Le crépuscule de l'Éros adolescent dans l'Allemagne wilhelminienne : origines, enjeux et fonctions

par Samuel Pechin

Thèse de doctorat en Études germaniques

Sous la direction de Nicole Pelletier.

Le président du jury était Alain Muzelle.

Le jury était composé de Nicole Pelletier, Maurice Godé, Hélène Camarade.

Les rapporteurs étaient Alain Muzelle, Maurice Godé.


  • Résumé

    La présente thèse est née d’une interrogation sur le véritable rôle de l’iconographie de l’Éros adolescent, c’est-à-dire de l’adolescent érotisé, dans la culture occidentale et plus précisément sur l’enjeu et les fonctions que représente son image en tant que symbole d’amour, de beauté et de désir dans le cadre de la pédérastie en Europe et plus précisément dans l’Allemagne Wilhelmienne dans le contexte de l’intensification de la répression sexuelle au tournant du XXe siècle. Pour les Grecs, c’est le corps juvénile masculin avec ses charmes particuliers qui représente le plus beau sexe et le bon objet de plaisir. C’est une erreur fondamentale de croire que cette beauté était valorisée à cause de son parentage avec le corps féminin. La beauté de ses traits était liée à un certain charme et à des caractéristiques particulière au corps et à l’esprit masculins en voie de se former : la vivacité de l’esprit, la vigueur, la résistance, la force, l’endurance, la ténacité, l’ardeur, la fougue et l’enthousiasme faisaient partie de cette beauté que les garçons se devaient de renforcer par la pratique régulière d’exercices intellectuels et physiques. L’éducation pédérastique des garçons, garante des valeurs masculines, assurait que leur grâce et leur raffinement ne sombreraient pas dans la mollesse et l’effémination. L’ambiguïté féminine, l’androgynie qui sera perçue plus tard comme une caractéristique de la beauté adolescente mâle, plus encore, comme la raison de cette beauté, était plutôt, à cette époque, ce dont les garçons devaient se préserver et être préservés. Ainsi, le statut du jeune mâle lui confère, depuis la Grèce antique, un rôle prédominant dans la culture occidentale et explique, en partie, l’omniprésence de ses représentations dans l’art et la littérature européennes jusqu’au XIXe siècle. Pourtant, l’iconographie et la propagande autour de son image se transforment progressivement et fatalement jusqu’à l’aube de la Première Guerre mondiale. C’est notamment l’association de son image à l’érotisme et la beauté qui devient progressivement un tabou honteux, voire pervers. Instrumentalisée et esthétisée selon les intérêts de différents groupes qui s’opposent, le contrôle de l’iconographie et de la sexualité de l’adolescent devient, de cette manière, un enjeu majeur du pouvoir à la fin du XIXe et au tournant du XXe siècle. Ce phénomène est européen mais le Reich wilhelminien, en construction et en quête d’identité, représente un exemple idéal pour analyser ce phénomène que nous replaçons, d’une part dans le contexte de la répression sexuelle et, d’autre part, dans le contexte des mouvements de jeunesse et de contestation qui se développent parallèlement au cours de cette période. Notre étude, basée sur des observations et des faits précis, a l’audace d’essayer de comprendre un phénomène tabou et représente une invitation à une réflexion sur le destin de la beauté masculine et des amours masculins dans notre société. Nous invitons le lecteur à remettre en question certaines de ses convictions et nous espérons réussir à redonner à l’Éros adolescent, trop souvent censuré et négligé, au moins partiellement, la place qu’il mérite dans l’histoire européenne en insistant sur le rôle qui fut le sien dans l’art et la littérature ainsi que sur les enjeux et les fonctions qu’il a si souvent représentés dans les conflits politiques et sociaux.

  • Titre traduit

    The twilight of the adolescent Eros in wilhelminian Germany : origins, issues, fonctions


  • Résumé

    The following thesis arose from an analysis of the actual role which the iconography of the adolescent Eros, i.e. the eroticized juvenile, plays in the western culture. More precisely, it is about the issue and the functions of its image as a symbol of love, beauty and desire in the framework of pederasty in Europe and more precisely in Wilhelminian Germany in the context of intensified sexual oppression at the turn of the 20th century. For the ancient Greeks, it was the young male body with its particular charms which represented the most beautiful gender and which was a fine object of pleasure. It is totally wrong, however, to believe that the value of this beauty was increased because of its descent from the female body. The beauty of its features was connected with certain charms and characteristics which are particular of the male body and spirit that are on their way to develop : A liveliness of the spirit, strength, power of resistance, endurance, toughness, verve, impetuosity and enthusiasm were part of this beauty which the boys had to intensify through regular mental and physical exercises. The boys’ pederastic education, a guarantee of male values, made sure that their grace and sophistication would not disappear into softness and effeminateness. Female ambiguity, the androgyny which will be seen later as a characteristic of juvenile male beauty or – even more – as a reason for male beauty, was at this stage rather something that the boys had to avoid or had to be sheltered from. Thus, the status of the young male has given him – since ancient Greece – a predominant role in western culture, which partly explains the omnipresence of his representation in European art and literature until the 19th century. However, the iconography and the propaganda about his image are transformed gradually and fatally till the beginning of the First World War. It is especially the association with eroticism and beauty which becomes gradually a taboo, something disgraceful or even perverted. Either instrumentalized or aestheticized – according to the interests of the different opposing groups – the control of this iconography and sexuality of the juvenile becomes in this way a great matter of dispute of power at the end of the 19th century and at the turn of the 20th century. This phenomenon is a European one but the Wilhelminian Reich – under construction and on a quest for identity – represents an ideal example for analyzing this phenomenon which on the one hand I put into the context of sexual oppression and on the other hand into the context of youth movements and contestation developing in parallel ways over this period of time. In my research – based on both observations and precise facts – I dare to try to understand a taboo phenomenon and I invite the reader to reflect upon the destiny of male beauty and male love in our society. The readers are invited to question some of their convictions and I hope I succeeded in giving back to juvenile Eros – too often censured and neglected, at least partially – the place he deserves in European history, insisting both upon the role he had in art and literature as well as on the issues and functions which he represented so often in political and social conflicts.


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