Le censeur éclairé (Portugal 1768-1777)

par Rui Tavares

Thèse de doctorat en Histoire et civilisations

Sous la direction de Bernard Vincent.

Soutenue en 2014

à Paris, EHESS .


  • Résumé

    La censure sur laquelle se penche cette dissertation prit corps dans une institution fondée en 1768, la Real Mesa Censôria, qui mit fin aux droits de la censure de l'inquisition et des évêques, abolit la juridiction au Portugal de l'Index Romain des livres interdits et expurgés, et chargea un groupe restreint de censeurs sous contrat et payés par l'état d'examiner tous les textes en papier manuscrits et imprimés. Ces censeurs, que nous suivrons jusqu'à la fin du règne de José I et du mandat de Pombal comme ministre du roi en 1777, clôturaient le plus souvent leurs rapports avec la démonstration que le texte en analyse était « digne » ou « indigne de la lumière publique ». Il s'agit d'une expression extrêmement révélatrice ; elle porte en elle une charge historique importante, qui met enjeu ce trinôme "dignité", "lumières" et "publique" si paradoxale dans la plume d'un censeur, en utilisant des mots les plus significatifs que le XVIIIème siècle ait légué à la postérité. Ce qui nous pose une question plutôt dérangeante : nous avons pris l'habitude de penser les censeurs comme étant les grands ennemis des Lumières et voilà que nous les rencontrons comme ses co-bâtisseurs ? L'histoire de la censure est aussi l'histoire des régimes de pouvoir et de connaissance. La censure dépend, en grande mesure, non seulement du pouvoir, mais aussi de la connaissance ; elle partage avec le savoir de son époque des informations, des concepts, des formes mentales, des pratiques intellectuelles ; serait-il alors possible que la censure du XVIIIème siècle partage avec les Lumières des éléments tellement centraux que l'on pourrait la considérer davantage comme une censure éclairée que comme une censure anti-Lumières ?


  • Résumé

    The kind of censorship that is the focus of this dissertation took shape in an institution founded in 1768 in Portugal, the Real Mesa censoria, with which the rights of censorship of the Inquisition and the bishops were abolished and the jurisdiction of the Roman Index of banned and purged books terminated. A small group of censors, hired and paid by the state, was charged to examine ail the texts either manuscript or printed, in the kingdom and its dominions. These censors, whom we will follow until the end of the reign of José I and the of the mandate of the Marquis de Pomba as minister of the king in 1777, usually finished their reports with a démonstration of whether the text in analysis was "worthy" [digno] or "unworthy of the public Light". This is an extremely revealing expression as it carries an important historié signifîcance, which involves the triad "dignity", "Enlightenment" and "public", so paradoxical in the pen of a censor, using the more significant words that the eighteenth century bequeathed to posterity. Which warrants a rather disturbing question: we have become accustomed to think that the censors were the greatest enemies of the Enlightenment and now we meet them also as its builders ? The history of censorship is also the history of régimes of power and knowledge. Censorship dépends to a large extent, not only on power, but also on knowledge, sharing with the knowledge of its time information, concepts, mental forms and intellectual practices. Would it be possible that the censorship of the eighteenth century has shared with the Enlightenment so many key elements that it could be regarded more as an enlightened censorship than as an anti-Enlightenment censorship ?

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  • Détails : 1 vol. (761 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p.[701]-754. Notes bibliogr.

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