Travail, Terres et Productivités : Le rôle de la surface par actif dans les trajectoires de développement agricole, dans le Monde et au Mexique (1980 – 2007)

par Antonin Vergez

Thèse de doctorat en Sciences sociales

Sous la direction de Michel Benoit-Cattin.


  • Résumé

    En 2008, la Banque mondiale a consacré son « rapport annuel sur le développement » à l'agriculture. Cela n’avait plus été le cas depuis 25 ans. Elle y montre que la croissance agricole est plus efficace que celle d’autres secteurs pour réduire la pauvreté. La productivité du travail agricole des actifs agricoles y est paradoxalement à peine citée : ses facteurs explicatifs de court terme comme ses variables structurantes sur le long terme ne sont pas analysés. Cette thèse entend contribuer à une meilleure compréhension des relations dynamiques qu’entretiennent la démographie et le développement non agricole avec le développement agricole (élévation de la productivité du travail agricole). Sous quelles conditions démo-économiques la transformation structurelle d'une économie (baisse du poids relatif du secteur agricole dans l’économie (actifs et valeur ajoutée)) peut-elle s'accompagner d'un développement agricole ? Alors qu’un secteur industriel ou tertiaire qui se développe est généralement attracteur d’actifs, une loi inverse existe-t-elle pour le secteur agricole ? Celui-ci doit-il nécessairement se vider de ses actifs pour se développer ? Y’a-t-il jamais eu, et peut-il y avoir développement agricole dans un contexte de croissance continue du nombre des actifs agricoles ?Notre (hypo)thèse principale est que la combinaison dynamique des facteurs «terre » et «actif agricole », dont la résultante est la « surface travaillée par actif agricole », est la véritable clé du développement agricole, davantage que la productivité de la terre. Nous analysons les déterminants des niveaux et taux de croissance de la productivité du travail agricole au cours de la période 1980 - 2007, à différentes échelles géographiques. Une attention particulière est mise sur la variable « nombre d’actifs agricoles », à l'aide de différents jeux de données (internationales, nationales, données d’enquêtes de terrain), à différentes échelles (monde, Mexique, 31 états fédérés et 2400 Municipes mexicains) et avec diverses méthodes (décomposition factorielle, cartes, classifications ascendantes hiérarchiques, inférence statistique, enquêtes de terrain auprès de ménages agricoles, non agricoles, d’institutions). Au niveau mondial, nous mettons en évidence une « course de vitesse » entre actifs agricoles et terre dans certaines régions du monde et proposons le concept de «transition agricole démographique » ainsi que sa typologie associée. Le Mexique est ensuite choisi pour ses agricultures présentant des niveaux de développement très contrastés, en synchronie comme en diachronie. Nous cherchons à expliquer les différences de trajectoires de développement agricole observées au Mexique. Nous analysons l’influence de variables caractérisant l’économie non agricole, la substitution du capital machine au travail, la libéralisation foncière, la géographie (physique et humaine). Dans les comparaisons internationales comme au Mexique, nous montrons que le taux de croissance de la surface par actif agricole a une influence marginale plus forte sur le taux de croissance de la productivité du travail agricole, que le taux de croissance de la productivité de la terre. Enfin, nous analysons les stratégies économiques de ménages et actifs agricoles, du Municipe de Teopisca dans la région de Los Altos de Chiapas, « piégés » dans un contexte de « transition agricole démographique bloquée » (décroissance tendancielle de la surface travaillée par actif) : diversification des sources de revenus (vers le non agricole) et tentatives d’élévation de la productivité de la terre sont les deux principales stratégies déployées sous contraintes de défaillances des marchés (travail, crédit) et d’accès à l’eau d’irrigation.

  • Titre traduit

    Agricultural labour and land productivities : the role of the area per worker in agricultural development paths, in the world and Mexico (1980 – 2007)


  • Résumé

    In 2008, the World Bank has dedicated its "Annual Report on Development" to agriculture. This had not been the case for 25 years. It shows that agricultural growth is more effective than other sectors to reduce poverty. The agricultural labor productivity of the agricultural workforce is paradoxically barely mentioned: its explanatory factors for the short term as its structural variables in the long term are not analyzed. This thesis aims to contribute to a better understanding of the dynamic relationship between demography and non-agricultural development with agricultural development (increased productivity of agricultural labor). Under what demo-economic conditions can the structural transformation of an economy (i.e. the decline in the relative weight of the agricultural sector in the economy (workers and value added)) be accompanied by agricultural development? While an industrial or service sector that develops generally attracts workers, is there an opposite relationship in the agricultural sector? Does the agricultural sector have to lose its workers to develop? Has an agricultural sector ever developed in a context of continuous growth in the number of agricultural workers? Our main (hypo)thesis is that the dynamic combination of factors « land » and « agricultural worker », whose resultant is the « agricultural area worked per agricultural worker », is the real key to agricultural development, more than the productivity of the land.We analyze the determinants of the level and of the growth rate of the agricultural labor productivity over the 1980-2007 period, at different geographical levels. Special focus is put on the evolution of the « number of agricultural workers », using different sets of data (international, national, field surveys data), at different scales (world, Mexico, and 31 federal states 2400 Mexican municipalities) and with various methods (factor decomposition, maps, hierarchical ascending classifications, statistical inference, field surveys of farming households).Globally, we highlight a « race » between land and the number of agricultural workers in certain regions of the world and propose the concept of « demographic transition agriculture » and its associated typology.Mexico is then chosen for its agriculture showing very contrasting levels of development, for both synchronic and diachronic observation. We seek to understand the differences in agricultural development paths observed in Mexico by analyzing the influence of variables characterizing the non-farm economy, the substitution of machinery capital for labor, land liberalization, geography (physical and human).In international comparisons as within Mexico, we show that the growth rate of the area by agricultural worker has a marginally stronger influence on the growth rate of agricultural labor productivity, than the growth rate of land productivity.Finally, in the Municipality of Teopisca in the Los Altos region of Chiapas, we analyze the economic strategies of farm households « trapped » in a context of « blocked demographic agricultural transition » (downward trend of the agricultural area per worker): income diversification (toward the non-agricultural sector) and attempts to rise the land productivity are the two main strategies deployed under local severe constraints of market failures (labor, credit) and difficult access to irrigation water.


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