Émancipation et création poétique. De la Négritude à l' écriture féminine à l'exemple d'Aimé Césaire, Léopold Sedar Senghor, Ahmadou Kourouma, Calixthe Beyala

par Julie Pope

Thèse de doctorat en Littérature et civilisation françaises

Sous la direction de Mireille Calle-Gruber.

Le président du jury était Jean Bessière.

Le jury était composé de Mireille Calle-Gruber, Jean Bessière, Anne Begenat-Neuschäfer, Papa Samba Diop.


  • Résumé

    Dans le contexte des indépendances des anciennes colonies françaises, la verve poétique d’auteurs « engagés » tels qu’Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou Léon-Gontran Damas est indissociable de la dénonciation de la colonisation et du combat politique pour l’émancipation. Les intellectuels, les hommes de Lettres, de culture, les artistes condamnent fermement les impérialismes européens. Pour les tenants de la « Négritude », la poésie relaie le témoignage le plus évident de l’engagement politique et littéraire. Cette écriture poétique, construite à la fois sur des pratiques liées l’oralité héritées de l’Afrique et sur des formes prosodiques relativement classiques, fonde le lieu où l’on peut faire passer des messages politiques, tout en revendiquant une culture africaine. Introduire par la suite l’écriture romanesque en Afrique subsaharienne et y reprendre les thèmes de l’esclavage, de la colonisation, de l’aliénation du colonisé, du néocolonialisme deviennent des opérations en vue de processus constructeurs ; il s’agit d’ouvrir une vision nouvelle du monde, en imprimant à la langue française la trace créative de son auteur en ses représentations. On assiste donc à une revendication des nationalisations des littératures francophones. Ainsi de la littérature camerounaise ou de la littérature congolaise — par exemple, Ahmadou Kourouma dit contribuer à une littérature malinké. Tchicaya U. Tam’si affirme que si le français le colonise, il le colonise à son tour, car, paradoxalement, la révolte du colonisé s’appuie sur la langue française du colonisateur, tout en s’efforçant de déplacer celle-ci par l’écriture. La littérature d’expression française en Afrique subsaharienne est le lieu des différences, et des « différances » car elle porte la trace des multiples trajectoires sociologiques, et devient par sa diversité un lieu de créativité, de liberté et d’hybridité. Nous voyons aussi apparaître le roman de contestation politique contre les dictatures, la corruption, les guerres civiles, à l’exemple d’Ahmadou Kourouma écrivant Allah n’est pas obligé sans plus se préoccuper du canon de la langue, mais en pratiquant une « langue pourrie » pour décrire une guerre atroce. C’est une créativité semblable à celle qui est à l’origine du créole, du français petit-nègre, du camfranglais, et que la littérature d’Afrique subsaharienne explore. C’est dans cette perspective ouverte par les pratiques subversives de l’écriture et de la lecture que s’inscrit l’émancipation des femmes en Afrique. Calixthe Beyala est en ce sens emblématique de l’évolution du statut des femmes et de leur place dans la société, dépassant le clivage sexuel masculin/féminin. Ce processus prend sa source dans le mouvement d’ensemble des indépendances et du post-colonialisme. Ainsi les femmes se sont-elles illustrées par leur écriture, véritable prise de parole dans un espace public traditionnellement réservé aux hommes. Le roman des femmes écrivains en Afrique subsaharienne s’attache à décrire les pratiques traditionnelles, la polygamie, les mariages forcés. Ayant acquis une autonomie de parole, ces écrivains se donnent le pouvoir d’intervenir dans le débat public. Cette forme d’émancipation conquiert un langage traditionnellement réservé aux hommes. La langue violente, argotique, obscène ou pornographique n’est plus un monopole masculin. Elle est investie autrement par les écrivains femmes qui peuvent dès lors se dire elles-mêmes.

  • Titre traduit

    Emancipation and poetic creation.From Negritude to women writting in the example of Aimé Césaire, Leopold Sedar Senghor, Ahmadou Kourouma, Calixthe Beyala


  • Résumé

    In the context of the independences of former French colonies, the poetic impetus of militant authors such as Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor or Léon-Gontran Damas is adamantly linked to the rebuttal of colonialism and to political activism. Intellectuals, writers, and artists strongly condemn European imperialisms. For the “Négritude” poets, poetry stands as the most obvious testimony of political and literary commitment. Their poetic works, relying both on oral practices inherited from Africa and on relatively classic prosodic styles, is the vehicle for political messages and reclaiming of African culture. Subsequently, novel writing in sub-Saharian Africa tackles more and more themes of slavery, colonization, colonial alienation, neo-colonialism, all of this becoming empowering processes. The question is to open on a renewed vision of the world, giving the French language a new creative trace, through the authors’ representation. Therefore, Francophone literature reclaims its singularity. This is especially true with Cameroon and Congo: for instance, Ahmadou Kourouma posits that his literature is malinké. Tchicaya U. Tam’si declares that if the French language is colonizing him, then he colonizes it in turn. The colonized rebellion paradoxically leans on the French colonizer language, while trying to displace and advance it through writing. Francophone literature in sub-Saharian Africa is the place of differences and of “différances”, for it bears the traces of many sociological reflexions, and becomes, through its diversity, a place for creativity, liberty and hybridity. We also witness the rise of political protest novel against dictatures, corruption, civil wars ; for example Ahmadou Kourouma, writing Allah n’est pas obligé, does not bother anymore with the rules of literature but excels in the practice of a “rotten language” to describe an atrocious war. This is a form of creativity similar to the one that give birth to creole, “français petit-nègre”, “camfranglais” and one that African sub-Saharian literature explore. It is in this perspective opened by subversive writing and reading practices that women emancipation in Africa takes place. The case of Calixthe Beyala, among others, illustrates this evolution of the status of women in society, beyond the sexual male/female divide. This process stems from post-colonialism and independentist movements gaining power and focus in the XXth century. Women distinguish themselves thanks to their writing and speech in a public sphere reserved to men. Novels written by sub-Saharian African women carefully describe traditional practices, polygamy, forced marriages. These writers, through their acquired freedom speech, have gained the power to participate in the public debate. This form of emancipation takes hold of a language and an art formerly reserved to men because of traditions. Violence, slang words, obscene or pornographic language are no longer part of a male monopoly on poetic language. This poetic creation is vested differently by women writers, who are therefore able to express themselves.

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