La fabrique de l'enseignement technique : trois écoles professionnelles en France à la fin du XIXe siècle

par Capucine Mezeix

Thèse de doctorat en Sciences de l'éducation

Sous la direction de Jacques Baillé et de Alain Fernex.

Soutenue le 28-11-2014

à Grenoble , dans le cadre de École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble) , en partenariat avec Laboratoire des sciences de l'éducation (Grenoble) (laboratoire) et de Laboratoire des sciences de l'éducation (laboratoire) .

Le président du jury était Olivier Ihl.

Le jury était composé de Alain Fernex, Serge Tomamichel.

Les rapporteurs étaient Fabienne Maillard, Gilles Moreau.


  • Résumé

    Cette thèse vise à rendre compte de la création et du développement de l'enseignement technique scolaire intermédiaire en France entre les années 1880 et 1919, à travers l'examen de trois écoles techniques : l'Ecole Nationale Professionnelle de Voiron, l'Ecole Nationale d'Horlogerie de Cluses et l'Ecole Professionnelle Vaucanson de Grenoble. Une triple méthodologie guide le travail, associant histoire totale, études monographiques et sociologie du curriculum. L'histoire totale montre comment les contextes technique, économique, industriel, politique, géopolitique et éducatif entrent dans la construction de l'enseignement technique et dans les débats à son égard. Cet enseignement prend naissance dans une période de démocratisation de l'enseignement, sur fond de progrès technique et d'industrialisation de la France et reflète ces bouleversements. L'étude monographique et comparative des trois écoles analyse les étapes de la création de ces établissements. Elle met en lumière les tâtonnements, les modifications et les évolutions des écoles dans leur installation au sein du paysage scolaire local et national, la construction de l'offre de formation, la délimitation du recrutement, l'instauration d'une certification, la détermination de débouchés pour les élèves et l'élaboration de partenariats avec les entreprises et territoires locaux. L'analyse des curricula focalise sur la nature de l'enseignement dispensé et son évolution, afin de définir les modèles d'éducation proposés par ces établissements. Les nombreuses forces en jeu vont dessiner le contour des réflexions, principalement autour de la répartition entre enseignement général, scientifique et technique, et vont guider l'élaboration des curricula. L'examen porte alors sur la détermination des objectifs d'éducation des écoles et sur la construction des composantes de l'organisation pédagogique telles que la sélection, la différenciation en section, la discipline et l'évaluation des élèves. L'analyse des programmes d'enseignement par l'intermédiaire des volumes horaires des matières montre les choix différents des écoles, allant d'un enseignement professionnel pour ouvrier à un enseignement d'élite destiné à des techniciens voire des ingénieurs. A la suite de ces analyses, nous proposons la notion de fabrique pour caractériser la mise en place de l'enseignement technique à cette période. Elle souligne la multiplicité des facteurs entrant dans la construction d'institutions d'enseignement technique et les négociations qui en découlent, la dimension longue, expérimentale et non prédéfinie d'un tel processus. Elle souligne également la vocation de reproduction et de diffusion de ses produits, constitués par des institutions, une formation technique et des élèves formés. La caractérisation et la définition générique du concept de fabrique de l'enseignement technique proposées pourraient alors servir de modèle à l'étude d'établissements dans d'autres pays ou à d'autres époques. Nos analyses de trois écoles techniques au tournant du XXe siècle montrent que pendant un temps, ces écoles techniques intermédiaires ont dispensé un enseignement de haut niveau, appuyé sur les progrès des techniques et éclairé des avancées de la science, tout en portant une vraie ambition individuelle et collective pour leurs élèves. Ces établissements prototypiques, qui peuvent être qualifiés d'élites, ne seront cependant pas développés par la suite. Les possibilités qui s'étaient ouvertes pendant ces quelques années de bouleversements se referment avec la guerre. Le choix des décideurs politiques, en étendant l'offre de formation technique intermédiaire à tout le territoire, sera de privilégier des établissements moins ambitieux.

  • Titre traduit

    The making of technical education : three technical schools at the end of the XIXth century


  • Résumé

    This thesis sets out to account for the construction and the development of technical training in France, at an intermediary level of schooling, between 1880 and 1919, through the study of three technical schools during this period: the Ecole Nationale Professionnelle of Voiron, the Ecole Nationale d'Horlogerie of Cluses and the Ecole Vaucanson of Grenoble. A methodology combining histoire totale, monographic analysis and sociology of curriculum guides this study. The methodology of histoire totale shows how the technical, economic, industrial, political, geopolitical and educative contexts feed into the construction of technical training and the debates regarding its construction This type of education arises in a period of democratization of education in a context of technical progress and industrialization of France and reflects these changes. The monographic and comparative analysis of the three schools shows the steps of the creation of these schools. It highlights the experimenting, the transformations and the evolutions of the schools as they are integrated in the local and national educational landscape, the construction of the educational offer, the definition of admission requirements, the establishment of diplomas, the construction of job opportunities and the development of partnerships with the local firms and territory. The analysis of the curricula of the three schools focuses on the nature of the education and its evolution in order to characterize the underlying educational models. The numerous forces at stake drew the outline of reflections, mostly around the distribution between general, scientific and technical education, and guided the creation of the curricula. The study focuses on the educational goals of the schools and the pedagogical organization including the selection, the differentiation in sections, the discipline and the evaluation of students. The analysis of the programs through subjects' schedules shows the different choices of schools, from vocational training for laborers to elite training designed for skilled workers and even engineers. We propose the notion of fabrique (the making), to account for the construction of technical training during this period. This notion underlines the multiplicity of factors contained in the construction of technical training institutions and the negotiations associated with the long, experimental and unpredefined dimension of such a process. It also highlights that it is destined to reproduce and spread its products: institutions, technical education and trained students. We characterize the concept of fabrique and propose a generic definition which could be used as a model to study other technical institutions, in other countries or other periods. Our analysis of three technical schools at the turn of the XXth century shows that for a time these intermediary technical schools provided a high level education, based on technical progress and enlightened by the advance of science. They also bore a true individual and collective ambition for their students. These prototypical institutions, that can be qualified as elite institutions, will nevertheless not be developed afterwards. The possibilities which arose during this period of changes are brought to an end with the war. In spreading technical training schools to the whole French territory, the choice of decision-makers will then be to favor less ambitious institutions.


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