Le traitement psychique de la perte dans les schizophrénies : approche psychanalytique et projective

par François-David Camps

Thèse de doctorat en Psychologie

Sous la direction de Catherine Chabert.

Le président du jury était Michèle Emmanuelli.

Le jury était composé de Catherine Chabert, Michèle Emmanuelli, François Pommier, Solange Carton, Vladimir Marinov, Catherine Azoulay.

Les rapporteurs étaient François Pommier, Solange Carton.


  • Résumé

    L’ensemble des travaux psychiatriques actuels se concentre essentiellement sur l’aspect symptomatiquement de la dépression chez les sujets schizophrènes. A l’inverse, nous avons tenté d’étudier non pas la dépression clinique, mais les problématiques de perte dans les fonctionnements psychiques des sujets marqués par le processus schizophrénique. Autrement-dit, nous avons interrogé le rôle et les fonctions de la perte au sein d’un moi ayant perdu ses frontières et le sentiment de son existence, dans un fonctionnement psychique où les limites soi/non-soi sont aléatoires, les défenses narcissiques précaires ou inefficaces. A travers l’examen de la perte chez le schizophrène, c’est donc l’étude des diverses modalités de la relation d’objet et des affects associés dans cette pathologie que nous avons étudié. Il s’agissait donc de passer au-delà de l’aspect purement symptomatologique et phénoménologique de la dépression chez le sujet schizophrène pour interroger sa fonction au niveau métapsychologique. Nous nous sommes intéressés aux diverses opérations psychiques mises en œuvre par les sujets atteint de schizophrénie pour faire face aux divers problématiques de perte. Par problématiques de perte, nous entendons toutes les situations où le sujet a perdu un objet, ou doit y renoncer, que ce soit dans les problématiques de séparation d'avec l'objet primaire, l’abord de la position dépressive, de mélancolie, de deuil. Nous avons donc interrogé les articulations et intrications entre problématiques de perte et problématiques dissociatives.Notre recherche est animée par l’idée que la schizophrénie est un processus qui détruit les liens objectaux et les représentations d’objet mais surtout qui empêche d’en reconstruire de nouveaux, en cela il s’attaque à l’objectalité même. Persuadé que les schizophrénies procèdent d’une incapacité à utiliser le dipôle narcissisme-objet, nous souhaitions observer les diverses « constellations relationnelles » au sein des fonctionnements psychiques marqués par la schizophrénie, à travers leur représentations. Notre idée était que les différentes formes de schizophrénies témoignaient des différentes modalités d’approche de l’objet ou de la relation à l’objet.Notre première hypothèse postule que, plus les fonctionnements psychiques marqués par le processus schizophrénique sont habités par des représentations d'objet, même si ces objets sont partiels, persécuteurs, mal différenciés ou incestueux, plus la pensée reste « vivante » même si elle est désorganisée. Une seconde hypothèse postule que chez les sujets atteints par un processus schizophrénique il n'y a pas de possibilité d'élaborer les problématiques de perte, même si on observe de grandes différences individuelles. Cependant la présence d’éléments témoignant de problématiques de perte peut venir signer un assouplissement partiel des défenses psychotiques et révéler un fonctionnement de l’appareil psychique moins abrasé. Une sous-hypothèse propose l’idée que la reconnaissance de problématiques de perte est possible, chez certains sujets atteints de schizophrénie, le traitement de la perte diffère alors de celui du deuil ou de la mélancolie. Enfin une troisième hypothèse porte sur l’existence d’un processus mélancolique que nous pourrions repérer dans certaines formes de schizophrénies (les formes dysthymiques) qui ne peut pas se constituer véritablement pour autant.

  • Titre traduit

    The psychological treatment of loss within schizophrenics : a psychoanalytic and projective approach


  • Résumé

    Our thesis does not deal with clinical depression but with the issue of loss within the psychic functioning of patients marked by a schizophrenic process. By issues of loss we mean all situations in which the patient has lost something, but also separation, depression, melancholy and grief. In order to examine the standard metapsychological function and to observe the articulations and entanglements existing between issues of loss and dissociative problems we surveyed the functions of loss associated with a personality that had lost its sense of confines and existence beyond the purely symptomatic aspect of depression. Our first hypothesis is that the more psychic functions are marked by a schizophrenic process inhabited by object representations, even if these representations are partial, persecuting, poorly differentiated or incestuous, the more the thought remains " alive " even if it is disorganised. A second hypothesis is that in schizophrenic patients there is no possibility of developing issues of loss. The presence of depressive elements can however signal a partial easing of psychotic defenses. A sub-hypothesis is that the recognition of the problem of loss is possible in dysthymic patients but that the treatment differs from that aimed at grief and melancholy. A third hypothesis centres around the existence of a melancholic process in some schizophrenics (dysthymia). To test these hypotheses we studied the psychic functioning of twenty patients diagnosed as " schizophrenic "according to CIM 10. This was based on projective mediation tests (Rorschach and TAT) looking at differences and invariables associated with the treatment of loss and depression. We demonstrated the specificity of psychic functioning for each schizophrenic in terms of relationships, emotions and sensations relating to the issue of loss. Our results demonstrate that the functioning of patients affected by schizophrenia, far from remaining focused on one object tends instead to defend itself from the influence of the object upon the ego. Behind a more delusional and hallucinatory appearance the mental functioning of patients with paranoid schizophrenia and dysthymia is more disorganised, but paradoxically " more alive ", more driven by representations of objects that appear as an outward expression of less deadly psychic functioning, this despite the noisier symptoms in the form of simple undifferentiated or hebephrenic schizophrenia. Our work shows that if problems and depressive effects can be seen they lead to different defensive treatments which are invariably underpinned by denials. The presence of isolated depressive effects does not lead to recognisable problems associated with loss for the patient. We therefore conclude that if schizophrenics recognise situations of loss then that cannot be the work of psychic integration. This impossibility depends on the intensity of the destructive schizophrenic process and the capacity to implement a narcissistic reinvestment in itself, even if only transitory, albeit with significant individual differences. Finally, if we examine the outlines of the melancholy movements within our participants, they cannot be carried through to the end because of the inconsistency of the object lost, its potentially persecuting character and the absence of self/non-self limits.

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