L’inné et l’acquis dans le développement des douleurs de l’appareil locomoteur : Comparaison de l’influence des facteurs de risque environnementaux, psychologiques, hormonaux et génétiques dans le développement d’une douleur chronique : analyse prospective des douleurs des patientes traitées par antiaromatases pour cancer du sein
| Auteur / Autrice : | Françoise Laroche |
| Direction : | Serge Perrot |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Neurosciences |
| Date : | Soutenance en 2013 |
| Etablissement(s) : | Paris 6 |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
Rationnel et objectifs : Les inhibiteurs de l’aromatase (IA) sont prescrits aux patientes ménopausées atteintes de cancer du sein pour supprimer toute sécrétion estrogénique. Plusieurs études ont rapporté l’apparition de douleurs de l’appareil locomoteur induites par ces traitements, avec différents tableaux cliniques. Nous avons réalisé une étude prospective de 135 femmes suivies pour cancer du sein, débutant un traitement par IA pour évaluer la fréquence des douleurs, leur type et les facteurs de risque éventuels. Patientes et méthode : Nous avons réalisé une étude de cohorte de femmes avec cancer du sein suivies dans 4 centres de cancérologie parisiens et nécessitant un traitement par IA au long cours et ne présentant pas de douleur préexistante. Les patientes ont été suivies à 1, 3, 6 et 12 mois de traitement. À chaque visite, les patientes ont été examinées par un rhumatologue et ont rempli des questionnaires évaluant leurs douleurs éventuelles, le sommeil, la fatigue, la qualité de vie et des dimensions psycho-comportementales. Des tests génétiques ont été réalisés pour deux polymorphismes génétiques conférant potentiellement une prédisposition à la douleur chronique (COMT (cathecol-O-methyl transferase) et récepteur opioïde mu (OPRM1)), des marqueurs inflammatoires (CRP, VS), des anomalies auto-immunes (AAN, anti-CCP, FR), des anomalies phospho-calciques (vitamine D, calcium, DMO) et hormonales (estrogènes, sexe binding protéin, androsténedione, testostérone). Résultats : Nous avons évalué 135 femmes à un an: 77 ont développé des douleurs, responsables de l’arrêt de l’IA dans 12 cas. Cinq types de douleurs ont été observées: des douleurs articulaires (36%), des douleurs diffuses (22%), des tendinites (22%), des douleurs neuropathiques (9%) et des douleurs mixtes (11%), les douleurs diffuses et articulaires étant le plus intenses. La plupart des patientes (82 %) ayant développé des douleurs ont présenté des symptômes rapidement (1-3 mois), à type de douleurs des mains, de ténosynovite et de poussée d’arthrose, sans anomalie biologique. Une patiente a développé une polyarthrite rhumatoïde typique après 8 mois de traitement. Les facteurs de risque de douleurs observées sous antiaromatases dans cette étude sont majoritairement de type psychologiques ; personnalité, anxiété et qualité de vie. En revanche, les facteurs démographiques, génétiques, hormonaux et les seuils de la douleur ne semblent pas jouer un rôle prédominant. En effet, l’âge, la race, le mode de survenue de la ménopause (naturelle versus chirurgicale), la prise préalable de tamoxifène, la prise d’un traitement hormonal substitutif antérieur de la ménopause, le taux de vitamine D, la radiothérapie, la chimiothérapie, la CRP, le type d’IA ni la durée du traitement par IA n’ont été corrélés aux douleurs articulaires liées à la prise d’antiaromatases de troisième génération. Conclusion : La douleur est fréquente chez les femmes traitées par IA, jusqu’à 59% des cas dans la première année de traitement. Cinq types majeurs de douleur sont observés. Le plus fréquent consiste en symptômes d’arthrose dans les trois premiers mois, surtout dans les mains et les poignets. Ainsi, les effets indésirables induits par les traitements IA constituent une situation clinique permettant de comprendre les liens entre les douleurs ostéo-articulaires et les traitements antiéstrogènes dont les facteurs de risque sont majoritairement psychosociaux