Facteurs de progression et évolution des hépatopathies chroniques virales et alcooliques en Guadeloupe

par Moana Gelu-Siméon

Thèse de doctorat en Recherche clinique, Innovation technologique, Santé publique

Sous la direction de Michel Samson et de Pascal Blanchet.


  • Résumé

    Les données de prévalence des hépatites virales B et C, disponibles en Guadeloupe, ont été évaluées à 3,1% pour l’AgHBs, 22,1% pour l’Ac anti-HBc et 0,8% pour les anti-VHC en 1992 et nécessitent d’être réactualisées. L’alcool demeure également une cause majeure de cirrhose et de cancer primitif du foie dans le monde et la première en Europe. La Guadeloupe n’échapppe pas aux conséquences néfastes de l’alcool mais il n’existe aucune donnée relative à cette problématique, notamment pour la maladie alcoolique du foie. De nombreux facteurs de progression des hépatopathies chroniques et leur impact sur la réponse au traitement anti-viral ont été mis en évidence mais ceux-ci n’ont jamais été étudiés dans une population caribéenne, de même que l’effet de toxiques environnementaux sur la progression de la fibrogénèse. Objectifs : Réactualiser les données épidémiologiques des hépatopathies virales chroniques et faire un état des lieux sur leur prise en Guadeloupe. Décrire les caractéristiques épidémiologiques et cliniques des hépatopathies alcooliques chroniques en Guadeloupe. Evaluer les facteurs de progression et d’évolution des hépatopathies virales et alcooliques chroniques en Guadeloupe. Faire un état des lieux sur l’évolution et la prise en charge du carcinome hépatocellulaire (CHC) en Guadeloupe. Matériels et méthodes : Nous avons mené une enquête de prévalence des hépatites virales B et C en population générale à partir des données d’un centre de santé situé en Guadeloupe, procédé à une évaluation prospective des cas d’hépatopathies chroniques virales et alcooliques à partir des centres référents ainsi qu’à une évaluation de la prise en charge des hépatopathies chroniques par les médecins généralistes et les spécialistes, et des facteurs de progression des hépatopathies spécifiques à la Guadeloupe. Enfin, nous avons évalué les causes et la prise en charge des nouveaux cas de CHC en Guadeloupe. Résultats : Les résultats de prévalence ont été évalués à 1,41 [95% IC : 1-2] pour l’Ag HBs et 0,55 [95% IC : 0,28-0,96] pour la sérologie VHC. Le taux de vaccination contre l’hépatite B était estimé à 42% chez les adultes. Les principaux modes de contamination retrouvés étaient la voie sexuelle (28,2%), le piercing (12,9%) et l’exposition intra-familliale pour le VHB (6,4à 14,1%); les antécédents chirurgicaux (en particulier chirurgie gynécologique) (50%) pour le VHC. Le profil virologique majoritaire des patients VHB était un portage inactif, AgHBe négatif (95,8%), de génotype A1 (67,3%), D (18,2%) ou E (14,5%) ; le génotype majoritaire du VHC était un génotype 1 (80%). Les médecins généralistes, interrogés sur leurs connaissances des hépatites virales, ont répondu de façon exacte dans plus de 55% des cas et étaient majoritairement favorables à la vaccination anti-virale B. Seuls 16,9% des patients VHB ont bénéficié d’un traitement antiviral compte tenu d’un portage inactif dans plus de 75% des cas. On a estimé à 16% la proportion de patients traités pour une infection virale C en Guadeloupe avec un taux de réponse à la bithérapie à 32% (en 2010). Parmi les facteurs de moins bonne réponse au traitement antiviral, on a retenu : l’étude du polymorphisme IL28B évalué chez 54 patients porteurs du VHC avec une fréquence élevée du génotype T/T (55,3%) chez les patients afro-caribéens. La co-infection HTLV1 chez des patients infectés par le VHC laisse supposer une moins bonne réponse au traitement antiviral chez ces patients. La consommation alcoolique est également un fléau dans notre région, essentiellement basée sur le rhum avec une médiane journalière d’alcool ingéré à 50 g/jour [20-380], tandis que le vin et la bière étaient rarement consommés seuls. L’imprégnation sanguine en toxiques organochlorés, en particulier en Chlordécone constitue également un factuer de risque de progression des hépatopathies chroniques. Parmi les patients porteurs de CHC, un diagnostic tardif est à l’origine d’une prise en charge palliative, par chimio-embolisation dans 10,8% des cas ou Nexavar dans 22,9% des cas. Enfin, la majorité de ces patients (59,4%) a été traitée de façon symptomatique. Une minorité (6,7%) a reçu un traitement curatif, par chirurgie ou transplantation hépatique. Conclusion : Malgré ses relations privilégiées avec la France métropolitaine, la Guadeloupe souffre d’un isolement géographique qui complique la prise en charge thérapeutique des patients porteurs d’hépatopathie chronique virale ou alcoolique. De plus, les spécificités de ce territoire tant géographiques que culturelles ne sont pas prises en compte dans l’application des politiques de santé. Une meilleure connaissance des données épidémiologiques et des facteurs de progression de la maladie hépatique permettra d’améliorer la prise en charge des patients porteurs d’hépatopathie chronique virale ou alcoolique dans cette région.

  • Titre traduit

    Factors of progression and evolution of viral and alcoholic chronic liver diseases in Guadeloupe


  • Résumé

    Prevalence data for viral hepatitis B and C, available in Guadeloupe, were evaluted at 3. 1% for HBsAg, 22. 1% for anti-HBc Ab and 0. 8% for anti-HCV in 1992 and need to be updated. Alcohol also remains a major cause of cirrhosis and liver cancer in the world and the first in Europe. Guadeloupe is not spared by the harmful consequences of alcohol, but there is no data on this issue, especially for alcoholic liver disease. Many factors of progression of chronic liver diseases and their impact on the response to antiviral treatment were identified but these have never been studied in a Caribbean population, as well as environmental toxic effect on the progression of fibrogenesis. Objectives: Refresh epidemiology of chronic viral liver disease and describe their management in Guadeloupe. Describe the epidemiological and clinical characteristics of chronic alcoholic liver disease in Guadeloupe. Assess the factors of progression and evolution of viral liver diseases and chronic alcoholics in Guadeloupe. Describe the evolution and management of hepatocellular carcinoma (HCC) in Guadeloupe. Materials and Methods: We conducted a prevalence survey of viral hepatitis B and C in the general population using data from a health center in Guadeloupe, conducted a prospective evaluation of cases of viral and alcoholic chronic liver diseases from the referral centers as well as an assessment of the management of chronic liver disease by general practitioners and specialists, and factors of liver disease progression specific to Guadeloupe. Finally, we assessed the causes and the treatment of new cases of HCC in Guadeloupe. Results: The prevalence results were evaluated to 1. 41 [95% CI: 1-2] for HBsAg and 0. 55 [95% CI: 0. 28 to 0. 96] for the HCV serology. The rate of vaccination against hepatitis B was estimated at 42% in adults. The main modes of contamination found were sexual (28. 2%), piercing (12. 9%) and intra-familly exposure to HBV (6,4à 14. 1%); surgical history (especially gynecological surgery) (50%) for HCV. The main HBV virological profile was inactive carrier, HBeAg-negative (95. 8%), A1 genotype (67. 3%), D (18. 2%) or E (14. 5%); and genotype 1 for HCV (80%). Praticians questioned about their knowledge of viral hepatitis, responded accurately in 55% of cases and were largely in favor of anti-viral vaccination B. Only 16. 9% of patients were given HBV antiviral treatment as an inactive form in more than 75% of cases. It was estimated at 16% of patients treated for HCV infection in Guadeloupe, with a response rate to combination therapy at 32% (in 2010). Factors of poorer response to antiviral therapy were retained: the study of IL28B polymorphisms evaluated in 54 HCV patients with a high frequency of T / T genotype (55. 3%) among Afro-Caribbean patients. HTLV-1 co-infection in patients infected with HCV suggest a poorer response to antiviral therapy in these patients. Alcohol consumption is also a real problem in our region, mainly based on rum with a daily median of alcohol ingested 50 g / day [20-380], while wine and beer were rarely drunk alone. The blood impregnation organochlorine toxics, particularly Chlordecone is also a risk factor of progression of chronic liver disease. Among the patients with HCC, late diagnosis is the main reason of palliative care, for chemoembolization in 10. 8% of cases or Nexavar in 22. 9% of cases. Finally, the majority of these patients (59. 4%) was treated symptomatically. A minority (6. 7%) received a cure by surgery or liver transplantation. Conclusion: Despite its privileged relationship with mainland France, Guadeloupe suffers from geographical isolation which complicates the therapeutic management of patients with viral or alcoholic chronic liver disease. In addition, the specificities of this geographic and cultural territory are not taken into account in the implementation of health policies. A better understanding of epidemiology and progression of liver disease factors will improve the care of patients with viral or alcoholic chronic liver disease in this region.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (157 p)
  • Notes : Reproduction autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. p. 131-146

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  • Bibliothèque : Université des Antilles et de la Guyane (Pointe-à-Pitre, Guadeloupe). Service commun de la documentation. Section Droit-Sciences.
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : TA0695
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