La chimère transférentielle : proposition épistémologique, neuroscientifique et clinico-théorique du transfert psychanalytique comme système complexe

par François Martin-Vallas

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Bernard Chouvier.

Le jury était composé de Pascal Roman, Anne Brun, Denise Gimenez Ramos.

Les rapporteurs étaient Pascal Roman.


  • Résumé

    Ce travail, qui s’inscrit dans le cadre de la psychologie analytique développée par Jung, propose d’introduire le concept de chimère transférentielle comme dimension du transfert qui ne peut être assignée ni à l’un ni à l’autre des deux protagonistes d’un travail analytique, bien que les concernant tous deux. Cette dénomination repose autant sur le travail de Michel de M’Uzan que sur le champ sémantique complexe associé au mot chimère. La méthodologie de ce travail est celle, théorico-clinique, développée par Widlocher sous le nom de cas singulier. Elle conduit à la recherche d’une preuve d’existence, et non à une preuve d’universalité. Une première partie propose une discussion épistémologique qui prenne en compte les changements profonds des paradigmes scientifiques résultant du développements de la physique depuis le début du XXe avec l’avènement de la relativité restreinte, rapidement suivie de la relativité générale et de la mécanique quantique puis de la théorie des systèmes complexes, aussi appelée théorie du chaos. Il est soutenu dans ce travail qu’une révision des positions épistémologiques fondées sur le travail de Popper, et une meilleure prise en compte d’approches telles que proposées par Adorno ou Morin, est nécessaire. Cette discussion conclut à l’importance de notions telle que celles d’émergence ou d’énaction, en ce qu’elles rendent compte du fait que ce qui apparaît à un moment donné de l’expérience ne préexiste pas nécessairement à sa manifestation. Enfin cette discussion épistémologique tente d’éclairer la profonde divergence entre les approches de Freud et de Jung, divergence qui apparaît ici comme résultant principalement d’une différence de point de vue épistémologique. Là aussi, le recours à la physique, précisément à la notion de section de Poincaré, permet d’éclairer cette divergence autrement que par une simple opposition. Cela permet de comprendre pourquoi, dans le champ de la psychologie clinique autant que dans celui de la psychanalyse, des théories divergentes, parfois opposées, peuvent et doivent coexister afin de pouvoir construire une représentation aussi exhaustive que possible de la réalité. Dans une seconde partie l’hypothèse de la chimère transférentielle est abordée au regard des neurosciences. Il est ainsi proposé une représentation neuroscientifique de la relation analytique. Cette représentation n’a aucunement pour objet de se prétendre vraie, mais, plus modestement, possible. Elle vise à proposer une nouvelle manière d’articuler neurosciences et théories psychanalytiques, postulant que l’expérience de la clinique psychanalytique est un niveau de complexité très supérieur à ce qui est aujourd’hui accessible aux neurosciences, ce qui permet de rendre compte de l’existence de dynamiques propres au processus analytique du fait de leur émergence entre les niveaux de complexité accessibles à la recherche neuroscientifique et celui de l’expérience psychanalytique. Enfin, dans une troisième partie, ce travail aborde différents aspects de la chimère transférentielle telle qu’elle est se manifeste dans la clinique psychanalytique. Un premier cas clinique est exposé en détail afin d’apporter une preuve d’existence de cette dimension. D’autres cas cliniques suivent, centrés sur une dimension ou un moment particulier de la cure, afin d’apporter la preuve de cette existence dans d’autres contextes, et avec des patients dont le fonctionnement et la structure psychique diffèrent autant du premier cas exposé qu’entre eux. Enfin, chacun de ces cas a été l’occasion de focaliser la discussion théorico-clinique sur un aspect particulier, saillant dans le cas considéré.

  • Titre traduit

    The transferential chimera : epistemological, neuroscientific and clinico-theoretical proposal of the transference as a complex system


  • Résumé

    This thesis, intended as a contribution to analytical psychology as developed by CG Jung, proposes the notion of a transferential chimera as a dimension of the transference which may not be assigned to either one of the protagonists in the analytic dyad, while still attached to them both. This denomination draws as much on the work of Michel de M’Uzan as it does on the complex semantics associated with the term chimera. The methodology used here is the clinical and theoretically underscored approach to the single case. It is predicated on the search for a proof of existence, and not a proof of universality. The first part is devoted to an epistemological discussion which takes account of the fundamental changes in theoretical understanding brought about in the field of physics since the beginning of the XXth century. This encompasses restrained relativity, quickly followed by general relativity and, laiter, by the theory of complex systems and chaos theory. It is contended that Carl Popper’s position on epistemology is in need of revision and that account needs to be taken now of the developments put forward by Theodore Adorno and Edgar Morin. The present discussion concludes that ideas such as emergence and enactment are central to the proposition in that they explain how events that occur in experience at a given time do not necessarily exist prior to their manifestation. Finally, this epistemological discussion seeks to throw light on the profound divergence between the approaches of Freud and Jung that appear to stem from a difference in their particular epistemologies. Here again, reference to physics, specifically to Poincare’s map, allows this divergence to be understood as other than a simple opposition. It assists in the understanding why in clinical psychology as in the field of psycho analysis, divergent and sometimes opposing theories, can and need to co-exist in order to construct as exhaustive a representation of reality as may be possible. In part two the chimera hypothesis is examined in the light of neurosciences. An attempt is made to represent the analytic relationship in terms of neurosciences. In no sense is such a representation to be taken as real, merely as possible. The aim is to postulate a new method of articulating neuroscience and psychoanalytic theory, whereby the experience of psychoanalytic practice is at a far greater level of complexity than it is currently possible to express neuroscientifically. This enables an account to be given of the existence of dynamics inherent in the psychoanalytic process from their observed emergence between the levels of complexity that are amenable to neuroscientific research and being experienced during psychoanalysis. Finally, in part three, different aspects of the transferential chimera will be examined as it manifests in psychoanalytic practice. With the aid of a detailed clinical example an attempt is made to establish the existence of this phenomenon. Other clinical cases will centre on an aspect or a specific moment during treatment, in order to support the proof of its existence in other contexts, that is, with patients whose functioning and psychic structure contrasts as markedly from the first case as they do amongst themselves. Finally, each case gives the opportunity to focus the theoretical and clinical discussion on a salient feature of each case.Thus the working potential of this hypothesis shall have been informed by the archetypal nature of the transference according to Jungian theory, by the potential connection between it and Freudian theory, starting with primary seduction as envisaged by Laplanche, followed by the containing function of the chimera, still in the context of Jungian theory.


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