La transmission et l’assimilation des savoirs médicaux liés à la pratique de l’acuponcture et de la moxibustion au Japon (via la Chine et la Corée) et en Europe à l’époque pré-moderne (XVIe siècle - XIXe siècle)

par Mathias Vigouroux

Thèse de doctorat en Études japonaises

Sous la direction de Jean-Pierre Giraud.

Soutenue le 04-12-2014

à Lyon 3 , dans le cadre de Ecole doctorale lettres langues linguistique arts .

Le président du jury était Gérard Siary.

Le jury était composé de Alain Briot, Frédéric Obringer, Matthias Hayek.

Les rapporteurs étaient Gérard Siary, Catherine Jami.


  • Résumé

    À partir de la fin du XVIe siècle, l’acuponcture connut un renouveau au Japon sous l’impulsion de Manase Dôsan (1507-1594) et la mise en place de nouvelles écoles d’acuponcture qui commencèrent à se détacher de la tradition chinoise. Ils représentaient deux tendances qui n’étaient pas nécessairement antinomiques — à savoir d’un côté, une fidélité aux savoirs chinois, et de l’autre côté, l’apparition de nouvelles techniques et théories indigènes — et qui se retrouvèrent tout au long de la période d’Edo (1603-1858). Le développement de l’imprimerie et les stratégies de vulgarisation et de diffusion du savoir médical sino-japonais adoptées par de nombreux médecins lettrés à cette époque favorisèrent par ailleurs la circulation des connaissances. Ainsi, aux traités de médecine importés de Chine ou de Corée, s’ajoutaient leurs rééditions japonaises commentées ou non, les traités de médecine sino-japonaise écrits en chinois classique (avec ou sans signes de lecture) ou en langue vernaculaire et les traités de vulgarisation. Ces livres véhiculaient un savoir issu de différentes traditions, chinoise, coréenne, ou indigène, faisant du Japon pré-moderne un pays à la confluence des savoirs médicaux. Le XVIe et le XVIIe siècles correspondaient aussi à l’arrivée des puissances européennes et aux premières descriptions européennes de l’acuponcture et de la moxibustion, deux pratiques thérapeutiques qui continuèrent d’intéresser les médecins européens en poste à Dejima tout au long de l’époque d’Edo et plus généralement ceux en Europe qui avaient accès à leurs descriptions. Notre travail s’inscrit dans la problématique de la circulation des savoirs en Asie orientale et entre l’Asie orientale et l’Europe. Circulation des savoirs qu’il faut non seulement entendre au sens de transmission et de diffusion des savoirs et des savoir-faire, mais aussi en considérant l’impact de ces savoirs sur le pays récepteur. Nous analysons ainsi la nature des transformations qui se sont opérées au cours des processus de transmission, la manière dont les savoirs ont été compris et décrits par ceux qui ont pu les observer directement et la manière dont ils ont été assimilés par des individus d’un milieu différent de celui dans lequel ils ont été produits. La dynamique médicale de l’époque est restituée par une analyse combinée de la théorie et de la pratique clinique. Ce travail met notamment en lumière l’indissociabilité de la production des savoirs et de leur circulation en montrant comment une pratique se construit à partir des textes transmis. Notre approche méthodologique quantitative et qualitative des sources primaires laisse aussi apparaître le rôle limité de la mobilité humaine dans la transmission des savoirs liés à la pratique de l’acuponcture entre la Chine, la Corée et le Japon. Plus généralement, elle rend compte d’une transmission systématique de tout un système médical de la Chine vers le Japon et d’une transmission parcellaire de ce système du Japon vers l’Europe. L’analyse de la réception de la moxibustion et de l’acuponcture en France à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle révèle enfin l’importance des institutions médicales dans la soudaine popularité de ces thérapies et la manière dont les médecins français se les approprièrent en ne retenant que le terme (moxa et acuponcture) et le principe (combustion directe sur la peau et insertion d’une aiguille dans le corps).

  • Titre traduit

    The transmission and assimilation of acupuncture and moxibustion knowledge in Japan (via China and Korea), and in Europe in the early modern period (sixteenth century to nineteenth century)


  • Résumé

    This dissertation investigates the circulation of acupuncture knowledge between China, Korea and Japan, and between East Asia and Europe in the early modern period (16th century–19th century). In the first part, I analyze the sixteenth and seventeenth century revival of acupuncture focusing on Manase Dôsan (1507-1594) and the emergence of new indigenous theories and techniques. Using the archives of the Nagasaki trade and the transcript of the conversations between Chinese, Korean and Japanese physicians, I also identify the Chinese and Korean acupuncture textbooks transmitted to Japan during the Edo period (1603-1868), their reception by Japanese physicians, and the role geographical mobility played in the transmission of theoretical and tacit medical knowledge. In the second part, I first review the transmission of acupuncture and moxibustion to early modern Europe, and then I analyze their reception in the late eighteenth early nineteenth century France, focusing on the reasons of their sudden vogue in French hospitals, the way French physicians investigated these two therapies, and the reasons of their failure to deeply integrate medical practices.

  • Titre traduit

    近世日本における鍼灸医学の形成とその普及―東アジアおよびヨーロッパの文化交流の一例として―


  • Résumé

    本論文では日本の鍼灸医学を研究対象にして、古い伝統をもつ中国医学と近世に発達した日本の医学とを比較軸にしながら、江戸時代の社会、および同時期のフランスにおいて日本医学の知識と技術がどのように形成され、そして普及したかについて、論述している。つまり、当該時期の中国・日本、およびフランスの医学文献・非医学文献に基づき、社会的・政治的な背景に配慮しながら、日本の鍼灸が近世期に入って中国医学から独立した新しい技術と理論を形成した過程を整理・考察し、また日本国内および国外にその日本の医学知識が普及した過程をも検討した。第一部前半では、五世紀以来これまで中国の鍼灸医学が絶対的な尺度であったのに対して、十六世紀後半の安土・桃山時代に入ると、鍼灸の流派が急増し、内容的にも独創的な気運が見え始める。それらは、打針、管針、腹診などのような中国の鍼灸医学に見られない新技術や新理論をともなって登場した。そこで、日本鍼灸の中国からの独立の過程に関して、技術および理論の両面から具体例に基づいて、中国医学・医術の摂取と独自化について述べる。この独立がどの程度のものであったのか、技術のみの独立か、理論のみの独立か、あるいは両方の独立かを明らかにする。例えば、道三流や杉山流のように、理論面では中国鍼灸医学に基づきながら、臨床面では針より灸を頻繁に使う点に日本鍼灸の特徴が見られる流派があった。打鍼流のように、理論・技術ともに中国鍼灸医学を離れ、新しい針術と理論を形成した流派もあった。砭針のように、古代中国医術の名を借りてはいるが、実際の臨床では全く違った技術もあった。第一部後半では、中国や朝鮮からの医書の輸入とその日本における覆刻の問題を取り上げ、併せて長崎経由で来日した中国人や朝鮮人の医師に注目しながら、鎖国といわれる体制のなかで日本と通商を許された限られた国々との医学上の交流を考察する。広く知られているように、江戸幕府は貿易相手国を三国に限定し、日本人の国外渡航を禁じて、出入国を厳重に取り締まる鎖国政策をとっていたが、この閉鎖的な政策にもかかわらず、輸出された医書の量や日本に渡来した医師の数を見ると、医学的・文化的な交流はかなり盛んであったことがわかる。そのうち本研究では、中国からの輸入医書を通した医学知識の摂取と、朝鮮からの来日医師を通した直接的な医術の摂取を明らかにする。特に、朝鮮通信使の参府に際しては、信使一行と接触した日本人の中には医師も含まれ、朝鮮人医師との間に医事に関する質疑も交わされている。その時の筆談記録『医事問答』等を中心に、来日朝鮮人医師、およびその日本への影響に関して検討する。結論としては、江戸時代に輸入された医書は、覆刻によって全国的な規模で医学知識の普及と形成に影響を及ぼしたのに対して、来日医師たちは地域的な規模でしか影響を及ぼさなかった。第三部では、同時代のフランスにおける日本の鍼灸医学の受容過程について論じる。中国由来の東洋医学とは異なる歴史と体系を持つ西洋医学は、十六世紀にポルトガル人の渡来とともに日本に伝えられ、江戸時代には長崎に滞在したオランダ東インド会社の医師たちを通して導入された。そのオランダ人の医師の中では、テン・ライネ、エンゲルベルト・ケンペル、フォン・シーボルトが日本の医学、特に鍼灸医学について興味を持ち、日本人医師に教わった鍼灸医学の理論と技術をヨーロッパの医師たちに紹介した。五世紀における中国医学の伝来以来、日本は常に医学知識の受信国であったが、オランダの医師を媒介として日本が初めて医学知識の輸出国になった。しかしながら、西洋医学に見られない経絡・陰陽のようなヨーロッパ人には理解しがたい理論が多かったので、理論よりも日本独特の管針・打針などの技術が受け入れられた。特にヨーロッパの国々の中でもフランスの医師が日本の鍼灸医学について強い関心を示し、十九世紀初から十九世紀の半ばにかけては『鍼灸極秘伝』などの日本の針灸書がフランス語に翻訳されたり、パリの公的な病院でも鍼灸医学の研究が行なわれたり、日本の鍼灸医学は盛んであった。そこで、フランスで出版された鍼灸医学について書かれた医学書、および大学に提出された博士論文に見える日本鍼灸医学-その拒否感・肯定感・再評価について述べる。

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