Vers une géophilosophie queer : homosexualité, transsexualité et exil dans l'Europe de l'Entre-deux-Guerres à travers les œuvres de Christopher Isherwood, Klaus Mann et Annemarie Schwarzenbach

par Mat Fournier

Thèse de doctorat en Etudes du genre

Sous la direction de Marie-Dominique Garnier et de Marie-Dominique Garnier.


  • Résumé

    Ce travail a pour objet de proposer une lecture des œuvres de Klaus Mann (1906-1949), Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) et Christopher Isherwood (1904-1986) en s’appuyant sur la géophilosophie de Deleuze et Guattari, les théories queers, notamment à travers les œuvres de Judith Butler et Eve Sedgwick, et les études Trans (Susan Stryker). Mon projet est de remettre en question la notion d'identité en affirmant que le genre constitue un agencement, c’est-à-dire une construction stable mais contingente, composée d’éléments hétérogènes. La notion même de « queer » signifie la rupture de ces assemblages, non sous la forme d’identités stables, mais de manière oblique, biaisée, en «lignes de fuite«, diagonales selon lesquelles l’agencement se fissure. Pour tracer les lignes de cette géophilosophie du genre, j’utilise les notions de frontières et d’orientation (telle que l’a conceptualisée Sara Ahmed), tout comme les concepts deleuziens de seuil de transition, de plans de consistance, de milieu ou de cartographie. Les œuvres de Mann, Isherwood et Schwarzenbach s’inscrivent dans le contexte politiquement instable de l’Entre-Deux-Guerres, avec l’Europe, et en particulier Berlin, pour centre de gravité. Tous trois ont la particularité d'écrire, selon les termes de Sedgwick, hors du « placard de verre », le secret de Polichinelle qui masque et révèle l'homosexualité et qui domine la production littéraire de la première partie du XXème siècle. Ils se trouvent ainsi dans une situation d’énonciation différente de celle de leurs contemporains. Leur écriture se situe dans un espace indéfini et fluide entre fiction et autobiographie, comme si cette position problématique vis-à-vis des genres et de la sexualité les empêchait d’adhérer à aucun genre (littéraire). Leurs textes opèrent ainsi dans une spatialité ouverte, créant et défaisant leurs propres agencements, dans un rapport oblique non seulement à la sexualité et au genre, mais aussi aux classes sociales, aux nationalités ou à l'appartenance sociale dans son ensemble.

  • Titre traduit

    Queer géophilosophies : homosexuality, Transsexuality and Exile in Europe in the Interwar Years in the works of Christopher Isherwood, Klaus Mann and Annemarie Schwarzenbach


  • Résumé

    This work questions notions of identity and subjectivity while building on Deleuzian geophilosophy, queer theory, and transgender studies. Gender, I argue, is an assemblage, that is, a stable yet contingent construction, built of heterogeneous elements. Queer, then, means the disruption of those assemblages, not in the form of stable identities, but obliquely, as « lines of flight », diagonals or points where the assemblage gets ruptured. While queer temporality has been, in the past years, explored by a wide range of scholarly works, I focus here on spatiality. Questions of border zones and orientation (as conceptualized by Sara Ahmed), as well as Deleuzian concepts such as thresholds of transition, planes of consistencies, or milieus and cartography, are particularly relevant to queer critique. To explore this geophilosophy of gender, I look mainly into the works of three authors writing in the heavily polarized political background of the thirties, with Europe, and particularly Berlin, as the center of gravity of a shifting world. Klaus Mann (1906-1949), Annemarie Schwarzenbach (1908-1942), and Christopher Isherwood (1904-1986), share the particularity of being uncloseted gays, which, according to Sedgwick's Epistemology of the Closet, places them in an atypical enunciative situation amongst Modernists. Their writing seems most of the time to operate in an undefined and fluid space between fiction and autobiography, as if their problematic condition of speech prevented them from adhering to any specific genre. Because they didn’t belong to the gender assemblages of their time, they created their own spaces, navigating across not only gender assemblages, but also escaping their social class or their citizenship.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (359 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f. 338-354. Index

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  • Bibliothèque : Université Paris 8-Vincennes Saint-Denis (Sciences humaines et sociales-Arts-Lettres-Droit). Service Commun de la Documentation. (Saint-Denis) .
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : TH 3775
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