Pour une poétique du document : esthétique et politique de la photographie

par Géraldine Millo

Thèse de doctorat en Esthétique

Sous la direction de François Soulages.


  • Résumé

    Envisager une poétique des documents amène à rencontrer les mêmes difficultés que celles qui auront mené Gaston Bachelard et Roland Barthes, à construire une phénoménologie subjective, l’un pour aborder les éléments naturels, l’autre la photographie. Engager la recherche pour une poétique du document, c’est se donner à la fois un programme d’étude et un but, c’est amener la recherche vers un engagement. Accoler les deux notions montre le paradoxe : ce que le document cherche à évacuer, c’est sa fonction poétique. Le poétique est la contrariété du document. Le document n’est ni vrai ni faux en soi : il est une structure d’objectivation. C’est en tant que dispositif qu’il interroge l’image contemporaine. Travailler la photographie documentaire à partir de la notion de document indique la voie d’un déplacement. Si la photographie documentaire ne trouve plus son centre de gravité dans le récit du monde, ses problématiques ne sont plus celles de la part de fiction et de vérité qu’elle met en œuvre. Installer le document au centre de la recherche permet de comprendre le retour critique d’une certaine photographie documentaire. C’est parce que cette pratique de l’image prend pour objet la dés-image qu’est le document, qu’elle façonne un espace de critique : critique des limites et des enjeux du document, critique de la raison, de l’esthétique et de l’art. Le poétique va être mis en jeu dans ce que nous appelons l’épuisement des documents. L’épuisement des documents renvoie d’un côté à l’épuisement des images-documents dans le langage qui les encadre, d’un autre côté au style documentaire lui-même. La photographie documentaire telle que nous l’avons comprise a été travaillée principalement à partir de trois artistes : Lewis Baltz, Allan Sekula, Philippe Bazin. L’espace que dessine le document est un espace de la neutralisation, de la distance et de l’objectivité : si nous travaillons pour une poétique du document, ne faut-il pas investir cet espace-là, l’investir poétiquement et politiquement ? Dans cet espace se joue nécessairement la question de la communauté : tout espace ouvert, non recroquevillé sur la propriété d’un sujet, est un espace pour et à plusieurs. La notion de document propose aussi une certaine compréhension de l’expérience. Il est l’expérience neutralisée : ne doit plus subsister dans le document d’expérience qui n’ait été comprise, reprise par l’analyse. Georges Bataille aura mené dans les années 1920 une première libération du document, en le rappelant à la dimension de l’expérience et en exigeant du savoir qui le prend, le reprend, d’assumer cette part-là. Le travail est donc aussi mené à partir des concepts qu’il a forgés : ceux de besogne, d’informe, de désœuvrement et de transgression.

  • Titre traduit

    Towards a poetics of document : the esthetics and politics of photography


  • Résumé

    When envisaging a poetics of document we encounter the same difficulties as those which previously led Gaston Bachelard and Roland Barthes to construct a subjective phenomenology, in order for the first to treat elements of nature and the second, photography. Engaging on a research on the poetics of the document entails setting out with both a program and a goal, as well as steering this research towards a form of engagement. Treating both notions as a whole discloses the following paradox: what the document attempts to evacuate is its poetic function. Such poetics is the document’s very contrariety. The document is neither true nor false in itself; it is a structure of objectification and acts as a scheme to question contemporary imagery. Working with documentary photography as a document entails the notion of transfer. While documentary photography no longer finds its center of gravity in what the world has to tell, the problems posed are no longer those contained in the fiction and truth it produces. Placing the document in the core of our research allows us to comprehend the criticism brought on by a certain documentary photography. It is because this practice of the image uses as object the un-image that is the document, that such a practice creates a space for criticism: criticism of the limits and the very issue of the document, criticism of reason, aesthetics and art. Such poetics will be central to what we call the exhaustion of documents which leads on the one hand to the exhaustion of image-documents within their specific language, and on the other hand to the documentary style itself. Documentary photography such as we understand it was approached for the most part through the work of the three artists Lewis Baltz, Allan Sekula and Philippe Bazin. The space the document involves is one of neutralization, distance and objectivity. Indeed, as we engage in a poetics of the document, would it not be appropriate to invest in that space, both poetically and politically? That space necessarily involves the notion of community: all open space, all space not entirely dedicated to a subject is a space meant for and used by several. The notion of document equally proposes a certain understanding of the experience. It is the neutralized experience and there must not subsist within the document an experience that has not been understood and treated in the analysis. In the nineteen-twenties, Georges Bataille endeavored to set free the document, by giving it the dimension of experience and by requesting to know who had taken it, who is using it and by taking into account this information. This study is therefore equally based on the concepts he created: those of duty, shapelessness, idleness and transgression.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (484 f.)
  • Notes : Publication autorisée par le jury
  • Annexes : Bibliogr. f. 447-453. Index

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  • Bibliothèque : Université Paris 8-Vincennes Saint-Denis (Sciences humaines et sociales-Arts-Lettres-Droit). Service Commun de la Documentation. (Saint-Denis) .
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : TH 3786
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