Du "temps du tapir" à nos jours : les marques du temps dans le paysage : Perspectives de deux villages waorani sur les relations entre les espaces forestiers et le temps en Amazonie équatorienne

par Maria Gabriela Zurita Benavides

Thèse de doctorat en Ethnoécologie

Sous la direction de Laure Emperaire et de Laura M. Rival.

Le président du jury était Serge Bahuchet.

Le jury était composé de Elise Demeulenaere.

Les rapporteurs étaient Hélène Guetat-Bernard, Philippe Erikson.


  • Résumé

    Les Waorani habitent la forêt amazonienne au nord-est de l'Équateur. Le paysage forestier constitue un livre ouvert de l’'histoire sociale et écologique de leur territoire. Les activités des ancêtres ont laissé des empreintes dans la forêt que les Waorani contemporains identifient et utilisent quotidiennement. Le croisement de l’histoire orale et des pratiques culturales raconte une société de trekkers, dont le mode de vie a incorporé diverses activités économiques : chasse, cueillette, agriculture et pêche, auxquelles s'ajoutent aujourd'hui ponctuellement des emplois salariés pour le compte de compagnies pétrolières ou pour des organisations représentatives. La mobilité des trekkers avec une subsistance fondée sur la chasse, la cueillette et la pratique de l'agriculture sont généralement considérées comme incompatibles, aussi bien par les théories évolutionnistes que par les approches de l’anthropologie culturelle. Nous proposons une nouvelle lecture de cette complémentarité entre activités au sein d’une société considérée comme égalitaire. Les pratiques culturales de cette société ont fluctué au long de son histoire selon ses équilibres économiques et politiques mais elles ont transformé le milieu naturel en y laissant leurs empreintes. La transmission de l’histoire orale fait appel aux éléments du paysage pour transporter les auditeurs dans le passé ; des lieux et des individus végétaux sont ainsi mobilisés dans la construction de la mémoire collective. Les épisodes historiques sont spatialement situés ; la distance temporelle est également signalée. L’étude de l’histoire orale m’a permis de construire un outil analytique, les « catégories temporelles waorani » qui permettent de repérer une période historique, quand des événements sont associés à des actions qui inaugurent la transformation de la composition végétale d’un endroit déterminé. L’association de l’histoire sociale et des configurations botaniques de ces forêts permettent d’appréhender des logiques d’appropriation qui rendent compte des motivations de retour en un lieu et de la réactivation de pratiques culturales. Les végétaux sont étudiés comme des objets accompagnant les actions humaines. Toutes les pratiques culturales sont prises en considération: des plus simples, comme celle de ramasser une tige à celles qui demandent une organisation sociale particulière comme l’agriculture. Le monde végétal est étudié selon la perspective waorani à partir des catégories locales d’usage des végétaux et de la nomenclature de ces derniers. La perspective waorani sur les végétaux en tant qu’éléments de la société est examinée dans les histoires de vie et les récits de l’histoire sociale. La reconstitution de l’histoire orale de deux groupes familiaux, associée aux arbres et aux palmiers dispersés dans le paysage m’a permis d’interpréter les relations que les Waorani entretiennent avec le monde végétal. Celles-ci sont présentées selon les « catégories temporelles waorani », c’est-à-dire, depuis les temps mythiques jusqu’à aujourd’hui. La conception waorani des végétaux s’appréhende à ce croisement de pratiques culturales et de la mémoire collective. Cette thèse nous permet d’appréhender les dimensions spatiales, temporelles et sociales du paysage waorani. Cette démarche restitue le mécanisme de reproduction sociale : c’est l’histoire orale composée des traits culturels et des savoirs locaux naturalistes. Dans les transformations des forêts s’inscrit l’impact des Waorani, ce qui permet d’expliquer les processus sociaux et écologiques qui conduisent à l’état observable de la forêt.

  • Titre traduit

    From the"time of tapir" through today : the landmarks of time : Perspectives of two Waorani villages on the relationship between forest and time in the Amazon


  • Pas de résumé disponible.


  • Résumé

    The Waorani people live in the Amazon rainforest of north-east Ecuador. The forest landscape in which they live is an open book describing the social and ecological history of their territory. The past activities of their forebears have left marks in the forest that contemporary Waorani can identify and use in their day-to-day life. The intersection between oral history and current plant management practices reveal a society of trekkers, whose subsistence is based around various economic activities, including hunting, gathering, agriculture and fishing. To these are also added various new and occasional waged jobs at oil companies operating in the forest, or within ethnic representative organizations. The mobility of the trekkers is generally considered incompatible with their subsistence, which is based on hunting, gathering and agriculture, both from an evolutionary theory as well as a cultural anthropology standpoint. In the first section we propose a new reading of the complementarity of these activities amongst what is considered an egalitarian society. The resources management practices of Waorani society have fluctuated throughout their history in accordance with the economic and political balances over time, but they have neverthelesstransformed the natural environment and left some clear historical footprints. Oral histories of the Waorani refer to various landscape elements to transport the audience to the past; places and plants are thus present in the construction of collective memory. Historical episodes are spatially located, but temporal distance is also reported. The study of Waorani oral history has enabled me to build an analytical tool - “Waorani time categories” - that allow the identification of time periods that relate to historical events associated with transformations or modifications of floristic composition in a given place. The combination of social history and botanical patterns in these forests help shed light on the logics of appropriation, which illustrate the motivations for returning to certain places and reviving some past management practices. Plants are studied as objects accompanying human actions. All management practices are analyzed in this thesis: from the simplest act of picking up a stem, to those that suppose a social organization, such as agricultural practices. Plant life is studied through a Waorani lens: that is to say according to the manner in which the Waorani order their representations, such as local plant use categories and other nature classifications. The Waorani conception of plants as elements of their society is examined through their life histories and narratives of social history. The reconstruction of the oral history of two family clusters associated with trees and palms scattered about the landscape has allowed me to interpret the relationships that the Waorani have with the plant life surrounding them. These are presented following the order of “Waorani time categories”, that is to say, from mythical times to the present. The Waorani conception of plants is apprehended through the linkages between of management practices and collective memory. This dissertation enhances our understanding of the spatial, temporal and social dimensions of the Waorani landscape. The approach reproduces the Waorani mechanism of social reproduction: oral histories composed of both cultural traits and local ecological knowledge. The impact of the Waorani people is evident in forest transformations, which helps in turn to explain the social and ecological processes that shape the observable state of the forest today

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  • Détails : 1 vol. (385 p.)
  • Annexes : Bibliographie p. 371-385

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  • Cote : TH 2014 -- 32
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