L'artifice de l'écrivain" : représentation et imaginaire dans les fictions narratives de Théophile Gautier

par Marie Rasongles

Thèse de doctorat en Langues, littératures et civilisations

Sous la direction de Christian Chelebourg.

Soutenue le 10-06-2014

à l'Université de Lorraine , dans le cadre de Ecole doctorale Stanislas (Nancy-Metz) , en partenariat avec Littératures, Imaginaire, Sociétés (Nancy) (laboratoire) .

Le jury était composé de Michel Brix, Alain Guyot.

Les rapporteurs étaient Patrick Berthier, Sylvain Ledda.


  • Résumé

    Partant du constat commun des critiques qui, depuis les témoignages contemporains de l’auteur jusqu’à aujourd’hui, voient dans l’écriture gautierienne le moyen de réaliser des « tableaux à la plume », s’est posée la question des spécificités respectives de chacune des disciplines artistiques. Si Gautier ne définit pas explicitement ce qu’il entend par « l’artifice de l’écrivain », il fait néanmoins ce dernier expressément inférieur à celui du peintre. Face à la production picturale, comme expression patente et instantanée de la beauté, il déplore l’entreprise littéraire qui, pour convertir le verbal en visuel, postule un développement successif là où les arts figuratifs spéculent sur le simultané. De fait le temps, picturalement figé, participe en revanche de l’acte même d’écriture ; c’est donc précisément ce dernier qu’il faut à toute force terrasser, pour que se révèle, comme seul dessein de l’artiste, la recherche et le désir du beau éternel et général. Au-delà de ces considérations, le recoupement de ces deux motifs —de la peinture, comme représentation formelle ; de l’écriture, comme représentation imaginaire— permet d’envisager l’œuvre narrative comme le défi lancé par un rapin contrarié, persuadé que le pinceau, exprimant visuellement ce que l’écriture ne peut convoiter que par le truchement de l’imaginaire, serait un artifice a priori plus pertinent que la plume. Quand le premier suspend le processus entropique qui galvaude la beauté, la seconde repose sur une dynamique qui, faute d’arrêter le temps, va s’efforcer de l’étirer pour en euphémiser les incidences. À la statique picturale, l’écriture vient objecter sa mécanique narrative ; laquelle, sans prétendre immobiliser un temps auquel elle est intrinsèquement soumise, exploite au contraire ce ressort pour perpétuer artificiellement la beauté et le désir qui en procède.

  • Titre traduit

    "L’artifice de l’écrivain" : representation and imagination in Théophile Gautier's narrative fictions


  • Résumé

    From accounts given in the time of the author to those collected nowadays, critics have always seen in Gautier's writing the means to create “tableaux à la plume”. The question of the specificities of each and every artistic form thus arises from this remark. Even though Théophile Gautier does not overtly explain what he means by “l'artifice de l'écrivain”, he nevertheless makes it explicitly appear as inferior to the painter's device. Since the expression of Beauty by figurative arts is obvious and immediate, Gautier deplores the fact that literature, on the other hand, demands a process that unfolds in time in order to turn a word into an image. Indeed, time is fixed by the painting while it is part of the very dynamics of literature. Time must then be annihilated in order for the artist's only purpose to affirm itself as the quest for and desire of eternal and general Beauty.Beyond those considerations, the intersection between painting -as a formal representation- and writing -as imaginary representation- allows one to consider the narrative work as a challenge that a frustrated novice painter set for himself. The paintbrush can express visually what writing can only claim through the means of imagination, which leads Gautier to believe the paintbrush to be a more relevant device than the pen a priori. Whereas the brush suspenses the entropic process that necessarily tarnishes Beauty, the pen not only proves incapable of stopping time but even attempts to stretch it in order to euphemize its incidents. Therefore, the pictorial statics opposes the narrative mechanics. Without claiming to stop the time to which it is intrinsically subdued, writing rather uses this competence to immortalize in an artificial way both Beauty and the desire that precedes it.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque : Université de Lorraine. Direction de la documentation et de l'édition. BU Ingénieurs.
Voir dans le Sudoc, catalogue collectif des bibliothèques de l'enseignement supérieur et de la recherche.