L'Occident face à la seconde décolonisation portée par les idéologies islamistes et indigénistes, de la guerre froide à nos jours

par Marc D'anna

Thèse de doctorat en HISTOIRE spécialité Histoire contemporaine

Sous la direction de Carol Iancu.

Le président du jury était Laurent Reverso.

Le jury était composé de Antoine Coppolani.

Les rapporteurs étaient Frédéric Encel.


  • Résumé

    La présente thèse est le résultat de plusieurs années de recherches et d'études consacrées aux interactions entre les sociétés occidentales libéral-démocratiques et les aires de civilisation non-occidentales et/ou promouvant des modèles idéologiques et géopolitiques anti-occidentaux, notamment l'islamisme radical que nous avons rangé dans la catégorie de totalitarisme plutôt que d'intégrisme ou de fondamentalisme.L'idée-force de notre travail - qui a pris comme point d'appui de départ l'instrumentalisation de l'idéologie islamiste radicale par les pays de l'Alliance atlantique sous la Guerre froide dans le but géopolitique d'endiguer et affaiblir l'ex-Union soviétique et qui a progressivement évolué vers l'analyse de l'antagonisme opposant les sociétés libéral-démocratiques occidentales à l'islamisme radical - est que l'islamisme radical moderne anti-occidental est, comme d'autres formes de contestations radicales (géopolitique, idéologique et spirituelle) du modèle occidental constatées depuis la fin de la Guerre froide, une façon de poursuivre le processus multiforme de décolonisation et de « réindigénisation », et que celui-ci est autant favorisé que contredit par la mondialisation marchande. « seconde décolonisation » ,D'après nos recherches, la mondialisation marchande, neutre d'un point de vue identitaire, ne supprime pas forcément les phénomènes d'appartenance identitaire, même si elle contribue à transcender les Etats-Nations, car elle peut également favoriser le renforcement des appartenances identitaires transnationales. Inventée par les Occidentaux, mais devenue universelle, la mondialisation au sens technologique et non idéologisé du terme peut donc accompagner le phénomène de seconde décolonisation dans la mesure où elle contribue à favoriser la constitution de pôles géoéconomiques et civilisationnels qui caractérisent le monde en voie de multipolarisation de l'Après-Guerre froide.A ce titre, l'indigénisme amérindien ; le populisme bolivariste ; l'islamisme radical ; le modèle malaisien « islamo-asiatique » ou les modèles nationalistes russe post-soviétique ou chinois peuvent utiliser les outils de la mondialisation tout en contestant radicalement le modèle démocratique libéral occidental fondé sur le primat de l'individu et des droits de l'homme jugés par nombre de modèles non-occidentaux comme attentatoires à l'identité nationale, religieuse ou civilisationnelle de nations qui voient dans le modèle universaliste occidental une menace pour leur identité propre et leur souveraineté.Dans le cadre de la seconde décolonisation, souvent portée par une dynamique de revanche qui pousse à rejeter les valeurs, les modèles politiques et les identités des pays européens ex-colonisateurs et de l'Occident libéral-démocratique - assimilés à un tout hostile, on constate que les représentations anti-occidentales fondées sur des visions diabolisantes et conspirationnistes, parfois empreintes aux idéologies totalitaires marxiste ou national-socialiste, ont constitué un apport extérieur non négligeable à l'idéologie islamiste radicale moderne. Elles ont ainsi contribué à ce que nous avons appelé sa « mutation totalitaire ».La double question formulée dans la présente étude est donc de savoir si les 2 grands vecteurs idéologiques du rejet de l'Occident dans le monde aujourd'hui, à savoir le nationalisme indigéniste et l'islamisme radical, constituent le résultat de l'interaction entre l'Occident hégémonique et le reste du monde, et pourquoi dans le premier cas, la seconde décolonisation s'est limitée à un repli géopolitique défensif et local, alors que la celle portée par l'islamisme a pris une forme offensive totalitaire et hégémonique ?

  • Titre traduit

    The West and the Second Decolonisation Driven by anti-western islamist and Indigenist ideologies since the Cold War until now


  • Résumé

    This PhD dissertation stems from the years of research and studies focused on interactions between Western liberal democratic societies and non-Western civilisations, promoting antagonistic ideological and geopolitical models. This research has started from the study of the instrumental use of the radical Islamist ideology by the NATO members during the Cold War that aimed to contain geopolitically and weaken the Soviet Union. Gradually, this dissertation has evolved into an analysis of the antagonism opposing Western liberal democratic societies to radical Islamism.The main idea of this dissertation is that the modern radical Islamist ideology has emerged as a result of « the second decolonization » which took place in the post-Cold-War multipolar world. We argue that the radical modern anti-Western Islamism has the same nature of other forms of radical contestation (geopolitical, ideological and spiritual) of the Western model. Those contestations, since the end of the Cold War, they all represents a form of continuation of decolonisationand of « re-indigenization » started in the late 1990s. This process has been fostered and at the same time contradicted by the globalization of the world economy. This study showed that the globalisation of the world economy which is neutral in terms of identity failed to erase the phenomena of cultural identities even though it contributes to transcend Nation-States. Nevertheless, globalisation can also reinforce transnational identities. As a product of the Western world, technologic and economic globalisation has rapidly spread across the world fostering at the same time the « second decolonisation ». Among the outcomes of globalization, therewas the creation of new geo-economic centres formed along civilizational lines in a world, which has been undergoing a « multipolarisation » since the end of the Cold War.In this sense, Amerindian indigenism, radical Islamism, the Asian-islamic Malaysian or Confucian Singapourian models, or even the Russian or Chines post-Communist nationalist cases can benefit from globalisation. On the other hand, all these ideologies are questioning the Western liberal democratic model based on the primacy of the individual and of human rights, which are considered by many non-Western societies as infringing on their national, religious or civilizational identities. In fact, such societies see in the Western universalist model a threat for their identity and their sovereignty.The « second decolonisation » has been often driven by dynamics of revenge resulting from denial of the values, of the political models and the identities of countries, which are former colonisers, but also of the liberal and democratic West, deemed equivalent on the whole to a hostile entity. The results of our research indicate to that anti-Western representations based on demonizing visions and conspiracy theories and sometimes shaped by totalitarian Marxist and Nazi ideologies constitute an important contribution to current radical Islamism and to its further « totalitarian mutation ».Finally, this thesis aims to answer to two questions. Firstly, assessing whether the two major vectors of rejection of the West, namely Indigenist Nationalism and Radical Islamism, they stem from the interaction between hegemonic West and the rest of the world. Secondly, understanding why in the first case the Second decolonization has evolved into a local defensive geopolitical withdrawal, while in the latter, it has taken form of hegemonic totalitarianism.

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