L'idée de nature et le développement de la rationalité en Occident et en Chine

par Zhenzhen Guo

Thèse de doctorat en Philosophie (métaphysique, épistémologie, esthétique)

Sous la direction de Daniel Parrochia.

Soutenue le 04-06-2014

à Lyon 3 , dans le cadre de École doctorale de philosophie (Lyon) .

Le président du jury était Robert Damien.

Le jury était composé de Frédéric Wang, Alain-Marc Rieu, Xiaozhen Du.

Les rapporteurs étaient Robert Damien, Anastasios Brenner.


  • Résumé

    La thèse cherche à montrer, d’un point de vue épistémologique, les différences des deux types de rationalité, qui se sont développées séparément dans la culture grecque et dans la Chine antique (en particulier durant la période des Printemps et des Automnes et celle des Royaumes Combattants).Une manifestation importante de ces différences est le fait que les deux types de rationalité, dès leur origine, ne partagent pas la même conception de la nature. Le premier chapitre explique la formation du concept de «nature» dans la culture grecque et le sens original du terme ziran自然, traduction du mot «nature» dans la langue chinoise moderne. Nous découvrons ainsi que le premier sens du mot «nature» dans la culture grecque renvoie notamment à l’idée de «principe», qui, à la fois, contribue à l’apparition d’une «nature» en tant que savoir objectif et oriente par la suite tout le savoir occidental vers la quête de la vérité. En revanche, le sens original de ziran自然 montre que la pensée chinoise ne considère pas la nature comme un monde indépendant du monde humain. La relation entre l’homme et la nature n’est pas fondée sur la distinction sujet-objet. La pensée chinoise développe donc une perception du monde essentiellement pragmatique fondée sur l’expérience humaine dans le domaine politico-social.Les chapitres 2 et 3 s’efforcent de discuter l’évolution de l’idée de transcendance dans les deux cultures. La mythologie grecque, par sa structure très organisée, semble déjà favorable à la naissance de la science : d’un côté, elle donne à la nature un aspect transcendant; de l’autre, elle permet plus facilement le passage de l’idée de divinité à celle de loi. En Chine antique au contraire, une mythologie de la nature beaucoup moins développée est très vite remplacée par une interprétation politico-sociale du monde humain. En conséquence, les principes sur lesquels s’appuie la pensée chinoise sont plutôt des principes moraux, et même l’interprétation du monde objectif dépend des affaires humaines.Le reste du travail consiste à expliciter les particularités de chaque type de rationalité.Les chapitres 4 et 5 concernent la notion de temps. Malgré les multiples concepts de temps existant dans la pensée grecque, c’est l’idée d’un temps mesurable qui va triompher et s’appliquer ensuite à la recherche physique. Cependant, dans la pensée chinoise, le temps ne se présente jamais que comme une suite d’événements concrets ou comme une série d’opportunités ou d’occasions d’accomplir un acte.Le chapitre 6 est consacré à l’évolution des mathématiques dans les deux cultures. Les mathématiques grecques, représentées par la géométrie euclidienne, se présentent comme un système hypothético-déductif, caractérisé par la démonstration. Les mathématiques chinoises traditionnelles, dont l’organisation conceptuelle n’a rien d’architectonique, sont d’abord destinées à résoudre des problèmes concrets et semblent donc de type algorithmique ou procédural. En témoignent notamment les différentes interprétations du nombre dans les deux cultures. Les deux derniers chapitres sont une analyse de la logique et du raisonnement dans les deux cultures. En Grèce, la logique aristotélicienne, qui demeurera pratiquement inchangée jusqu’au XIXe siècle, introduit des catégories de la pensée et parvient à décomposer les propositions du discours, à en étudier la structure et à classer leurs différents sens. En regard, les penseurs chinois n’ont malheureusement pas réussi à surmonter l’étape de l’étude des sophismes. A la place du raisonnement analytique, la pensée chinoise applique une logique corrélative, fondée sur l’idée de transformation plutôt que sur la déduction stricte, sur l’image du cercle plutôt que sur celle de la ligne, et enfin, sur l’expérience inductive personnelle plutôt que sur un formalisme objectif.

  • Titre traduit

    The idea of "nature" and the development of the rationality in China and the West


  • Résumé

    In this thesis – from an epistemological point of view – we try to show the difference between two types of rationality which were developed in Ancient Greece and in Ancient China (especially during the Spring and Autumn period and during the Warring States period). The first chapter explains the formation of the term "nature" in the culture of the Ancient Greece as well as the original meaning of the term ziran自然, translation of the term "nature" in contemporary Chinese. We show that the first sense of the term "nature" in Greece sends back at the idea of "principle", which contributes to constitute “nature” as an object of knowledge and directs the western knowledge to the quest of truth. On the contrary, the original meaning of ziran自然 shows that the Chinese thought does not consider the nature as a world independent from the human world. In other words, the relationship between man and nature is not a distinction between subject and object. So, the Chinese thought will prefer to develop an essentially pragmatic understanding of things of the world, in direct reference to the human experience in the politico-social domain.The chapters 2 and 3 analyze the evolution of the idea of transcendence in the two cultures. The Greek culture develops an organized mythology which, according to us, prepares the birth of "science": The Greek mythology gives to nature a "transcendent" aspect and allows us to go rather easily from the idea of divine decrees to "laws". In Chinese Antiquity, myths of nature were soon replaced with a politico-social interpretation of the human world. Obviously, they are also far for being developed as much as the Greek myths. In the same way, the Chinese culture turns away rather fast from the idea that there must be some transcendence anywhere, except in the human values. It makes that the principles on which leans the Chinese thought are especially moral ones (and not principles of the nature). In fact, even the interpretation of the objective world depends on human affairs. The rest of our work will confirm the specificities of each kind of rationality. Chapters 4 and 5 examine the notion of time in the two cultures. Although several concepts of time coexist in ancient Greece, it is finally the idea of a measurable time which will stand out and allow, later on, the development of a mathematical physics. Whereas, in Chinese thought, time is essentially expressed either by concrete events, or by opportunities or occasions to carry out something. Chapter 6 focuses on mathematical concepts in the two cultures. Greek mathematics, illustrated by Euclidean geometry, presents itself as a deductive system whose most important characteristic is proof. On the contrary, Chinese traditional mathematics are only procedural and handle the concrete problems as they come, i.e without putting them into some architectonic structures of mathematical concepts. The different interpretations of number in the two cultures could be one explication among others of these two views on mathematics. Our last two chapters examine logic and reasoning in the two cultures. In Greece, Aristotelian logic, which will stay unchanged until the 19th century, manages to set up categories of thought, to decompose the propositions of language, to study their structure, and finally to classify their different meaning. In front of that, Chinese thinkers, unfortunately, do not succeed in surmounting the stage of sophistic studies. Instead of an analytical reasoning, the Chinese thought follows a correlative logic rather based on the idea of transformation than on a strict deduction, on the image of the circle than on the image of the line, and finally, on a personal inductive experience than on an objective formalism.

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