Les industries lithiques pré-européennes de Polynésie centrale : savoir-faire et dynamiques techno-économiques

par Aymeric Hermann

Thèse de doctorat en Anthropologie biologique, éthnologie et préhistoire

Sous la direction de Eric Conte.

Soutenue le 12-12-2013

à Polynésie française , dans le cadre de École doctorale du Pacifique (ED469) , en partenariat avec Societés Traditionnelles et Contemporaines en Océanie (EA4241) (EASTCO) (laboratoire) .

Le président du jury était Bruno Saura.

Le jury était composé de Eric Conte, Bruno Saura, Pierre Bodu, Patrick Vinton Kirch, Pierre Pétrequin.

Les rapporteurs étaient Pierre Bodu, Patrick Vinton Kirch.


  • Résumé

    En raison de leur ubiquité dans les assemblages archéologiques et les collections ethnographiques, les lames d’herminette en pierre ont longtemps été utilisées comme « fossiles-directeurs » afin de mettre en évidence des corrélations typo-chronologiques en Océanie. Néanmoins, les critères d’observations formels utilisés dans cette approche typologique ne permettaient pas de rendre compte de la complexité des processus techniques de fabrication. Après avoir rappelé les autres études expérimentales réalisées précédemment dans la région, nous proposons un premier référentiel des stigmates de taille sur roches basaltiques qui nous permet d’identifier différentes techniques de percussion utilisées dans la confection des lames d’herminette en pierre. La restitution des activités techniques qui ont abouti à la production de ces outils a été réalisée à travers l’analyse technologique d’assemblages archéologiques (produits finis ou semi-finis et déchets de taille) récoltés dans différentes sites de la côte Nord de l’île de Tubuai (Archipel des Australes, Polynésie Française). La caractérisation géochimique des gîtes géologiques et des artefacts taillés découverts en contexte archéologique a permis de restituer la répartition spatiale des différentes séquences de production au sein d’une même communauté ainsi que les transferts d’objets produits dans d’autres archipels. Parmi les différents réseaux d’approvisionnement identifiés dans l’île, j’ai choisi de suivre les activités techniques présentes au sein de deux sites : le premier est un complexe spécialisé dans la production des outils en pierre associant carrière d’extraction et ateliers de transformation, et l’autre un site d’habitat côtier.A travers la restitution des dynamiques de production, d’entretien et d’échange des lames d’herminettes en pierre, nous proposons un nouveau regard sur l’économie traditionnelle des chefferies de Polynésie centrale. Dans les assemblages étudiés, la confection de lames d’herminette a été essentiellement réalisée à travers la production d’éclats utilisés comme supports et transformés par façonnage. Cette combinaison des processus de débitage et de façonnage semble correspondre à une tradition technique qui prend son origine en Polynésie occidentale et qui est identifiée dans tous les archipels de Polynésie orientale. A partir des collections étudiées à Tubuai, il est possible de distinguer une production très standardisée de grandes lames au sein des ateliers spécialisés, et une production très peu standardisée de petites lames au sein des habitats côtiers. Grâce à la restitution des processus de production existant au sein d’une même communauté et des échanges intercommunautaires effectués à longue distance, nous discutons le rôle économique des herminettes à lame de pierre dans les chefferies polynésiennes.

  • Titre traduit

    Lithic industries of Central Polynesia : know-how and techno-economic dynamics


  • Résumé

    The ubiquity of stone adze blades in archaeological sites and museum collections resulted in their use as “cultural fossils” to draw cultural evolutionary changes in the Polynesian islands. The typological approach proves useful for understanding the archaeological diversity in Oceania. Yet, it lacks efficiency when it comes to shedding light on the technical and economic choices involved in the production processes.After a discussion of previous knapping experimentations performed in Polynesia, I propose a panel of diagnostic criteria for identifying the use of hard and soft hammerstone in the manufacture of adze blades. Then, I focus on the production of blades from assemblages collected on the North coast of Tubuai Island (Austral Archipelago, French Polynesia). Along with the need to consider the whole manufacturing process and the post-production exchange networks comes the necessity to connect different archaeological assemblages. Geochemical characterisation of the geological sources and artefacts discovered within archaeological contexts were used to settle the favoured framework for understanding the series of production sequences and for identifying the transfer of tools produced within and outside the island. Among the different supply networks identified on the island, I chose to investigate the operational sequences located within two sites: a quarry complex involving several workshops and a coastal dwelling site.Through the investigation of manufacture, maintenance and exchange processes regarding stone adze blades, I propose a new insight on the economic system in the chiefdoms of central Polynesia. The technical tradition documented on Tubuai is related to the production and transformation of flakes used as blanks for adze blades manufacture. This association of flaking and shaping processes originated in Western Polynesia but was also spread over Eastern Polynesia. The size and the form of these adzes were directly linked to one’s capacity for producing standard-sized blanks and for shaping specific blades forms. Based on the Tubuai collections, I identified a highly standardised production related to specialist knappers’ workshops, as well as a production of heterogeneous forms of small adze blades within a non-specialised dwelling context. Thanks to the analysis of the production processes within the community and the long-distance intercommunity exchanges, I finally discuss the economic role of stone adzes in ancient Polynesian chiefdoms.


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