Le ventre des femmes entre guerre et soin : les enjeux fantasmatiques de la gynécologie envisagés à partir de la transplantation d'utérus

par Diane Garnault

Thèse de doctorat en Recherche en psychopathologie et psychanalyse

Sous la direction de Laurie Laufer et de Catherine Desprats-Péquignot.


  • Résumé

    Uterus transplantation (UT) is a new trial of treatment proposed to infertile women. The author highlights - thanks to a multidisciplinary approach (history, anthropology, sociology, bio-political, feminist and gender studies) and clinical material - how this technique aliows to reconsider the meaning of both other gynecological cures and wartime sexual violences. It appears the womb condenses preconscious and conscious representations about femininity and motherhood which makes it symbolize the uncanniness of the female procreative body. The metapsychological concepts of "epistemophilical drive" and "destruction drive" help to establish a parallel between wartime sexual violences and subjective effects of gynecological biomedicine. Indeed, the uterus transplantation proposai combines many medical techniques - medically assisted procreation, pregnancy and labor monitoring, hysterectomy- that some women happen to experience as violent; a subjective violence nevertheless often denied by surgeons, gynecologists and obstetricians. The UT eventually appears as a presenting symptom of a fantasm of matricide underlying the gynecological medicine. Our hypothesis is this wish to destroy or bypass the mother figure is linked to a quid pro quo. Pregnancy representations lead to women becoming imaginarily the embodiment of the Other, meaning the limit to almighty fantaisies, when in fact the first partition is due to the loss of an inner part of oneself, creating an otherness intimately internal.


  • Résumé

    La proposition de transplanter un utérus (TU) est récente et son succès encore incertain. La médiatisation dont cette offre de soin fait l'objet et le retentissement de la première naissance obtenue de la sorte dénotent, au-delà du discours médical manifeste, que se joue sur ce terrain un enjeu autre que purement thérapeutique. A replacer, au moyen de la méthodologie discursive, cette intervention de chirurgie gynécologique dans un contexte plus vaste incluant le « traitement » du corps procréateur féminin par la biomédecine mais aussi en temps de guerre, la valeur stratégique du « ventre » des femmes apparaît. Les perspectives historique, sociologique et anthropologique révèlent un fond représentationnel ancien responsable de la construction discursive de l'utérus comme métonymie de l'altérité énigmatique, lieu de l'origine dans toute son « inquiétante étrangeté ». Du fait de cet imaginaire équivoque, ces deux faisceaux de phénomènes pourtant incommensurables, médecine et logique guerrière, paraissent entrer en résonance en raison d'une dynamique pulsionnelle commune. Epistémophilie et pulsion de destruction s'y trouvent en effet engagées et ciblent pareillement les femmes perçues comme des mères potentielles et leur utérus, ce point de résistance aux velléités d'arraisonnement, ce que met éminemment en évidence la transplantation d'utérus. Son protocole requiert en effet la conjugaison de dispositifs infiltrés par une valence pulsionnelle, dont l'intensité, la lourdeur et les effets d'effacement des sujets féminins sont pourtant banalisés/niés par le discours médical. En ce sens, il apparaît que la TU, et notamment le caractère éphémère du greffon, peut servir de révélateur au fantasme matricide latent qui sous-tend les dispositifs gynécologiques. Les atteintes réelles et symboliques inscrites de la sorte dans le réel des corps féminins semblent en effet organisées par le désir d'annuler la participation maternelle à l'enfantement, la rêverie de l'utérus artificiel en constituant l'horizon. Ce voeu, alimenté par l'envie et la haine que polarise la mère en tant qu'incarnation du premier Autre, paraît s'ancrer dans le « désaide » originel et la tentative illusoire d'éviter ainsi la rencontre avec l'énigme du désir de l'Autre. Cependant, à s'en tenir à ce que les processus corporels invitent à penser, la grossesse pourrait être une voie de figuration métaphorique pour aider à penser la perte fondatrice du sujet, soit le deuil d'une part de soi qui instaure une altérité fondamentalement interne.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (439 p.)
  • Annexes : 1765 réf.

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  • Cote : TL (2015) 018
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