Patrimonialiser les mémoires sensibles

par Marie Lavorel

Thèse de doctorat en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Jean Davallon et de Catherine Saouter.

Soutenue le 07-11-2014

à Avignon en cotutelle avec l'Université du Québec à Montréal , dans le cadre de École doctorale 537 « Culture et patrimoine » (Avignon) , en partenariat avec Centre Norbert Elias / CNE (laboratoire) .

Le président du jury était Johanne Villeneuve.

Le jury était composé de Catherine Saouter, Johanne Villeneuve, Steven C. High, Béatrice Fleury-Vilatte, Cécile Tardy.

Les rapporteurs étaient Johanne Villeneuve, Steven C. High.


  • Résumé

    Ce projet de recherche a pour objectif de rendre compte du processus de patrimonialisation des mémoires sensibles qui s’opère à partir des différentes modalités de transmission d’un passé complexe. Il s’agit de comprendre à partir d’une situation réelle le fonctionnement des configurations médiatiques qui permettent d’assurer à partir du présent et au sein d’une institution culturelle le maintien d’une continuité temporelle et symbolique. Nous nous plaçons d’un point de vue anthropologique et communicationnel. Nous envisageons le patrimoine sous l’angle relationnel en nous intéressant à la question de la transmission entre les hommes. Nous l’envisageons comme une pratique sociale et symbolique qui met en scène et cadre au sein de l’espace public différents acteurs qui se partagent la construction d’un imaginaire social en vue de maintenir une continuité temporelle et une cohésion sociale. À partir d’un terrain principal effectué au Musée de la Résistance et de la Déportation qui nous a permis de suivre la totalité de l’actualisation de l’espace d’exposition dédié à la déportation, nous avons cherché à répondre à la question suivante : comment l’écriture patrimoniale d’une mémoire sensible s’élabore, transcendant ainsi les ruptures de lien, de sens et de temps qu’elle contient de part sa nature traumatique. Nous avons observé et analysé ce processus de patrimonialisation particulier mettant en scène un dispositif participatif muséologique selon trois axes, relationnel, symbolique et temporel qui suivent selon nous trois niveaux de construction du processus. Le processus analysé révèle le nouveau partage d’autorité qui se dessine entre différents mémoires et différents types de savoirs. Le dispositif de concertation mis en place par le musée est l’occasion pour les porteurs de cette mémoire sensible, tant du côté des résistants que de la communauté juive, de se rencontrer. Il est ainsi possible de penser la déportation non en terme de concurrence des mémoires, mais en terme de partage d’expériences mémorielles différentes qui établit les bases d’une construction possible de valeurs communes. Plusieurs de ces résultats complétés avec des enquêtes de terrains secondaires nous ont amenée à nous interroger sur les conditions nécessaires à une mise en patrimoine d’une mémoire sensible. Nous arrivons notamment aux conclusions suivantes: Le processus historiographique doit être abouti ou tout du moins le plus achevé possible pour que la patrimonialisation puisse être opérante, le climat mémoriel équilibré et la demande d’un processus de patrimonialisation doit venir de la communauté mémorielle concernée. Plus largement, ces résultats nous ont amené à interroger l’écriture de l’histoire du temps présent.

  • Titre traduit

    Building heritage from sensitive memories


  • Résumé

    The goal of this research project is to become aware of the heritagisation process surrounding sensitive memories which takes place through different modalities regarding the transmission of a complex past. It is to understand by means of a real situation the inner workings of mediatic configurations that allow us to ensure the upholding of a temporal and symbolic continuity based on the present and within a cultural institution. We position ourselves from an anthropological and communicational standpoint. We consider heritage from a relational angle, examining human transmission and seeing it as a social and symbolic practice, uniting on a public stage different actors who share the construction of a social imaginary for the purpose of maintaining temporal continuity and social cohesion.Our field research at the Museum of Resistance and Deportation allowed us to follow the entire updating process of the exhibition space dedicated to deportation, and raised the question of how a sensitive memory’s heritage is written, transcending the severing of relationships, meaning and time, amidst its traumatic nature. We have observed and analysed this specific heritagisation process utilising participative museological measures under three axes – relational, symbolic and temporal – and following three levels of the process’s construction.The studied process reveals a new shared authority materialised between the different memories and the different varieties of knowledges. The museum’s consultation framework is an opportunity for those bearing sensitive memories, both on the members of the resistance side and on the Jewish community’s, to meet. It is therefore possible to ponder deportation not in terms of contesting memories, but in terms of sharing different memorial experiences, establishing the grounds for a possible construction of common values.Many of these results achieved through secondary field research have led us to examine the necessary conditions for the heritage implementation of a sensitive memory. We reach the following conclusions: the historiographical process must be finalized or at least essentially completed for the heritagisation to be operative; a balanced memorial climate and the request for the heritagisation process must come from the memorial community in question. On a larger scale, these results have led us to question the writing of current history.


Il est disponible au sein de la bibliothèque de l'établissement de soutenance.

Consulter en bibliothèque

La version de soutenance existe

Où se trouve cette thèse ?