La politique monétaire dans les modèles économétriques : primat de la théorie sur l'empirie

par Abdelali Attioui

Thèse de doctorat en Sciences économiques

Sous la direction de Rédouane Taouil.

Soutenue le 04-12-2014

à Grenoble , dans le cadre de École doctorale sciences économiques (Grenoble) , en partenariat avec Centre de recherche en économie de Grenoble (équipe de recherche) et de Centre de recherche en économie de Grenoble / CREG (laboratoire) .

Le président du jury était Guéliffo Hountondji.

Les rapporteurs étaient Jean-Pierre Allegret, Jézabel Couppey-Soubeyran.


  • Résumé

    En s'appuyant sur les limites de l'économétrie mises en évidence dans les débats sur la politique monétaire depuis les années 1960, cette thèse s'attache à montrer le primat de la théorie sur l'empirie et que l'économétrie ne peut pas être décisive dans la remise en cause de la théorie. Nous adoptons une démarche basée sur des arguments épistémologiques pour montrer que ces débat dépassent le clivage théorie/empirie et intègrent une différence de vision quant à l'utilité d'un modèle empirique. Le programme de recherche de la Commission Cowles s'est constitué autour d'une articulation particulière de trois éléments fondamentaux. Un référentiel théorique issu de la Théorie Générale de Keynes, un modèle formel s'appuyant sur le relatif consensus autour du schéma IS-LM et des techniques économétriques pour estimer les paramètres de ce modèle. C'est la nature et le degré d'interdépendance entre les trois éléments ci-dessus qui sont remis en cause par les monétaristes et les tenants de la modélisation VAR. Alors que les keynésiens établissent une nette distinction entre le modèle théorique et le modèle estimé, pour les monétaristes cette distinction n'est pas claire et ne leur semble pas pertinente. Sims (1980) reproche aux modèles structurels de la Commission Cowles de comporter trop d'hypothèses théoriques non testées empiriquement. Il propose de soumettre les hypothèses d'exogénéité à des tests économétriques directs et précis. Toutefois, l'indétermination empirique de la causalité dans un modèle VAR, liée au problème de l'équivalence observationnelle (Basmann, 1965), impose l'adoption d'un schéma d'identification sur la base d'a priori théorique pour identifier les chocs de politique monétaire. Ceci constitue un cas extrême du problème de la sous-détermination de la théorie par les données soulevé par la thèse de Duhem-Quine (Duhem, 1906, Quine, 1951). De plus, Hoover (2009) note que l'analyse des réponses impulsionnelles dans un VAR fournit un bon exemple de ce que Cartwright (2007) qualifie de ‘'contrefactuel imposteur''. Le développement des Modèles à Correction d'Erreurs et des modèles VAR cointégrés a permis de renouveler l'analyse des propositions monétaristes. Toutefois, les liens entre les propositions de cointégration, les notions d'équilibre de long terme et de déséquilibre de court terme sont rarement interprétés dans le cadre d'un modèle théorique rigoureux et complètement spécifié. Pour Faust et Leeper (1994), l'identification d'un modèle par l'imposition de contraintes peut s'avérer non fructueuse lorsque la théorie économique n'établit pas de distinction claire entre les dynamiques de court et de long terme. Faust et Whiteman (1997) relèvent l'absence d'un critère d'arbitrage dans ces démarches en présence de conflit entre le principe théorique et l'ajustement aux données, sinon une subordination de la théorie à l'économétrie. Parallèlement au problème de l'identification, la critique de Lucas (1976) constitue la seconde critique fondamentale à laquelle se heurtent les modèles économétriques. Lucas (1980, 1986) adopte une nouvelle posture épistémologique en considérant le modèle théorique comme une ‘'fiction'' et non plus comme un ensemble de propositions sur le comportement d'une économie réelle. Il défend l'idée d'une explication du cycle en termes de discipline de l'équilibre (Lucas, 1977). Les modèles DSGE, qui constituant les modèles de base de la Nouvelle Synthèse, sont fortement influencés par la méthodologie lucasienne et s'inscrivent dans la continuité des modèles RBC (Taouil, 2011). Benati et Surico (2009) ont établi la supériorité des DSGE par rapport aux VAR structurels (SVAR). Cet échec des SVAR est la conséquence directe des restrictions inter-équations imposées par l'hypothèse des anticipations rationnelles, tel que cela a été initialement soulevé par la critique de Sargent (1979).

  • Titre traduit

    The monetary policy in econometric models : primacy of the theory over the empirics


  • Résumé

    The purpose of this thesis is to show the primacy of the theory over the empirics and prove that econometrics cannot be decisive to question the theory. For this, we rely on the limits of econometrics highlighted in discussions of monetary policy since the 1960s. We adopt an approach based on epistemological arguments to show that these debates go beyond the cleavage theory/empirics and that they integrate a difference of vision as to the usefulness of an empirical model. The research program of the Cowles Commission was formed around a particular articulation of three fundamental elements: a theoretical repository of Keynes' General Theory, a formal model based on the relative consensus on the IS-LM diagram and econometric techniques to estimate the parameters of this model. It is the nature and the degree of interdependence between these three elements that are contested by the monetarists and supporters of the VAR modeling. While Keynesians make a clear distinction between the theoretical model and the estimated model, this distinction is not clear and does not seem relevant to the monetarists. Sims (1980) criticizes the structural models of the Cowles Commission for including too many theoretical hypotheses empirically untested. He proposes to review the exogeneity assumptions through direct and specific econometric tests. However, the empirical indeterminacy of causality in a VAR, linked to the problem of observational equivalence (Basmann, 1965), requires the adoption of an identification scheme on the basis of a theoretical a priori to identify the monetary policy shocks. This is an extreme case of the problem of under-determination of theory by data raised by the Duhem-Quine thesis (Duhem 1906, Quine, 1951). Furthermore, Hoover (2009) notes that the impulse response analysis in a VAR provides a good example of what Cartwright (2007) calls “counterfactual impostor”. The development of the Error Correction Models and cointegrated VAR models has renewed the analysis of monetarist proposals. However, the links between the proposals for cointégration, the notions of long-term equilibrium and short term disequilibrium are rarely interpreted in the context of a rigorous and fully specified theoretical model. According to Faust and Leeper (1994), the identification of a model by imposing constraints may not be fruitful when economic theory does not clearly distinguish the short-term and long-term dynamics. Faust and Whiteman (1997) note the absence of an arbitration criterion in these approaches apparent in the presence of conflict between the theoretical principle and the adjustment to the data; otherwise subordination of the theory to the econometrics. Alongside the issue of identification, the Lucas critique (1976) is the second fundamental criticism facing the use of econometric models. Lucas (1980, 1986) adopts a new epistemological posture considering the theoretical model as a 'fiction' and not as a set of proposals on the behavior of a real economy. He supports the idea of explaining the cycle in terms of discipline of equilibrium (Lucas, 1977). The DSGE models, that constitute the fundamental models of the New Synthesis theory, are strongly influenced by Lucas' methodology and are a continuity of the RBC models (Taouil, 2011). Benati and Surico (2009) demonstrated the superiority of a DSGE model with respect to a structural VAR (SVAR). This failure is a direct consequence of inter-equation restrictions imposed by the rational expectations hypothesis, initially raised by Sargent's critics (1979).


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