Thèse soutenue

Le tirailleur somali : le métier des armes instrumentalisé (début XXe siècle - fin des années 60)

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Auteur / Autrice : Laurent Jolly
Direction : Christian Thibon
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Histoire
Date : Soutenance le 05/12/2013
Etablissement(s) : Pau
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale sciences sociales et humanités (Pau, Pyrénées Atlantiques)
DOI : 10.70675/5a81c294z63dbz43a2z9b40z609fdf318643

Résumé

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Cette étude porte sur les recrues de l’armée française à Djibouti, de la Grande Guerre à la fin des années 60. Le faible nombre de recrues comparé aux autres parties de l’empire africain a occulté leur participation aux conflits mondiaux. Pourtant à la différence des autres colonies françaises, les engagements ont tous été volontaires, beaucoup des engagés ne sont pas originaires de la colonie. En apparence il s’agit donc de mercenaires engagés pour des opérations extérieures, renforçant ainsi les représentations guerrières des populations de la région, en particulier des Somali, les plus nombreux à s’être engagés. L’étude repose sur les archives françaises, notamment sur les livrets individuels de plus de 1300 tirailleurs représentant le quart des recrutements des années les plus significatives. Cette approche statistique, complétée par une enquête de terrain, permet d’aborder ces recrutements sous l’angle social, et révèle des motivations bien éloignées des clichés encore répandus tant en Occident qu’au sein des populations de la Corne. Cette double approche, quantitative et micro-historique, révèle les motivations de ces jeunes hommes engagés dans les rangs d’une armée coloniale, les migrations régionales, leurs stratégies individuelles, en relation avec le contexte socio-économique de la Corne, marqué par les crises alimentaires, l’insécurité politique et le déclin progressif du pastoralisme. Instrumentalisés par une puissance coloniale comme bien d’autres Africains au cours des différents conflits auxquels ils participèrent, ces intérimaires de la guerre ne perdirent jamais de vue leur intérêt qu’ils tentèrent de concilier avec la domination coloniale. Leur passage dans l’armée française, souvent de courte durée, fut à bien des égards une expérience de vie, une forme d’entrée en modernité. Ce travail tente de mesurer cette altérité, notamment au travers de trajectoires individuelles et familiales. S’ils furent des intermédiaires culturels, la puissance colonisatrice tenta vainement de les instrumentaliser dans le contexte de la décolonisation. L’armée fut dans ce cas productrice de nouvelles notabilités, et tenta de fidéliser le groupe des anciens combattants. Mais là encore, les individus ont adopté des postures bien plus complexes qu’il n’y parait, leur fidélité n’allant pas au-delà de leur intérêt personnel. L’instrumentalisation du métier des armes s’est donc poursuivie dans la sphère privée, mais aussi dans l’espace politique naissant après 1945.