De la mesure du corps à la politique des corps : une histoire des sciences du travail (1880-1920)

par Marco Saraceno

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de François Vatin et de Claudio Pogliano.


  • Résumé

    A la fin du XIXe siècle, dans le contexte de la mise en place de la société salariale en Europe, émerge un projet positiviste d’étude du travail humain que l’on n’a pas hésité à appeler « ergologie ». Ce projet, qui traversera différentes sciences humaines, cherchait à définir et à encadrer normativement le travail humain en partant de l’étude des potentialités et des limites psycho-physiologiques de l’activité corporelle (fatigue, aptitudes psychomotrices, monotonie, attention..). En ce sens, l’étude psycho-physiologique s’inscrivait dans un projet plus large d’« optimisation » de l’activité humaine (hygiénisme, paix sociale, eugénisme...), en ce sens la connaissance du corps au travail apparaissait comme une partie de la rationalisation de son « usage ». C’est dans cette perspective que certains historiens ont interprété le programme ergologique comme une tentative de « chosification » du corps dont le but serait de le transformer en instrument au service du profit capitaliste et/ou en support du contrôle disciplinaire de l’Etat (Rabinbach, 1992). Or, en observant le développement épistémologique et politique de ce projet « ergologique », on peut s’apercevoir que les tentatives de mesurer et de gérer le corps entendu comme instrument de la production montrent en continuation la nécessité de prendre en compte le choix volontaire par laquelle l’homme définit le but pour de son activité corporelle. En effet, si le travail humain ne peut être défini que comme une activité instrumentale pour atteindre un but « voulu », l’homme serait donc celui qui fait usage de son propre corps pour réaliser un « projet ». Ainsi, mesurer et gouverner les hommes par le travail du corps, tel que cherche à le faire « l’ergologie », n’équivaut pas simplement à réduire celui-ci à un objet malléable, mais également à penser l’activité corporelle instrumentale comme le moment où l’homme définit les objectif de son action en fonctions des différentes contraintes qui déterminent son action vitale.

  • Titre traduit

    From the measurement of boy to the policy of bodies : a history of science of work (1880-1920)


  • Résumé

    At the end of the nineteenth century, in the context of the implementation of the “wage society” in Europe, appears a positivist project for studying human labor, which does not hesitate to define "ergology." This project, that cross different human sciences, sought to define and guide the normatively human work on the basis of the study of the psycho-physiological potentiality and limits of body’s activity (fatigue, attitudes, monotony, attention ...). In this sense, the study of psycho-physiological motions is part of a project about the "optimization" of human activities (hygienism, social peace, eugenics ...). From this perspective, some historians have interpreted the “ergology” as a form of "mechanization" of the body that would transform it into an instrument at the service of the capitalist profit and/or into a support of the disciplinary control of the State (Rabinbach, 1992) . However, observing the epistemological and political development of the "ergological project ", we can see that to measure and to management the man as an instrument of the production it need to take into account the voluntary action by which man defines the goal that his bodily activity. If human labor can be defined as an activity instrumental to achieve a goal "desired", so the man appears as the “master” of his body for the accomplishment of a “project”. So, measure and govern men through the work of the body does not just mean reducing the latter to object malleable, but also think the work as the action through the organic activity can be the support for a “human” realization.


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