Le choix collectif dans la philosophie politique contemporaine : des fondements philosophiques de la théorie du choix social à l’évaluation démocratique des capabilités d’Amartya Sen

par Danielle Zwarthoed

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Ali Benmakhlouf.

Soutenue le 14-09-2013

à Paris Est , dans le cadre de Ecole doctorale Cultures et Sociétés (Créteil) , en partenariat avec Lettres, Idées, Savoirs (Créteil) (laboratoire) .

Le président du jury était Frédéric Gros.

Le jury était composé de Ali Benmakhlouf, Didier Debaise.

Les rapporteurs étaient Franck Fischbach, Claude Gautier.


  • Résumé

    Les fondements philosophiques de la théorie du choix social sont l’objet de cette thèse. La théorie du choix social est un champ de l’économie normative qui traite de l’agrégation des préférences individuelles. L’objectif de ce travail est d’analyser les postulations philosophiques de la théorie du choix social afin de comprendre dans quelle mesure celle-ci pourrait contribuer à une théorie de la justice sociale basée sur les capabilités d’Amartya Sen. Ce travail est par conséquent élaboré à partir de l’idée d’une « approche comparative » de la justice sociale, défendue par Amartya Sen, et que ce dernier oppose à l’ « approche transcendantale » de John Rawls. Nous tentons d’y préciser l’interprétation de la théorie du choix social requise pour spécifier l’approche par les capabilités, et en particulier l’évaluation et la construction d’un indice de capabilités et de fonctionnements. Ce travail de thèse défend l’hypothèse selon laquelle la tension apparente entre l’agrégation des préférences et l’approche par les capabilités est due à une interprétation étroite du cadre conceptuel de la théorie du choix social. En effet, l’approche par les capabilités est généralement comprise comme incompatible avec le préférentialisme de la théorie du choix social. Cela est dû à ce que l’approche par les capabilités s’est construite en partie comme une réponse au problème des préférences adaptatives. Cette thèse consiste donc à élargir le champ des interprétations de la théorie du choix social et de son cadre conceptuel, principalement de sa base d’information.La première partie de ce travail de recherche traite la question suivante : les préférences sont-elles déterminées par une source individuelle pouvant être pensée indépendamment de sa position sociale et économique ? Afin de montrer que ce n’est pas nécessairement le cas sur le plan logique, nous y analysons trois types de base informationnelle : les utilités cardinales, les préférences ordinales et les capabilités.L’objectif de la seconde partie est de déterminer ce que les préférences décrivent. Nous y analysons d’une part la nature de la préférence elle-même dans ce contexte. S’agit-il d’une décision déterminant une action, d’un désir, d’un état mental ou encore d’un jugement de valeur ? D’autre part, les différents critères éthiques de préférence sont étudiés, à savoir le plaisir hédoniste, la satisfaction des désirs et un critère de bien-être objectif. Cette exploration nous amène à défendre la conclusion suivante : la conception des préférences la plus en phase avec la structure formelle de la théorie du choix social est une conception comparative requérant d’excellentes conditions cognitives pour que les préférences puissent être considérées à proprement parler comme les véritables préférences de l’agent.La troisième partie revient à l’approche des capabilités. L’argumentation s’appuie sur les conclusions des deux parties précédentes afin de jeter les bases d’une théorie de la justice démocratique et non-idéale basée sur les capabilités d’Amartya Sen. Dans cette partie, nous montrons qu’une évaluation des capabilités indépendante des préférences tend à nier l’importance de la liberté et de la qualité d’agent dans l’approche par les capabilités. Nous défendons donc l’hypothèse selon laquelle les capabilités et les fonctionnements comme objets de préférence permettent de filtrer celles-ci afin de parer au problème des préférences adaptatives.

  • Titre traduit

    Collective choice in contemporary political philosophy


  • Résumé

    This dissertation examines the philosophical foundations of social choice theory. Social choice theory is the area of normative economics which is concerned with the aggregation of individual preferences. The aim of this work is to investigate the philosophical assumptions of social choice theory in order to understand to what extent it can contribute to a theory of justice based on capabilities. Therefore, the dissertation is build up on Amartya Sen’s idea of a “comparative approach” of justice, as opposed to the Rawlsian “transcendental approach”. It is an attempt to precise which understanding of social choice theory is required to specify the capability approach, especially the evaluation and the indexing of capabilities. In this dissertation, we argue that the apparent tension between preference aggregation and capability approach is due to a narrow interpretation of social choice theory’s conceptual framework. Capability approach is generally conceived as non-compatible with the preferentalism of social choice theory: after all, capabilities are seen as a response to the recurring problem of adaptive preferences. This dissertation thus consists in widening the scope of interpretations of social choice theory framework. This research deals mainly with the informational basis of social choice theory.This dissertation is in three parts. The first part tackles the following problem: are preferences determined by an individual source that can be thought independently of its social and economic position? To answer these questions, three kinds of informational basis in social choice theory and normative economics are investigated: cardinal utilities, ordinal preferences and capabilities.The second part aims at defining what preferences do describe in this context. Firstly, the nature of preference itself is examined: can it be assimilated to choice? Or is it a mere evaluation? A desire? A mental state? This analysis points out the comparative structure of preferences. Secondly, the various ethical criteria of preference are investigated: hedonistic pleasure, desire satisfaction and objective well-being. We argue that preferences are better conceived as comparative evaluation and require actually excellent cognitive conditions to be truly the agent’s own real preferences.The third part goes back to capability approach. The argument relies on the previous results to build up a first account of a democratic non-ideal theory of justice based on capabilities. In this part, we show that a preference-independent capability evaluation turns out to dismiss the importance of freedom and agency in capability approach. Then we argue that capabilities and functionings as an object for preferences do provide a first filter against adaptive preferences.


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