Les sanctuaires boisés de savanes de Bondoukuy (pays Bwa, Burkina Faso) : biodiversité végétale et capacité de régénération

par Lassina Sanou

Thèse de doctorat en Écologie et conservation de la biodiversité

Sous la direction de Anne Fournier.

Le président du jury était Bernard Roussel.

Le jury était composé de Michel Arbonnier.

Les rapporteurs étaient Guillaume Decocq, Jeanne Millogo-Rasolodimby.


  • Résumé

    Face à l’érosion de la biodiversité et à l’extinction des espèces végétales, les sanctuaires boisés sont souvent présentés dans la littérature comme des hauts lieux de conservation et des reliques de végétation vierge. Mais les croyances associées comportent-elles réellement des idées particulières de prudence, de respect ou de conservation de la nature ? Pour vérifier cette affirmation et répondre à cette question, les sanctuaires boisés du département de Bondoukuy (1100 km²) dans les savanes de l’ouest du Burkina Faso ont fait l’objet d’un recensement aussi exhaustif que possible. Ils ont été identifiés et leurs responsables rituels ont été questionnés sur leur rôle. Leur distribution spatiale a été relevée et intégrée à un SIG. Pour les investigations botaniques et écologiques, l’échantillonnage s’est fondé sur trois grandes unités physiographiques et sur des relevés sur 1600 m², considérés comme la superficie minimale pour les relevés phytosociologiques, les bosquets de surface inférieure ayant été entièrement inventoriés. Les sanctuaires boisés ont été comparés avec leurs environs immédiats (quelle que soit leur physionomie), ainsi qu’à des sites témoins choisis au hasard dans les mêmes unités physiographiques que les sanctuaires. La recherche des groupements floristiques a été faite par classification hiérarchique(méthode de Ward), Leurs espèces diagnostiques et différentielles ont été identifiées à l’aide de l’indice INDVAL. La diversité alpha et gamma des peuplements ligneux ainsi que la régénération de chaque groupement ont été étudiées. Un total de 219 sanctuaires, dont 191 avec un couvert ligneux (162 bosquets et 29 sites avec seulement des arbres isolés), a été répertorié. La majorité des sanctuaires boisés (80 % des cas) est située dans les villages et ou dans un rayon 500 m autour d’eux et leur surface est inférieure à 1 ha. Ces sites sacrés affirment l’identité des Bwaba, ils permettent la cohésion sociale autour de divers cultes, de bonnes récoltes, la procréation, la pluie en cas de sécheresse, la santé, la protection générale des villages, la réussite, la lutte contre l’adultère etc. De plus, certains ont autrefois servi à se protéger pour résister aux agresseurs car les Bwaba ont un passé guerrier. Neuf groupements floristiques de sanctuaires, et 7 groupements de sites témoins ont été isolés. Un ensemble de 4 groupements sur glacis se caractérise par Guiera senegalensis et Azadirachta indica, un autre de 2 groupements de bas de pente est caractérisés et dominé par Anogeissus leiocarpa et Diospyros mespiliformis, il s’apparente clairement aux forêts sèches soudaniennes. Certains sanctuaires boisés sont envahis par l’espèce exotique Azadirachta indica qui définit à elle seule deux groupements. Un seul des groupements, caractérisé par Detarium microcarpum et Burkea africana, a une affinité savanicole, les autres ont une physionomie plutôt forestière. Les sanctuaires boisés sont floristiquement liés à leurs environs immédiats mais ils maintiennent mieux leur flore ligneuse que ceux-ci car ils bénéficient d’une protection contre le feu et les coupes. Les sanctuaires boisés situés dans les milieux les plus humides renferment quelques espèces « en danger » et « quasi-menacées » selon l’UICN (1,1% et 2,1%). Ces sanctuaires boisés des milieux les plus humides apparaissent cependant floristiquement proches des sites témoins forestiers les plus anthropisés. La diversité a des sanctuaires boisés est plus faible que celle des témoins savanicoles, mais leur richesse d’ensemble ou diversité g est du même ordre, voire plus élevée pour les sanctuaires boisés forestiers. L’invasion par Azadirachta indica a un effet très négatif sur la richesse spécifique. La richesse a est d’autant plus élevée que la superficie du sanctuaire est grande. En ce qui concerne la régénération, dix sept espèces ligneuses contribuent de façon significative au maintien des peuplements des sanctuaires. Cependant, leur régénération est très faible dans les bosquets envahis par Azadirachta indica. Nous montrons que ces sites sacrés sont en majorité très proches des villages, de petite taille, localisés dans des milieux fortement anthropisés et fragmentés et que certains d’entre eux sont envahis par A. Indica ; ce qui n’est pas en accord avec l’idée reçue d’un effet de conservation important en termes de richesse spécifique. Cependant, comme dans le contexte actuel de dégradation des milieux les forêts galeries sont en train de disparaitre dans la zone d’étude, les sanctuaires boisés conservent un potentiel de semences qui pourrait servir dans les actions de reforestation au Burkina Faso.


  • Résumé

    Given the erosion of biodiversity and the extinction of plant species, wooded shrines are often portrayed in the literature as high places of plant conservation and as relics of pristine vegetation. But do the related beliefs really include specific ideas of prudence, respect or nature conservation? To verify this statement and to answer this question, wooded shrines of Bondoukuy Department of (1100 km ²) in the savannas of western Burkina Faso have been object of a census as comprehensive as possible. They were identified and their ritual leaders were asked about their role. Their spatial distribution was recorded and integrated into GIS. For botanical and ecological surveys, sampling was based on three major physiographic units and surveys on 1600 m², considered the minimum area for phytosociological survey, groves of smaller surface having been fully inventoried. The shrines were compared with their immediate surroundings (whatever their appearance), as well as with randomly selected control sites in the same physiographic units as shrines. Floristic groups were identified through hierarchical clustering (Ward's method), and their differential and diagnostic species were identified using the index INDVAL. Alpha and gamma diversity of ligneous and regeneration of each group were studied. A total of 219 shrines, including 191 with a tree cover (162 groves and 29 sites with only some trees), has been listed. The majority of sacred groves (80% of cases) are located in villages and or within 500 m around them and their surface is less than 1 ha. These shrines show the identity of Bwaba; they allow social cohesion around various cults, good harvests, procreation, rain in drought, health, general protection of villages, success, the fight against adultery etc. . In addition, some of them were used to protect against enemies in the past because the Bwaba have a warrior past. Nine shrines floristic groups, and of 7 control sites groups were isolated. A set of four groups of glaze is characterized by Guiera senegalensis and Azadirachta indica, another two groups of lower slope is characterized and dominated by Anogeissus leiocarpa and Diospyros mespiliformis, the latter being clearly akin to the Sudanian dry forests. Some shrines are invaded by the exotic species Azadirachta indica that defines by itself two groups. One of the groups, characterized by Detarium microcarpum and Burkea africana has a savanna affinity; others rather have a forest affinity. The shrines are floristically related to their immediate surroundings but they better keep their ligneous flora as these ones because they are protected against fire and logging. Shrines located in the most humid environments contain some "endangered" and "near-threatened" species according to IUCN (1. 1% vs. 2. 1%). These shrines of the wettest environments, however, appear floristically close to the control forest sites that are the most man-modified. Diversity a of shrines is lower than that of the savannah controls, but their overall wealth and diversity g is equal to or higher than that of forest shrines. The invasion of Azadirachta indica has a very negative effect on species richness. Thea richness is all the more high than the area of the sanctuary is great. Regarding regeneration, seventeen woody species contribute significantly to the maintenance of stands of shrines. However, their generation is very low in shrines invaded by Azadirachta indica. We show that these shrines are mostly very close to the villages, that they are small, located in highly fragmented and man-modified places, and that some of them are invaded by A. Indica, which is not in accordance with the generally accepted idea of a preservative effect important in terms of richness of biodiversity. , However, in the current context of environmental degradation, as gallery forests are now disappearing into the study area whereas wooded shrines retain a seed potential that could be used in reforestation activities in Burkina Faso.

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  • Détails : 1 vol. (XI-321 p.)
  • Annexes : Bibliographie : p.225-243

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  • Bibliothèque : Muséum national d'histoire naturelle. Bibliothèque centrale.
  • Non disponible pour le PEB
  • Cote : TH 2013 -- 2
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