Le moi et le monde : quête identitaire et esthétique du monde moderne dans l'oeuvre poétique de Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars et Vladimir Maïakovski

par Fabienne Liger Marié

Thèse de doctorat en Littératures française, francophones et comparée

Sous la direction de Gérard Peylet.

Le président du jury était Odile Gannier.

Le jury était composé de Gérard Peylet, Claude Filteau, Anthony Soron, Florence Corrado-Kazanski, Michel Prat.

Les rapporteurs étaient Claude Filteau, Anthony Soron.


  • Résumé

    Apollinaire, Cendrars et Maïakovski vivent une époque de changements qui modifient l’ordre des choses, offrant une mutation dont le progrès technique est l’illustration la plus évidente pour ces poètes qui glorifient les nouveaux moyens de communication comme le train dont le mouvement ininterrompu sert de fil conducteur à tout le poème de Cendrars la Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France ou comme l’aviation chantée par Apollinaire dans « Zone » et mise en scène par Maïakovski dans Le prolétaire volant. Le voyage devient un thème privilégié de cette poésie résolument tournée vers le mouvement. Entrevoyant une transformation irréversible, ils se trouvent aussi confrontés à un monde nouveau, qu’ils appréhendent dans sa misère, sa violence et son caractère brut. La ville moderne en est l’un des motifs les plus emblématiques. Elle apparaît comme un décor théâtralisé et digne de devenir objet d’une poésie qui se veut novatrice. Chantres de cette modernité naissante, ils se font les témoins voire les porte-parole de l’humanité misérable qui hante ce décor. Apollinaire et Cendrars évoquent souvent les émigrants, populations déracinées, sans patrie, en quête d’un illusoire Eldorado, tandis Maïakovski fait défiler toute une série d’infirmes dans sa tragédie Vladimir Maïakovski tragédie. Si le monde moderne devient objet d’observation, il est aussi cadre de l’errance poétique. A la soif de voyage de Cendrars correspond une problématique interrogation existentielle, alors qu’Apollinaire, entre tradition et modernité, confronte le mal être du mal aimé au monde qui l’entoure. Maïakovski, lui, cherche désespérément, à travers un lyrisme exacerbé, à lutter contre un esprit bourgeois et ignorant de la misère et des transformations du monde et à convaincre de la nécessité d’instaurer la révolution de façon complète. Marqués par la conscience aiguë de la nouveauté, ils se trouvent cependant pris entre un monde ancien, rejeté mais toujours présent, et un avenir incertain et inquiétant. C’est dans ce contexte que se met en place la problématique quête du moi. Le poète se heurte à un monde autre, indifférent qui ne le comprend pas, qu’il cherche à apprivoiser et à façonner tout en construisant une identité bien fragile. De l’observation du monde moderne arpenté par le poète naît une esthétique de la trivialité poétisée dans l’évocation d’une réalité crue, nue sans détour ni euphémisme. Le beau y côtoie le laid, à la suite de Baudelaire qui introduisit le monde moderne dans la poésie. Ainsi l’actualité vécue de façon aiguë fait –elle l’objet de l’attention du poète et devient poésie. Rendre le réel dans son immédiateté induit un lyrisme intense et douloureux où la quête prend la forme d’une plainte, d’une supplique et d’une révolte en même temps qu’elle pose un questionnement sur la poésie, ses formes nouvelles et son rôle dans ce monde moderne.

  • Titre traduit

    The self and the world : quest for identity and aesthetics of the modern world in the poetry by Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars and Vladimir Maiakovski


  • Résumé

    Apollinaire, Cendrars et Maïakovski lived in an era of changes which initiated a new order of things, bringing about a transformation best illustrated by technical progress in the minds of these poets who glorified the new means of communication such as the train whose steady movement is the main thread of the whole poem by Cendrars Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, or the plane glorified by Apollinaire in « Zone » or staged by Maïakovski in Le prolétaire Volant. Travelling became the privileged theme of this poetry consecrated to movement. Foreseeing an irreversible transformation, they were confronted with a new world that they grasped through its wretchedness, its violence and its rawness. The modern city is one of their most emblematic motives and it seems like a theatre set deserving of becoming the subject of a new poetry meant to be innovative. As the heralds of this budding modernity, they became the witnesses and even the spokepersons of wretched mankind who haunts this setting. Apollinaire and Cendrars evoke the migrants, the uprooted and stateless populations in quest for an unrealistic Eldorado whereas Maïakovski in his tragedy Vladimir Maïakovski presented a series of disabled people. If the modern world turned into a subject of observation, it is also a frame for poetic wandering. To Cendrars's thirst for travelling corresponds the problematic questioning of existence whereas Apollinaire, between tradition and modernity, opposes the malaise of the unloved one to the surrounding world. For Maiakovski's part, through heightened lyricism, he desperately seeks to struggle against a « bourgeois spirit » which ignores the misery and great changes of the world and to convince of the necessity to bring about an utter revolution. Impregnated by an acute awareness of novelty, they are caught between an old world, rejected but still present, and an uncertain worrisome future. It's within this context that the problem of the quest for the self is outlined. The poet comes up against a different and insensitive world which doesn't understand him, a world he tries to tame and shape while forging a quite fragile identity. An aesthetic of triviality poeticized in the depiction of a gritty, naked reality in an upfront way and with no hint of exaggeration is born of the poet's observation of the modern world. The beautiful is seen beside the ugly, as for Baudelaire who introduced the modern world to poetry. Thus reality experienced in a sharp way is the focus of the poet's attention and turns out to be poetry. Portraying the reality in its immediacy implies an intense and painful lyricism in which the quest turns out to be moaning, a plea and a rebellion as it questions poetry itself, its new forms and its status and role in the modern world.

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