Signe, nature, signature : parcours étymologiques dans l’œuvre de James Joyce – Dubliners, A Portrait of the Artist as a Young Man et Ulysses

par Sylvain Belluc

Thèse de doctorat en Études anglophones

Sous la direction de Carle Bonafous-Murat.

Le président du jury était Benoît Tadié.

Le jury était composé de Carle Bonafous-Murat, Benoît Tadié, Daniel Ferrer, Christian Puech, Sam Slote.


  • Résumé

    L’écriture joycienne se distingue par la conscience aiguë dont elle témoigne de l’histoire des mots. Cette tendance est le produit de l’émergence de la grammaire comparée et de la sémantique historique au XIXe siècle, disciplines qui avaient bouleversé le concept d’étymologie et légitimé, en apparence, la prise en compte du passé de la langue dans son emploi. Pourtant, quand Joyce écrit, cette approche est irrémédiablement dépassée, et ses nombreuses contradictions critiquées. Aussi les œuvres de l’écrivain, loin de constituer un reflet fidèle et stable du discours sur l’étymologie du siècle où il naquit, en mettent-elles à nu les paradoxes et les partis pris. La stratégie d’écriture de Dubliners, si elle repose sur une exploitation fréquente des données mises au jour par les comparatistes et les sémanticiens, prend ainsi le contrepied de toute démarche transcendantale et tire profit de la nature subjective et aléatoire de l’activation des potentialités étymologiques des mots par le lecteur. La volonté affichée par Stephen dans A Portrait of the Artist as a Young Man de trouver une justesse supérieure dans la motivation directe puis indirecte des noms fait place, dans le roman suivant, à un rejet amer de « l’imposture des sons ». Mais Ulysses éclaire également les failles des théories linguistiques de son époque : sa mise en lumière du rôle joué par l’étymologie populaire dans le fonctionnement de la langue implique une critique du positivisme saussurien et s’inscrit dans une dénonciation plus large de toute conception pseudo-rationnelle et supra-individuelle de l’histoire.

  • Titre traduit

    Sign, Nature, Signature : probing into James Joyce’s Etymological Strategies in Dubliners, A Portrait of the Artist as a Young Man and Ulysses


  • Résumé

    One of the hallmarks of Joyce’s prose is the acute consciousness it reflects of the history of words. This tendency is the product of the emergence of comparative linguistics and historical semantics in the 19th century, both of which had revolutionized the concept of etymology and seemed to make the history of words relevant to their use. Yet that approach soon became irremediably outdated and its numerous contradictions had been subjected to severe criticism by the time Joyce wrote his books. Accordingly, his works, far from giving a faithful and stable image of the etymological discourse prevalent in the century of his birth, reflect its biases and contradictions. Although the writing strategy of Dubliners relies on a constant exploitation of the data unveiled by linguists, it opposes any transcendental philosophy and makes much of the subjective and random nature of the activation of words’ etymological potentialities by the reader. Stephen’s attempts at finding a superior meaning in the direct and then indirect motivation of names in A Portrait of the Artist as a Young Man evolves, in the next novel, into a bitter rejection of the “imposture of sounds”. Ulysses, however, also brings into relief the inconsistencies of the linguistic theories of its own time: in highlighting the role played by folk etymology in the use of language, it constitutes an implicit criticism of Saussure’s positivist claims and calls into question any pseudo-rational and supra-individual conception of history.

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