Les précurseurs sombres : l’émergence de l’« État secret » aux États-Unis (1911-1941)

par Alexandre Rios-Bordes

Thèse de doctorat en Histoire et civilisation

Sous la direction de François Weil.

Le président du jury était Alain Dewerpe.

Le jury était composé de Romain Huret, Jean Kempf, Annick Lempérière, Renaud Payre.


  • Résumé

    Cette thèse retrace un changement majeur dans l'Etat fédéral américain qui s'effectue au long d'un moment que l'on suppose immobile et inerte. C'est l'histoire de trois ruptures liées au point de n'en faire qu'une, celle d'une reconfiguration de la relation du gouvernement à son peuple, ou plutôt : de l'État fédéral à sa population. C'est l'histoire de la constitution d'un espace de l'appareil d'État soustrait à l'impératif de publicité, occupé par des organes s'affranchissant des contraintes pesant habituellement sur l'action publique, pour faire et envisager l'impensable et l'indicible. A partir d'une vaste quantité d'archives parlementaires, judiciaires et militaires, cette recherche retrace la constitution d'un système contemporain de confidentialité, fondé sur la loi, décliné en règles, procédures et pratiques, et garanti par la perspective de sanctions. Elle relate comment, à l'abri de ce voile opaque qu'ils contribuent à mettre en place, les services de renseignement militaires - la Military Intelligence Division et Office of Naval Intelligence - se mettent à opérer structurellement dans la « zone grise » pour maintenir sous surveillance la population civile américaine. Elle explique enfin que cette accumulation de savoirs est conduite au nom - et en fonction - d'un raisonnement inédit sur les menaces que représente leur propre population. On assiste ainsi à l'émergence silencieuse d'un État secret américain, c'est-à-dire d'un espace délimité par le secret d'État, incarné par des bureaucraties secrètes radicalement autonomes qui élaborent, formulent et opèrent une rationalité inavouable, ce qu'il est convenu d'appeler : une forme contemporaine de raison d'État.


  • Résumé

    This dissertation contends that a major change took place in the U. S. Federal government during a period supposed to be still and inert. It recounts three breaks intertwined to the point of making one, that is a reconfiguration of the relation between the Government and the People, or to put it more accurately: between the federal state apparatus and the population. It narrates the emergence of a portion of the state apparatus shielded from the imperative of publicity, occupied by bureaucratie organs thus freed from the usual constraints usually weighing on government actions, doing and contemplating the unthinkable and the unspeakable. Using a wide variety of congressional, judicial, and military archives, we retrace the building of a "secrecy System" based on the law, on regulations, procedures, and practices, and guaranteed by the possibility of punishment. We show how, behind this impenetrable veil of secrecy, the military intelligence services - the Military Intelligence Division (MID) and the Office of Naval Intelligence (ONI) - started to operate structurally in the "grey zone" in order to keep their own civilian population under watch. And we explain that this accumulation of knowledge is conducted in the name - and according to - a new reasoning on the threats the population may represent. This is the silent emergence of an American "Secret State", that is: a portion of the apparatus defined by state secrecy, embodied by secret and radically autonomous bureaucracies, elaborating, formulating and operating an undisclosable rationality, what one may call a contemporary form of reason of state.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (1013 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p.959-1000. Notes bibliogr. Index

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