following question : what was already there, in them, in everyday life, before the mobilization, and that this mobilization needed in order to happen ? Their everyday lives show how, far from giving up, they make their condition a challenge to be confronted. The object of study is thus opened up between the public mobilization and the daily struggle : the resistances, their objects, their forms and their objectives. I study the multiple ways in which they struggle daily against the difficulties of the material conditions and the stigmas that threaten to diminish their humanity. In the market place in particular, the biffin economy becomes a battle place for material and symbolic life, in order both to manage and to become - a battle, as they say, to « pull through », while projecting a change of life. The recovery of objects that leaves place for the haphazard that the work market has always refused them, the equal footing of the market barter that tears them away from public and private assistance, the market as a place of intertwined knowledges that lets them appear in their singularity, and the market as a place of laughter and of parody that overturns for a moment the existing order of inequality, are so many ways, among others, that they have to pursue horizons of equality guiding their action. Horizons that are never reached - such is the nature of the horizon - but that are nevertheless pursued, and that open routes that produce effects and that bring to light the immense hopes that drive them and that by far exceed their public expression. One does not say everything in face of power and it is often when they are inaudible that the people of modest means say the most important things.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (362 p.)
  • Annexes : 140 réf. Annexes

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  • Bibliothèque : Université Paris Diderot - Paris 7. Service commun de la documentation. Bibliothèque Universitaire des Grands Moulins.
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  • Cote : TL (2015) 029
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