Des femmes sous la révolution française : les scandaleuses : le désir et la subversion : figures de femmes engagées en politique

par Elisabeth Rumi

Thèse de doctorat en Anthropologie psychanalytique et pratiques cliniques du corps

Sous la direction de Paul-Laurent Assoun.

Soutenue en 2013

à Paris 7 .


  • Résumé

    Sachant que Freud a pris en compte la dimension du collectif faisant de la psychanalyse une véritable anthropologie, notre recherche a pour but de questionner les enjeux inconscients ayant présidé à l'engagement des femmes en politique sous la Révolution française en 1789. Si la Révolution s'est pensée sans les femmes, trouvant son accomplissement dans des institutions composées d'hommes, elle a néanmoins consacré l'entrée des femmes en politique même si, globalement accueillies sous l'égide du scandale, elles en furent brutalement exclues. L'irruption des femmes dans la Révolution mobilise les enjeux inconscients de la sexuation et conduit à la fabrication du sexe politique. La Révolution qui s'est voulue comme un commencement conduit à une relecture du texte freudien Totem et tabou, consacrant l'origine du social avec le meurtre du père par un groupe de frères sans les soeurs. Or, le moment révolutionnaire semble avoir consacré un « entracte » propice à une juxtaposition frères/soeurs en politique qu'il est pertinent de rapprocher à la fois de la fratrie dans la période précedipienne et de ce temps d'immédiat après-meurtre alors que le principe d'exogamie n'a pas encore été fixé. Venant raviver le rapprochement incestueux, un certain effroi a pu saisir les révolutionnaires, la scène de la Révolution amenant avec l'entrée des femmes, la problématique de la différence sexuelle. Le processus inconscient des foules et la façon dont les femmes font groupe est la problématique portée par notre thèse articulée autour du masculin et du féminin et de la bisexualité. Selon Freud la femme comme « objet sexuel » est exclue de la foule. Les femmes en foule viendraient rejoindre la communauté des hommes avec une pente de « désexualisation » renvoyant à l'impossible du rapport sexuel. La question du père et celle de l'identification traversent de manière centrale la théorie de la féminité, comme celle de la psychologie des masses, croisement où se situe l'objet de notre recherche. La théorie freudienne du collectif renvoie à une position des femmes en tant que « porteuses des intérêts de l'humanité » mais dans un rapport d'hostilité envers la culture. Notre sujet renvoie au désir des femmes de s'inscrire dans la radicalité. La femme étant le sujet préjudicié du social, l'hystérique qui porte le problème de la féminité est de structure habilitée à interroger les institutions. La Révolution semble venir lui offrir une autre scène. Si les femmes ont répondu à chaque demande des révolutionnaires; concourir aux émeutes de subsistance comme aux évènements commémoratifs, nous montrons comment elles se sont organisées pour pénétrer les groupes et créer des sociétés de femmes comme le Club des citoyennes révolutionnaires, proposer la constitution de légions armées d'amazones, sans oublier de réclamer des droits pour elles-mêmes. Après avoir montré comment les frères se sont organisés en laissant les soeurs à la porte du temple, notre recherche, dans une tentative de restituer la figure de la femme révolutionnaire s'est centrée sur les femmes qui avaient opéré une percée sur la scène révolutionnaire, notamment à travers; Madame Roland, Olympe de Gouges et Charlotte Corday. Prises dans l'idéal collectif, ces femmes « rebelles » sont dans une stratégie de déjouement de la castration jusqu'au sacrifice. Si la femme a le phallus avec l'enfant, elle peut s'incarner elle-même comme phallus, avec la vierge ou la Dame ou rentrer plus directement dans une rivalité avec les hommes, autant de postures inconscientes pour nos héroïnes. La fille à se faire une place dans le symbolique, elle est plutôt impliquée dans des opérations de sauvetage du père. La passion du père venant s'inscrire sur l'ancienne passion pour la mère, nous observons la façon dont elles sont prises dans un procès d'exaltation, sous-tendue par un idéal mortifère, la pulsion de mort donnant une coloration particulière à la position de la femme comme meneuse entre héroïne et Déesse-mère.


  • Résumé

    Recognizing that Freud took into account the collective aspect of the human subject through connections between psychoanalysis and anthropology, our research aims to question unconscious issues which characterized the engagement of women in politics in the French Revolution in 1789. The Revolution is considered without women and the accomplishment of the Revolution finding fulfilment in institutions composed of men. Nevertheless the Revolution is marked by the entry of women into politics, even if it is judged as scandalous matter. Finally they were brutally excluded. Influx of women into the Revolution, bring forth unconscious issues related to both sexes. The emergence of women in the Revolution mobilizes unconscious "sexuation" issues and led to consider the creation of a " political sexe ". The Revolution meant to be a commencement, leads us to reconsider Freud's "Totem and Taboo", which explains that the origin of social organisations goes back to the killing of the primeval father, done by brothers without their sisters' participation. It explains that the men established original social organisation just after the murder of the father, by a group of brothers without sisters. However, the revolutionary moment was an interlude conducive to a juxtaposition between brothers and sisters in politics. It is appropriate to bring together the relationship between sibling of "pre-oedipal" phase and the brief period alter the killing of the primeval father, where the exogamy was not yet set. Along with the rekindling of incestuous ties, revolutionaries were horrified. By the entry of women, the revolution introduced the difference between sexes. The unconscious process of mass of crowds and of women group patterns is the argument of our thesis structured around three themes: masculinity and feminity and bisexuality. Women, as a crowd, join the community of men, with a slight incline to "de-sexualization", reminding us that the sexual intercourse is impossible. The question of the father and of the identification is the central point of the Freud's theory of feminity and crowd psychology, which is the focus of our research. Freud's theory of crowd psychology argues that women represent the interests of the humanity, but with a hostile attitude towards culture. Our topic refers to desire of the women which led them to the radicalism. Women prejudiced by the social context lead us to think that hysteria related to female problems is entitled to a discussion on "social organisation". Although the women have responded to each and every request of male partners, by their involvement in the riots and in numerous commemorative events, we will demonstrate how they were organized to penetrate the groups and to create organizations for women, such as " Club des citoyennes républicaines révolutionnaires ". They proposed the establishment of a legion of Amazons carrying arms, while demanding their rights. After our discussion on brothers who worked together leaving sisters on the doorstep of the temple, the focus on women who made a decisive breakthrough in the revolutionary scene. These rebel women carried along with the ideal of " crowd ", used a strategy to defeat "castration" even unto the supreme sacrifice. The woman gains the " phallus " by her child, and she represents " phallus " by the figure of Virgin and Lady. Or, they became riyals of men. We try to study so many unconscious approaches related to our heroïnes. The girl has to earn a place in the symbolic order and she is involved in the father rescue operation, so the passion for the mother is replaced by the passion for the father. The women's experience of excitement and exaltation leads us to Thanatos, the death drive and gives a dark colouring to the work of women leaders.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (465 p.)
  • Annexes : 194 ref.

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque : Université Paris Diderot - Paris 7. Service commun de la documentation. Bibliothèque Universitaire des Grands Moulins.
  • PEB soumis à condition
  • Cote : TL (2013) 097
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