Le système aide-projet mondial et la problématique du développement en Haïti : quelles externalités locales

par Christophe Providence

Thèse de doctorat en Sciences économiques

Sous la direction de Fred Célimène.

Le président du jury était Kinvi Logossah.

Le jury était composé de Fred Célimène, Kinvi Logossah, Denis Martouzet, Nelson Sylvestre.

Les rapporteurs étaient Denis Martouzet, Nelson Sylvestre.


  • Résumé

    Depuis la chute du régime des Duvalier en 1986, Haïti se veut un État démocratique dans lequel les pratiques du développement territorial insistent sur l’implication et la participation des acteurs locaux. Les principes de la décentralisation sont alors proclamés impliquant une volonté de l’État haïtien de transférer des compétences et des moyens aux collectivités territoriales, dans le cadre de services publics de proximité. Deux phénomènes allaient marquer la société haïtienne à partir de cette date. Le premier est l’ouverture du pays aux échanges commerciaux (à l’échelle internationale) et le second revoie à la prolifération des ONG et de petits projets locaux dits de développement. Ces deux phénomènes traduisent, dans un sens large, la mise en projet du territoire haïtien à partir de ce que l’on appelle « le système aide-projet international ».Cette thèse poursuit deux grands objectifs conduisant à deux modèles différents, mais interreliés. Le premier objectif est de s’interroger sur les fondements de la dépendance politico-économique d’Haïti (dans une large mesure tous les PMA) dans le contexte d’aide publique au développement. Il s’agit de prendre en compte les dynamiques internes de son système de production (basé sur l’aide-projet) à partir des choix de politiques publiques de développement appliqués. Le second objectif s’intéresse aux disparités, à la fois spatiales et socioéconomiques, qui caractérisent le système aide-projet lui-même. Pour les étudier, la démarche s’interroge sur les externalités générées par le système tout en mettant l’accent sur les liens de proximités (géographique et organisée) des projets par rapport aux acteurs territoriaux.Les questions spatiales partent du postulat que les acteurs ou les territoires sont affectés par ce qui se passe dans son environnement et davantage dans son voisinage. Dans ce cas, leur proximité impose des comportements qui sont proportionnels avec la variabilité des facteurs. Autrement dit, chaque territoire (communal), accueillant un nombre de projets locaux, diminue les chances d’un autre territoire de les accueillir si l’on maintient le principe d’affectation dans le système aide-projet. Cela implique que les projets ont tendance à se concentrer en un petit nombre de territoires communaux alors que leur volume d’activité est très faible ailleurs. De ce fait, les populations locales ont tendance à immigrer vers les territoires ou lieux privilégiés, ce qui accentue les disparités territoriales et entraîne l’élargissement des bidonvilles. De la même manière, les acteurs locaux se spécialisent et deviennent plus efficaces pour attirer des projets (ou des ONG) en offrant une image pitoyable : la misère remplace la pauvreté.Si la prolifération des ONG, dans un pays comme Haïti, a progressé de manière régulière depuis 1986, le décollage économique n’a pas véritablement suivi. L’approche spatiale du système aide-projet apporte de nouvelles réflexions et de nouvelles hypothèses, sur les effets de distribution de l’aide par rapport au renforcement des liens de proximités (géographique et organisée) entre les acteurs locaux et leurs territoires. Elle montre que les ONG sont mobiles sur le territoire national et les projets locaux vont se regrouper lorsqu’un territoire communal expose son état de misère et offre aux ONG une bonne publicité sur le plan d’image. Dans les cas contraires, les projets seront dispersés. Il s’agit là d’un apport considérable dans l’analyse des effets (directs ou indirects) de distribution des projets locaux par rapport à la problématique du sous-développement en Haïti. Alors, on peut raisonner en matière de rendements du système aide-projet par rapport à cette problématique de développement territorialisé.

  • Titre traduit

    The global aid-project system and the issue of development in Haiti : what local externalities


  • Résumé

    Since the fall of the Duvalier regime in 1986, Haiti has intended to be a democratic State in which the practices of territorial development put the emphasis on the involvement of the local actors. The principles of decentralization are therefore proclaimed, thus implying a will from the Haitian government to devolve powers and means to local authorities as part of community public services. Two phenomena have characterized the Haitian society from that date onward. The first phenomenon is the opening of the country to commercial trade – at international level – and the second one refers to the proliferation of NGOs and small local projects defined as development projects. These two phenomena reflect, by and large, the project-planning mentality at work on the Haitian territory on the basis of what is called “the international aid-project system.” This thesis aims at two main objectives leading to two different yet interconnected models. The first objective is to investigate on the foundations of Haiti’s political and economic dependence – and, to a larger extent, that of all the LDCs – in the context of the Official Development Assistance. It means taking into account the internal dynamics of its production system – based on the aid-project – on the ground of implemented choices made in terms of public policies for development. The second objective focuses on both geographic and socio-economic disparities which characterize the aid-project system itself. In order to study them, the approach is to investigate on the externalities generated by the system while highlighting the (geographic and organized) ties between projects and local actors.The geographic questions come from the assumption that actors or territories are affected by what goes on in their environment and even more so in their neighborhood. In this case, their proximity requires behaviors which are proportional to the variability of the factors. In other words, each (communal) territory that hosts a number of local projects reduces the opportunities for another territory to host them if the principle of assigning in the aid-project system is kept. It implies that projects have a tendency to concentrate in a small number of communal territories whereas their volume of activity is low elsewhere. Hence, local populations tend to migrate toward privileged territories or places, which aggravates territorial disparities and causes slums to grow. In a similar way, local actors specialize and become more efficient for attracting projects – or NGOs – by offering a pitiful image: misery replaces poverty.Though NGOs’ proliferation has steadily increased in a country like Haiti since 1986, economic “take-off” has not really ensued. The geographic approach to the aid-project system brings about new thinking and new assumptions on the effects of aid distribution with respect to the reinforcement of – geographic and organized – ties between actors and their territories. It indicates that NGOs are mobile on the national territory and local projects will come together whenever a communal territory displays its condition of misery and provides the NGOs with good publicity in terms of image. In other cases, projects will be scattered. This constitutes a considerable contribution to the analysis of – direct or indirect – effects of the distribution of local projects regarding the issue of underdevelopment in Haiti. It is, then, possible to reason in terms of performance of the aid-project system in relation to this issue of territorialized development.


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