Macadam exquis : le rap français pouvoir et jouissance de l'écriture

par Mathis Cornet

Thèse de doctorat en LITTERATURES FRANCAISES, COMPAREES spécialité Littérature comparée

Sous la direction de Jean-François Durand.

Le président du jury était Jean Arrouye.

Le jury était composé de Suzanne Lafont.

Les rapporteurs étaient Christian Petr.


  • Résumé

    Né en dehors de la Littérature et des débats qu'elle entretient sur elle-même, le rap français n'en réactive pas moins les fonctions primordiales; en effet, de par leur participation au scriptural le plus obstiné comme à l'oralité la plus vive, les rappeurs nous rappellent, en faisant pour ainsi dire offrande de leur voix, que l'écriture poétique consiste toujours en un usage intensif du langage qui, au-delà de toute portée communicationnelle, s'acharne à faire jaillir des mots toute leur prodigieuse musicalité, picturalité, matérialité, et bien plus. Non pas « bien écrire », car cela n'est rien, mais faire délirer la langue, afin d'en revenir à l'émotion primordiale, au pouvoir et à la jouissance qu'elle procure. Évidemment, les rappeurs ne disent rien d'autre que ce que disaient déjà Céline, Artaud, pour ne citer qu'eux, quant aux capacités respiratoires décidément enfouies dans cette langue officielle qu'il faudra décidément secouer de tous les spasmes amoureux, cruels. En un premier chapitre génésique, nous arracherons le rap français c'est-à-dire notre corpus, à la culture mondiale du hip-hop pour lui reconnaître un droit au particularisme, à l'atavisme bien français. Nous verrons alors à travers la « petite invention » du flow (l'expression est célinienne), comment les rappeurs révèlent ce tiers-lieu fragile entre l'écrit et l'oralité, le papier muet (l'est-il jamais vraiment ?) et la gorge. Ce tiers-lieu, c'est aussi celui de la périphérie proprement banlieusarde que les rappeurs célèbrent à l'envi. Nous verrons ici comment les rappeurs rejetés aux lisières, et donc partant d'une situation d'étrangeté flagrante, ont su faire de cette minorité subie une véritable esthétique de la périphérie, mais plus encore, l'angle privilégié pour procéder à un usage intensif de la langue normative. Faire délirer la langue a un prix, celui de délirer avec, et partant, d'expérimenter les devenirs qui traversent alors cette écriture poétique, laquelle engage jusqu'au corps même de l'écrivain. Notre dernier axe d'étude sera donc consacré à cette grande question du moi je écrivant en littérature à laquelle les rappeurs semblent avoir apporté une réponse probante et même un terme consacré, l'egotrip.

  • Titre traduit

    Exquisite tarmac : french rap, power and pleasure of writing


  • Résumé

    Born out of the Literature and the debates maintained about itself, nevertheless the French rap revives its essential functions ; indeed, due to their participation in the most stubborn scriptural as in the most lively orality, the rappers remind us, by making offering of their voice so to speak, that the poetic writing always consists of an intensive use of the language which, beyond any communicational reach, persists in making spring from words all their prodigious musicality, pictoriality, materiality, and much more. Not "to write well", because this is nothing, but to make the tongue be delirious, in order to return to the essential emotion, to the power and to the pleasure which it brings. Obviously, the rappers say nothing else but what already said Céline, Artaud, to name but a few, about the breathing capacities undoubtedly buried in this official language which undoubtedly will have to be shaken by all the loving, cruel spasms. In a first genesic chapter, we shall tear the French rap that is our corpus, away from the world culture of the hip-hop in order to recognize it the right to particularism, to the very French atavism. We shall see then through the “small invention” of the flow (the expression belongs to Céline), how the rappers reveal this fragile third place between written and orality, the dumb paper (is-it ever, really?) and the throat. This third place is also the one of the strictly suburbanite outskirts which is celebrated over and over again by the rappers. We shall see here how the rappers, rejected to the borders, and thus leaving from a situation of blatant strangeness, knew how to do with this undergone minority a real esthetic of the periphery, but more than that, the privileged angle to proceed to an intensive use of the normative language. To make be delirious the language has a price, which is to be delirious with, and from this experimentation of future evolutions crossing then this poetic writing, which engages even the body of the writer. Thus our last axis of study will be dedicated to this big question of the writing subject in literature to which the rappers seem to have brought a convincing answer and even an usual term, the egotrip.

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