La tension psychique, précurseur des conduites violentes en détention : étude théorico-praxéologique des dynamiques agressives et suicidaires auprès des détenus

par Jérôme Chamayou

Thèse de doctorat en Psychologie clinique et psychopathologie

Sous la direction de Catherine Blatier et de Louise Pouliot.

Le président du jury était Sid Abdellaoui.

Le jury était composé de Catherine Blatier, Louise Pouliot, Kristie R. Blevins.

Les rapporteurs étaient Michel Born, Philippe A. Genoud.


  • Résumé

    La violence est un phénomène fréquent dans les prisons. D'après la théorie générale de la tension (Agnew, 1992, 2002), l'agressivité (Blevins et al., 2010) ou le suicide (Zhang et al., 2008) seraient le fruit de tensions éprouvées par les détenus. Notre recherche s'appuie sur le modèle d'Agnew pour créer et tester une échelle standardisée appliquée aux détenus. Les analyses en composantes principales et confirmatoires montrent des résultats satisfaisants, avec des indices de cohérence interne significatifs. Notre échelle est donc une première ébauche pour mesurer la tension en détention. Nos résultats montrent que les comportements agressifs et suicidaires peuvent être prédits de façon significative par la mesure de la tension. Toutefois, la tension en tant que variable indépendante et les stratégies de régulation émotionnelle et/ou de coping comme variables médiatrices ne permettent pas de mettre en évidence des modèles significatifs. Cela signifie que la tension doit être appréhendée comme une variable proximale. De même, nous testons les effets modérateurs des variables personnelles et judiciaires. Nos analyses infirment l'effet modérateur supposé des facteurs personnels et situationnels, même si la dépression et le stress ont un effet significatif. Enfin, nos analyses de médiations modérées ne sont pas significatives, que ce soit pour les comportements agressifs ou suicidaires. Pour conclure, la tension serait la variable la plus proximale pour prédire la violence en prison, alors que la régulation émotionnelle ou les stratégies de coping auraient un effet plus distal. Comme les variables modératrices n'ont pas d'effet significatif, nous proposons de les considérer comme des formes implicites de tension. La théorie de la tension appliquée aux détenus est un modèle prometteur mais récent, qui n'a pas été testé empiriquement. Ainsi, au travers de cette recherche, nous avons essayé de mesurer la tension, afin de tester ce modèle et d'identifier ses limites.

  • Titre traduit

    Strain as a precursor of violent behaviors during incarceration


  • Résumé

    Violence is common and frequent in most prisons. According to the general strain theory (Agnew, 1992, 2002), aggression (Blevins et al., 2010) or suicidality (Zhang et al., 2008) are caused by strains experienced by inmates. Our study intends to rely on Agnew's general strain theory in order to create and test a standardized scale applied to inmates, since no psychometric instrument evaluating Agnew's model exists. Principal component analyses and confirmatory analyses applied to our psychometric data show satisfying results, with significant internal consistency indices. Our scale is thus a first attempt to measure strain for inmates. In a second step, this research aims at understanding the effect of strains on inmates' violent behaviors. Our results show that aggressive and suicidal behaviors can significantly be predicted by the strain measure. The strains due to daily-life in jail have a direct effect (indirect for Agnew) on inmates' externalizing violent outcomes. Then, we test the mediating effects of coping skills and emotion regulation strategies. The model depicted by our analyses is not fully consistent with the general strain theory. Analyses considering strain as an independant variable and coping skills and emotion regulation strategies as mediating variables are not significant. This implies that strain measure could be seen as a proximal variable. This conclusion does not totally support Agnew's model, which considers strain as a distal variable. In a next step, we test the moderating effects of personal and judicial variables. Our analyzes invalidate the supposed moderating effect of such factors, even if depression and stress are significant moderating variables. Finally, our moderated mediating analyses are not significant, whether on aggressive or suicidal behaviors. As a conclusion, according to our results, strain would be a proximal variable to predict violence in prison, whereas emotion regulation or coping strategies would be more distal. As the moderating variables are not significant, we suggest to consider them as indirect forms of strains. The general strain theory, especially applied to inmates, is a promising but recent model which has not been empirically tested. Therefore, through this research, we tried to measure strain, in order to test this model and identify its limits.

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