Critique de la modernité et philosophie de l'enracinement : la médiation des valeurs dans l'oeuvre de Simone Weil

par Fabien Mathurin Enyegue abanda

Thèse de doctorat en Philosophie (histoire de la philosophie, épistémologie, herméneutique, métaphysique)

Sous la direction de Jean-Jacques Wunenburger.

Soutenue le 12-02-2013

à Lyon 3 , dans le cadre de École doctorale de philosophie (Lyon) .

Le président du jury était Bruno Pinchard.

Le jury était composé de Robert Chenavier.

Les rapporteurs étaient Emmanuel Gabellieri, Dominique Folscheid.


  • Résumé

    Basée sur l’idée de progrès, la science moderne, d’inspiration cartésienne, est perçue par Simone Weil comme la principale cause de la crise moderne des valeurs. Sous-tendue par le mouvement droit, elle a perdu le principe d’analogie et s’est, de la sorte, dessaisie du monde ambiant des réalités quotidiennes. Aussi apparaît-elle non seulement comme à la source du scientisme, de la croyance en une raison scientifique autonome et du culte rendu aux applications techniques, mais aussi à l’origine du capitalisme industriel, du communisme révolutionnaire, du totalitarisme, de l’effondrement de l’ordre axiologique universel traditionnel concomitant à la crise de la civilisation. Les conséquences issues de ce mouvement de déracinement n’ont pas seulement conduit à l’oppression prolétarienne et coloniale ou au modernisme comme primat des valeurs d’innovation sur les valeurs de tradition, mais surtout à l’oppression généralisée et à l’oubli des structures axiologiques primordiales universelles que sont l’Etre, la Nécessité, le Passé, le Surnaturel. Fondé sur une dialectique structurelle déracinement-enracinement, pesanteur-grâce, le discours philosophique de Simone Weil sur la modernité poursuit un double enjeu. Sans se démarquer de la raison philosophique immanente, elle s’attelle à la fois à la dénonciation des propensions et défaillances qu’offrent les valeurs illusoires modernes d’argent, d’algèbre, de machinisme, d’impérialisme, de révolution, de démocratie, qu’à la conception d’une philosophie de la médiation des valeurs apte à contribuer à la renaissance d’une culture d’attention au capital axiologique de l’humanité. En effet, la modernité n’apparaissant plus que comme synonyme de crise des valeurs, il convient de tirer au clair ce piège qui fait de l’homme l’esclave de ses propres productions en y entreprenant une herméneutique ouverte non seulement au principe ontologique de nécessité, au-delà de toute projection avant-gardiste, mais surtout à une herméneutique des civilisations inspiratrices de l’humanité, en dehors de tout misonéisme passéiste, où le Surnaturel s’atteste dans sa plénitude comme critérium des valeurs authentiques et principe de médiation témoignant de l’enracinement de toutes choses dans l’être. Sans être en opposition avec les impératifs de découverte, d’invention et de développement, la philosophie weilienne de la médiation des valeurs se dévoile dans sa posture et sa validité comme une philosophie d’inspiration universelle à l’enracinement des peuples, des cultures et des nations, attentive à une pensée permanente des rapports entre la tradition et l’innovation, l’universalité et l’historicité.

  • Titre traduit

    Critique of the Modernity and the Philosophy of Root : the mediation of Values in Simone Weil's works


  • Résumé

    Based on the idea of progress, the modern science, inspired by Descartes, is seen by Simone Weil as the primary cause of the modern crisis of values. Sustained by a linear movement, this science has lost the principle of analogy and, by consequent, it has lost its bindings with the surrounding world of everyday reality. Also, this science shows itself not only as the source of scientism, this belief in an independent scientific reason and the cult of the technical applications, but also as the source of industrial capitalism, of the revolutionary communism, of the totalitarianism, of the collapse of the traditional axiological order simultaneously to the crisis of civilization. Theses consequences resulting from the movement of uprooting not only led to the proletarian and the colonial oppression and to the modernism as the priority of the values of innovation on the values of tradition, but especially to a generalized oppression and the forgetting of the primordial universal axiological structures: the Being, the Need, the Past and the Supernatural.Based on a structural dialectic, the dislocation and the rooting, the fall and salvation, the philosophical discourse on modernity of Simone Weil seeks a double stake. Without a delimitation of the reason of the immanent philosophy, she is equally attached to the denunciation of the propensities and the failures of the modern illusory values of the money, of the algebra, of the machinery, of the imperialism, of the revolution, of the democracy, and to the conception of a philosophy of the mediation of values able to contribute to the rebirth of a culture attentive to the axiological capital of the humanity. Indeed, if the modernity appears no more as a synonym of the crisis of values, we must clarify this trap that makes the man the slave of his own productions by a hermeneutic open not only to the ontological principle of necessary, beyond any avant-garde projection, but principally a hermeneutic of the inspired civilizations of the humanity, without any outdated misoneism, where the Supernatural is attested in its fullness as criterion of the authentic values and as a principle of mediation reflecting the roots of all things in the Being. Without being in a conflict with the requirements of the discovery, of the invention, of the progress, the weilian philosophy of values mediation reveals itself as a philosophy of universal inspiration, founding the rooting of peoples, of cultures and of nations, paying permanent attention to the relationship between the tradition and the innovation, between the universality and the historicity.

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