Les intellectuels conservateurs entre le culturel et le politique : l'Académie Brésilienne des lettres pendant la dictature militaire (1964-1979)

par Diogo Cunha

Thèse de doctorat en Histoire

Sous la direction de Annick Lempérière.

Soutenue le 06-11-2014

à Paris 1 , dans le cadre de École doctorale d'Histoire de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Paris) , en partenariat avec Mondes américains (Paris) (équipe de recherche) .

Le président du jury était Pascal Ory.

Le jury était composé de Annick Lempérière, Daniel Aarão Reis.

Les rapporteurs étaient Maria Helena Capelato, Olivier Compagnon.


  • Résumé

    Cette thèse porte sur les relations entre l’Académie Brésilienne des Lettres (ABL) et le régime militaire brésilien. L’objectif de cette étude est d’analyser dans quelle mesure cette institution – officiellement « apolitique » - put être une instance de légitimation pour la dictature militaire. Nous sommes revenus sur l’histoire de l’ABL depuis sa fondation, privilégiant son rôle dans le champ culturel brésilien dans les années 1960 et 1970. Elle formait à ce moment-là, avec l’Institut Historique et Géographique Brésilien (IHGB) et le Conseil Fédéral de la Culture (CFC) une « structure culturelle conservatrice », lieu de sociabilité des élites intellectuelles et politiques de droite et d’élaboration d’un discours conservateur. La prosopographie a permis de mettre en lumière un groupe d’intellectuels brésiliens tombés dans l’oubli pourtant très actif depuis le régime de Vargas jusqu’au coup d’Etat, ayant du pouvoir dans les médias et dans les réseaux qui facilitaient l’accès aux postes administratifs et politiques. Le quotidien de l’ABL va des cérémonies d’investiture, des visites que les académiciens recevaient, des hommages qu’ils rendaient, à la construction d’une mémoire des héros de la Nation et à l’exaltation de la Patrie. Les militaires se rendaient en grand nombre à chaque investiture, hommage ou commémoration de l’ABL ; réciproquement, lors des hommages et commémorations organisés par le régime, nombre d’académiciens étaient présents. Les académiciens s’engagèrent individuellement en faveur du régime, moins par une participation active dans l’appareil d’Etat que par l’élaboration et la diffusion d’un discours de légitimation fondé sur les grandes interprétations du Brésil des années trente, en particulier celles de Gilberto Freyre. Les données recueillies montrent que l’institution créée par Machado de Assis à la fin du XIXe siècle a concouru à légitimer le régime instauré en 1964. Cependant, cette légitimation ne s’est pas faite par une « collaboration » active mais plutôt par une forme de complicité. C’est le comportement de l’ensemble des membres de l’ABL, en particulier par le silence et différents degrés d’accommodation, par la proximité qu’ils avaient avec les représentants du régime, et par l’élaboration, la diffusion et la circulation d’un discours conservateur renforçant les notions de civisme et de patriotisme qui jouèrent le premier rôle dans ce processus.

  • Titre traduit

    The conservative intellectuals between culture and politics : the Brazilian Academy of Letters during the military dictatorship (1964-1979)


  • Résumé

    This thesis examines the relationship between the Brazilian Academy of Lettres (ABL) and the Brazilian military dictatorship (1964-1979). The aim of this study is to analyse to what extant this institution – officially “apolitical” – could have been an instance of legitimation for the military dictatorship. This thesis addressed the history of the ABL since its foundation, focusing especially on its role in the Brazilian cultural field in the 1960s and 1970s. At that time, along with the Brazilian Historical and Geographical Institut (IHGB) and the Federal Council for Culture (CFC), the ABL constituted a “conservative cultural structure”. It was a place in which right-wing intellectual and political elites socialised and where a conservative discourse was constructed. The prosopography brought to light a group of Brazilian intellectuals that had fallen into oblivion. This group was very active from the Vargas regime to the military coup, with media relations and political power, which enabled a more direct access to administrative and political positions. The everyday life of the ABL intellectuals includes the inauguration ceremonies, visits that academicians received, the construction of a memory of the heroes of the nation and the exaltation of the homeland. The military attended in large number each ceremony, tribute or commemoration organised by the ABL; in turn, several academicians were also present in tributes gathering s and commemoration organised by the military regime. This sociability between academics and members of the military dictatorship contributed to legitimising the regime in place. The academics where individually committed with the regime, less for their participation in the state apparatus than for the development and dissemination of a discourse of legitimation based on the global interpretation of the Brazilian history written in the 1930s, particularly that of Gilberto Freyre. The conclusions of the analyses undertaken in this thesis demonstrate that the institution created by Machado de Assis in the late nineteenth century helped legitimise the military regime established in Brazil in 1964. However, this legitimation was not developed by an active “collaboration” but rather by a form of complicity. It was the behaviour of all the ABL members, especially their silence and their different degrees of accommodation with the dictatorship, the proximity they had with the representatives of the regime, and the construction, the dissemination and circulation of a conservative discourse reinforcing notions of “public spirit” and patriotism that have played a crucial role in this process of legitimation.

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