Tracer pour traverser ? : enquête sur les origines et les fondements de la frontière politique

par Jérôme Esnouf

Thèse de doctorat en Science politique

Sous la direction de Astrid von Busekist.

Le président du jury était Frédéric Gros.

Le jury était composé de Astrid von Busekist, Marc Crépon, Patrick Savidan, Myriam Revault d'Allonnes.

Les rapporteurs étaient Marc Crépon, Patrick Savidan.


  • Résumé

    Assimilées à des fronts arbitraires, les frontières politiques sont devenues à notre époque le signe et le modèle de la limite brutale et injuste. A ne plus vouloir distinguer les groupes humains nous continuons pourtant à les séparer, mais différemment et selon des formes renouvelées du rapport de domination. En supprimant la dimension politique des frontières, ainsi, nous les démultiplions tout en créant des murs et des barrières aux proportions inédites. Notre travail tâche de comprendre comment bien séparer afin de pouvoir mieux unifier. Cela implique de poser certaines questions préalables. Y a-t-il un sens universel et initial au traçage de toute limite dans le sol ? Par quel type d’évolution les limites traditionnelles devinrent-elles des frontières modernes ? Qu’est-ce qu’une frontière au sens pleinement démocratique du terme ? Une frontière n’est pas une limite, car leur légitimité respective n’a pas la même source : une limite se fonde sur une transcendance, tandis que la frontière est auto-référentielle. La raison formelle, en Occident, aura fini par s’imposer à la nature et à la divinité. Il s’agit alors de comprendre le passage historique de l’une à l’autre en suivant les rapports successifs des hommes au symbole, au territoire et au pouvoir. Plus profondément encore, les diverses manières de clore la communauté sociale engagèrent à chaque fois, jusqu’aux prémisses théoriques contemporaines du cosmopolitisme politique, une compréhension renouvelée de son ouverture possible vers les formes diverses de la liberté. Enquêter sur les fondements et les origines de toute séparation politique, en ce sens, revient à retrouver sur le plan historique et normatif à la fois les traces de l’universel concret, celui qui ouvre par la clôture et dont l’idéal est rendu sensible par sa matérialisation dans l’espace.

  • Titre traduit

    Drawing a border to cross it? : an investigation into the political border origins and foundations


  • Résumé

    Considered as arbitrary lines, political borders are today the sign and the model for a brutal and unfair limit. While refusing to distinguish between human groups, we however continue to separate them but on a different manner and according to renewed forms of domination. By suppressing the political dimension of borders, we in fact increase them while creating unprecedented walls and barriers. Our study intends to understand how separating well allows for a better unification. This raises some questions beforehand. Is there a universal and initial meaning to the drawing of any limit on land? Which type of evolution do traditional limits undergo in order to turn into modern borders? What is a border in the fully democratic sense of the term? A border is not a limit because their respective legitimacy does not have the same origin: a limit is based on transcendence whereas a border is self-referential. In the West, formal reason has definitely imposed itself on nature and on the divine. It is then necessary to understand the historical switch from one to the other while studying the successive relations of men to symbol, land and power. On a deeper level, the different ways of containing a social community has always led to a renewed understanding of its possible opening to various forms of freedom, and this up to the theoretical contemporary premises of political cosmopolitanism. Inquiring on the foundations and the origins of any political separation in that sense comes down to track, on an historical and normative level, signs of the concrete universal, the one that opens by closing, and whose ideal is made real by its materialization in space.


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