Approcher le re-vécu d'une expérience graphique située en formation continue des enseignants

par Sylviane Martin

Thèse de doctorat en Formation des adultes

Sous la direction de Jean-Marie Barbier.

Soutenue le 10-11-2015

à Paris, CNAM , dans le cadre de École doctorale Abbé Grégoire (Paris) , en partenariat avec Centre de Recherche sur la Formation / CRF (laboratoire) .

Le président du jury était Jean-Louis Legrand.

Le jury était composé de Jean-Marie Barbier, Françoise Cros.

Les rapporteurs étaient Hélène Bézille-Lesquoy, Christian Alin.


  • Résumé

    Tirer un trait pourrait être considéré comme un acte du quotidien, un acte banal, machinal, fonctionnel. Mais cet acte n'est pas anodin: il engage son auteur et l'écriture est un apprentissage parfois difficile.Nous avons abordé le tracé, comme une expérience de la trace (Derrida), expérience singulière vécue du point de vue des sujets en situation de formation. Pour cela, nous avons choisi une activité de calligraphie proposée en formation continue à des professeurs des écoles Cette activité vise indirectement l'apprentissage de l'écriture pour des enfants de 3 à 7ans.Lors d'une activité de calligraphie, le trait de pinceau n'admet pas de repentir. Le "geste décisif" (Cheng) revêt un relief particulier en relation avec la prise de risque qui l'accompagne.Berthoz propose d'aborder la prise de décision comme un différentiel, non seulement entre deux vues (Derrida), mais entre deux corps : entre le corps de “chair sensible” et le corps “interne”, “virtuel” "émulé" par notre cerveau. Entre « invu »(Derrida) et présence virtuelle, la trace n'est pas qu'un objet visible exposé à soi-même comme à autrui, et la comprendre suppose d'embrasser l'ensemble du processus de production du tracé. Ce dernier a été compris en tant qu'acte réalisé du point de vue d'un sujet percevant, au sens de Merleau-Ponty.L'entretien d'aide à l'explicitation mis au point par P. Vermersch a été utilisé pour recueillir de l'information du point de vue du sujet et tenter d'accéder au « vécu de l'expérience ». Ainsi, nous avons réalisé dix-sept entretiens auprès de deux groupes d'enseignants. Le processus d'explicitation vise plus particulièrement à appréhender l'expression du point de vue du sujet en première personne. C'est pourquoi dans un deuxième temps, nous sommes allés aux marges du processus d'explicitation pour nous intéresser à l'expression en troisième personne. En différenciant point de vue en première personne et expression en première personne, nous avons envisagé un point du vue "polyphonique" du sujet parlant (Ducrot) et nous avons constaté que la présence d'une expression en troisième personne, dans ce qui est dit, rend compte de ce qui apparaît comme imperceptible au sujet parlant.L'expression en troisième personne, notamment par la présence de pronoms "démonstratifs" dans ce qui est dit, marque un passage entre un re-vécu de l'acte graphique qui peut se décrire, et un re-vécu d'événements antérieurs qui peut se reconstituer, comme une archéologie de l'histoire singulière du sujet.L'expression émotionnelle, énoncée comme un "re-senti", accompagne ce passage entre explicité et implicite. Elle exprime dans ce qui est dit une possible articulation entre ces deux dimensions (ou deux espaces) de l'expérience. Tout d'abord, la description de l'action re-vécue rend compte de micro-décisions, en amont du tracé calligraphique, qui participent d'un savoir-faire subtil, par lequel les sujets mettent en con-form-ité différents champs de perception. Le tracé est dit réussi par les sujets lorsqu'il est con-forme au tracé pré-vu (voir « ça…là ») et surtout à la perception d'événements antérieurs re-vécus (« c'est ça ») encore insaisissables pour eux-mêmes. Le tracé est une offre de visibilité, qui donne sens à l'acte graphique et à l'activité de formation. Ensuite, en situation de formation collective, les sujets com-posent avec les autres dans l'action et sur le support papier. La composition collective est alors regardée comme un "vécu commun", une expérience vécue avec les autres, expérience qui implique une reconnaissance de l'autre pour lui-même et par laquelle s'élabore un espace d'expérience de soi-même partageable avec autrui.Mots clés : expérience, perception, simulation de l'action, trace, re-vécu.

  • Titre traduit

    Approch the re-lived of a graphic experience in training of the teachers


  • Résumé

    Abstract :Drawing a line could be considered as a commonplace, mechanical, functional act. But this act is not trivial: it commits its author and writing is sometimes a difficult learning.We dealt with the drawing of a line as an experience of the trace (Derrida), as a singular experience lived from the viewpoint of the subjects in situation of training. For that purpose, we chose an activity of calligraphy in a continuing education course for primary school teachers. This activity aims indirectly at the learning of the writing for children from 3 to 7.During an activity of calligraphy, the brush stroke cannot allow any regret. The "decisive action" (Cheng) is of particular importance in relation to the risk-taking that goes with it.Berthoz suggests approaching the decision-making as a differential, not only between two views (Derrida), but between two bodies: between the body of "sensitive skin" and the "internal", " virtual" body, "emulated" by our brain. Between "unseen” (Derrida) and virtual presence, the trace is not only a visible object exposed to oneself as to others, and understand it involves embracing the whole production process of the line. This was understood as an act done from the viewpoint of a percipient within the meaning of Merleau-Ponty.The interview to the explicitation developed by Vermersch was used to collect information from the viewpoint of the subject and try to access the lived experience. Thus, seventeen interviews were conducted with two groups of teachers. The process of clarification aims more specifically at understanding the expression from the viewpoint of the subject in first person. That is why secondly, we went to the margins of the process of clarification to study the expression in the third person. By differentiating the point of view in first person and expression in the third person, we considered a "polyphonic" viewpoint of the subject speaking (Ducrot) and we noticed that the presence of an expression in the third person, in what is said, reflects what appears to be unnoticeable to the speaking subject.The expression in the third person, especially because of the presence of "demonstrative" pronouns in what is said marks a transition between a “re-lived” experience of the graphic act that can be described, and a “re-lived” experience of past events that can be reconstituted, as an archaeology of the unique story of the subject.The emotional expression, expressed as a "re-felt" experience, accompanies this passage between explicit and implicit. It expresses in what is said a possible link between these two dimensions (or two spaces) of the experience. First, the description of the re-lived action reports micro-decisions, upstream of the calligraphic line, which imply a subtle knowledge, by which the subjects put in con-form-ity different fields of perception. The line is said to be managed/achieved by the subjects when conform to the plan planned ("it there") and especially in the perception of previous re-lived events ("that's it") still elusive for themselves. The line is an offer of visibility, which gives meaning to the graphic act and to the training activity. Then, in a situation of collective training, the subjects com-pose with the others in action and on paper. The collective composition is then considered as a "common real-life experience ", an experience lived with the others, an experience which involves a recognition of the other one for himself and which prepares a space of experience of oneself shareable with others.Keywords:experience, perception, simulation of the action, trace, re-lived experience.


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