Peinture et cinéma dans l'oeuvre de Mimmo Rotella autour de 1960

par Vanessa Morisset

Thèse de doctorat en Histoire de l'art

Sous la direction de Laurent Baridon.

Le président du jury était Jean-Marc Poinsot.

Le jury était composé de Laurent Baridon, Judith Delfiner.

Les rapporteurs étaient Thierry Dufrêne, Gilles Mouëllic.


  • Résumé

    Depuis son invention, le cinéma a bouleversé la culture, au point que, de manière récurrente, des études s'interrogent sur l'influence qu'il a eue dans la pensée d'éminents intellectuels, par exemple Michel Foucault ou Erwin Panofsky. Mais qu'en est-il de l'influence du cinéma dans le travail des artistes ? Mimmo Rotella (1918-2006), peintre d'origine calalabraise installé après-guerre à Rome, spectateur assidu et passionné de cinéma, évoque un grand nombre de films dans un corpus d'œuvres réalisées autour de 1960 : des tableaux à base d'affiches de cinéma, de genres essentiellement populaires, décollées dans les rues. Ainsi, dans le contexte de l'apogée des studios de Cincecittà et d'un pic de fréquentation des salles obscures jamais égalé en Europe, l'articulation de la peinture et du cinéma prend à ce moment précis de sa pratique une tournure singulière qui exprime l'élargissement de l'art à des références inattendues. Mais, ce faisant, ses œuvres ne risqueraient-elles pas de n'être que le symptôme d'une pratique culturelle naissante, jonglant avec des références tantôt cultivées tantôt populaires, que plus tard Hal Foster nomme l'indistinction ou Richard Peterson l'omnivorité, ou incarnent-t-elles une réelle démocratisation de l'art ?Articulées autour du moment fort que constitue l'exposition monographique intitulée Cinecittà en 1962, les différentes parties de la thèse éclairent les aspects du travail de l'artiste qui introduisent le cinéma dans le champ de l'art. Deux bornes chronologiques, un voyage aux États-Unis qui le détourne de la peinture en 1952-53 et un séjour en prison en 1964 qui lui fait fuir l'Italie, l'éloigne du milieu romain et le coupe de la suite du déroulement de l'art italien, sont déterminantes pour la nature et le contenu du corpus d'œuvres étudiées.C'est tout d'abord l'arrière plan social et culturel comme contexte d'émergence du geste artistique Rotella qui est brossé. Ensuite, est opérée une caractérisation précise des films choisis à travers les affiches afin de développer la réflexion sur l'intrusion du cinéma populaire dans l'art. Puis, dans la partie centrale, l'exposition Cinecittà est étudiée depuis sa conception jusqu'à sa réception. La suite de la thèse analyse les conséquences de cette exposition dans l'œuvre de l'artiste qui se tourne vers des films plus reconnus qu'aux débuts, notamment en s'attachant de plus en plus aux figures de stars : un autre aspect de la culture populaire émanant du cinéma s'invite alors dans le milieu de l'art, le phénomène sociologique du fan. Mais étrangement, peu de référence sont faites au cinéma italien qui vit son âge d'or au même moment, ce dernier constat ouvrant une réflexion sur la cinéphilie confrontée à la conception de « l'homme ordinaire du cinéma » selon l'expression de Jean-Louis Schefer.Ponctué par des images qui apparaissent en tête de partie et de chapitre, le texte du volume 1 évoque les œuvres et les décrit, avec des renvois à un ensemble de planches en annexe dans le volume 2. Ces incursions iconographiques rappellent combien les oeuvres sont à la source de l'ensemble de la thèse.Ainsi, le corpus étudié est le point de départ d'une réflexion sur la manière dont le cinéma et la culture médiatique se sont introduit dans l'art italien des années 1950-1960, tout en débordant ce cadre : il permet de penser comment, depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui, certaines références médiatiques constituent le socle d'une culture commune entre le public et les artistes.

  • Titre traduit

    Painting and movies in Mimmo Rotella's work around 1960


  • Résumé

    Since its invention, cinema has transformed culture, to the point that studies have recurrently questioned the influence it has had on the thinking of prominent intellectuals, for example on Michel Foucault or Erwin Panofsky. But what of the influence of cinema in the work of artists? Mimmo Rotella (1918-2006), a painter from Calalabria who settled in post-war Rome, and an avid filmgoer with a passion for cinema, evokes a large number of films in a corpus of works produced around 1960: canvases based on movie posters, mostly of popular genres, torn off the city walls. Thus, at this precise time, in the context of the glory years of the Cincecittà studios and a peak of cinema attendance unequalled in Europe, the relationship between painting and cinema took a particular turn, reflecting a broadening of the art to unexpected references. But in embracing cinema, were Rotella's works not in danger of merely being a symptom of an emerging cultural practice, juggling sometimes cultivated and sometimes popular references, something which Hal Foster would later dub nobrow or Richard Peterson omnivorousness, or do they represent a genuine democratisation of art?Articulated around the high point of the 1962 monographic exhibition entitled Cinecittà, the various sections of the thesis illuminate aspects of the work of the artist who introduced cinema into the field of art. Two moments in time – a trip to the United States that diverted Rotella from painting in 1952-53 and a prison stay in 1964 that caused him to flee Italy, distancing him from the Roman scene and subsequently cutting him off from what was happening in Italian art – are critical to the nature and the content of the corpus of works studied.We begin by considering the social and cultural context in which Rotella's artistic act emerged. We then undertake a precise characterisation of the films he chose through the posters to analyse popular cinema's intrusion into art. Then, in the central part, the Cinecittà exhibition is studied from its conception to its reception. The thesis subsequently examines the consequences of this exhibition in the work of the artist, who begins to turn to more recognized films, for example by focusing increasingly on stars. Another aspect of popular culture stemming from cinema then enters the art world, the sociological phenomenon of the fan, although, strangely, no reference is made to Italian cinema, which in that very period was enjoying its golden age. This leads to a reflection on the love of cinema confronted with the conception of “the common man of cinema” as Jean-Louis Schefer puts it.Interspersed with images that appear at the head of the parts and chapters of the thesis, the text of volume 1 discusses the works and describes them with reference to a set of plates in the appendix in volume 2. These incursions into the iconography recall that the works are the source of the entire thesis.Thus the corpus studied is the starting point for a reflection on the way film and media culture were introduced into the Italian art of the 1950s-1960s, while extending beyond this context: it points to how, from that time to the present day, certain media references have constituted the foundation of a common culture shared by the public and artists.


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