Le mythe néo-wisigothique dans la culture historique de l’Espagne médiévale (XIIe-XIIIe siècles)

par Gael Le Morvan

Thèse de doctorat en Études romanes. Espagnol

Sous la direction de Georges Martin.


  • Résumé

    L’étude ici présentée porte sur les origines des royaumes de León et de Castille dans la culture historique de l’Espagne médiévale (XIIe-XIIIe siècles). Il s’agit de saisir les fondements politiques de ces royaumes par l’analyse d’un mythe fondateur qui a émergé et s’est construit au sein de la production historiographique du Nord péninsulaire : le mythe néo-wisigothique. Mythe de fondation, cette représentation historique soutient la thèse d’une continuité ethnique, dynastique, idéologique et spirituelle entre le royaume wisigothique de Tolède qui s’effondre lors de l’invasion musulmane de 711 et les royaumes léonais et castillan. À l’occasion du récit des règnes de Witiza et de Rodrigue, les derniers rois des Wisigoths, et des batailles mythifiées du Guadalete et de Covadonga, les chroniqueurs manipulent le discours sur l’histoire et glissent des interpolations qui infléchissent le sens de leurs sources, parvenant à gommer toute solution de continuité entre Rodrigue et le premier restaurateur, Pélage. Ainsi, par un discours aux accents souvent providentialistes, les chroniqueurs contribuent à restaurer la patrie hispanique, que saint Isidore de Séville définit dans son œuvre par l’union entre rex, gens et regnum, et à doter la communauté politique d’une éthique collective, de valeurs idéales et de modèles à imiter. C’est aussi l’apport de l’historiographie du point de vue de la sémiologie socio-historique que nous souhaitons mettre en lumière. Le mythe évolue en fonction du contexte géopolitique et chaque chroniqueur interprète ses sources, surexploitant et politisant ce motif légendaire. Ces variations successives permettent de définir le mythe comme un système imaginaire qui révèle l’intentio des chroniqueurs ou de leurs commanditaires, comme une stratégie doctrinale du pouvoir et même comme le lieu d’un profond débat idéologique.Source de légitimité, le mythe est remployé au service des royaumes en construction au XIIe siècle dans l’Historia legionensis (dite silensis), la Chronica naiarensis et le Libro de las generaciones y linajes de los reyes (olim Liber regum) qui défendent la continuité ethnique et dynastique à León, la continuité idéologique en Castille et la continuité territoriale en Navarre. Au XIIIe siècle, le mythe bascule dans l’idéologie. L’Estoire d’Espagne d’Alphonse X le Sage hérite la vision historique du très léonais Chronicon mundi de Luc de Tuy et du très castillan De rebus Hispaniae de Rodrigue Jiménez de Rada, et lui associe la vision plus globale – et presque « nationale » – du Poema de Fernán González. Le roi Sage voit dans le mythe néo-wisigothique le moyen de légitimer ses prétentions impériales en Espagne et en Europe.

  • Titre traduit

    The neo-visigoth myth in the historic culture of medieval Spain (12th and 13th centuries)


  • Résumé

    The study hereby presented tackles the origins of the kingdoms of León and Castile in the historic culture of medieval Spain (12th and 13th centuries). The aim is to understand the political bases of these kingdoms by analyzing a founding myth which emerged and took shape within the historiographical production in the north of the peninsula: the neo-Visigoth myth. A founding myth, this historic representation upholds the argument of an ethnic, dynastic, ideological and spiritual continuation between the Visigoth kingdom of Toledo, which collapsed in 711 when it was invaded by the Muslims, and the kingdoms of Léon and Castile. When recounting the stories of the reigns of Witiza and Rodrigo, the last Visigoth kings, and of the mythicised battles of the Guadalete and of Covadonga, chroniclers are manipulating views on history and slip interpolations which modify the meaning of their sources, thereby erasing any possibility of continuation between Rodrigo and Pelagius, the first restorer. Consequently, thanks to a discourse often tinged with providential undertones, the chroniclers help restoring the Hispanic country, which Saint Isidore of Seville defines in his work as the union of rex, gens and regnum, but they also contribute to endowing the political community with collective ethics, ideal values and role models. In addition, we would like to bring to light the contribution of historiography from the point of view of socio-historic semiology. The myth evolves according to the geopolitical context and each chronicler interprets their sources, thus overdoing and politicizing this legendary motif. These successive variations allow us to define the myth as an imaginary system revealing the intentio of the chroniclers or of their sleeping partners, but also as a doctrinal strategy of power, or even as the place for a profound ideological debate.A source of legitimacy, the myth is re-used to serve the kingdoms being founded in the 12th century in the Historia legionensis (also known as silensis), the Chronica naiarensis and the Libro de las generaciones y linajes de los reyes (olim Liber regum) which champion ethnic and dynastic continuation in León, ideological continuation in Castile and territorial continuation in Navarre. In the 13th century, the myth turns into ideology. Estoria de España by Alphonso X the Wise inherits the historical vision of typically Leonese Chronicon mundi by Luc de Tuy and of typically Castilian De rebus Hispaniae by Rodrigue Jiménez de Rada, and a more comprehensive – even almost « national » – vision is associated to it with Poema de Fernán González. The Wise king then starts to see in the neo-Visigoth myth a means to legitimate his imperial claims both in Spain and in Europe.


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