Après les houmas, le déluge : anthropologie d'une agonie culturelle

par Frédéric Allamel

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Emmanuel Désveaux.

Soutenue en 2013

à Paris, EHESS .


  • Résumé

    La notion de déterritorialisation est au coeur de la problématique des Indiens houmas de Louisiane. Une perspective ethnohistorique révèlera un tel processus récurrent de dépossession foncière, depuis la perte de leur territoire ancestral jusqu'à l'expropriation de leur terre d'asile par les agents de la colonisation. Transplantés par la suite au sein d'un espace marécageux, les Houmassurent apprivoiser ce nouveau paysage en développant des savoirs inédits et en restructurant leur culture matérielle (passage de l'agriculture à la pêche et au piégeage). Leur existence initialement terrienne venait alors de basculer vers une vision du monde amphibie. Cependant, bientôt rattrapés par le développement économique de la région, les Houmas essuyèrent de nouvelles formes d'expropriation de la part des compagnies pétrolières. En outre, leur territoire n'a jusqu'ici aucune valeur juridique, le Bureau des Affaires Indiennes ayant rejeté leur statut d'Amérindiens qui les prive d'une réserve autonome. Mais il existe une forme de déterritorialisation plus insidieuse et qui consiste en un écocide fulgurant. Tel est le constat environnemental actuel où, du fait de l'industrialisation à outrance, l'érosion côtière fera bientôt disparaître l'intégralité de cet espace. La résilience cède déjà le pas à l'exode et à la dislocation communautaire, un état des lieux aggravé par de multiples catastrophes (marée noire, Katrina). Alors que les sciences sociales scrutent les nouvelles formes de socialité issues de la postmodernité, peuple indigène bientôt sans terre, les Houmas livrent un ultime combat qui nous rappelle le besoin fondamental d'être-au-monde que seul l'ancrage local peut procurer.

  • Titre traduit

    After the Houmas, the Flood : anthropology of a cultural agony


  • Résumé

    The notion of deterritorialization is at the heart of the problem faced by the Houma Indian of Southeastern Louisiana. The ethnohistorical perspective reveals such a recurring process of land dispossession, since the loss of this community's ancestral territory to the multiple encroachments by agents of colonization. Transplanted later to a no-man's land, namely an area of marshlands, the Houmas have managed to tame this unusual landscape by developing new knowledge and restructuring their material culture, as they substituted agriculture for fishing, and trapping. As a consequence, their earthly existence had to switch to an amphibious worldview. However, soon overtaken by the economic development of the region, the Houmas faced another wave of expropriations by the oil and gas companies. In addition, their territory has no legal value so far, as the Bureau of Indian Affairs has rejected their native status, a decision that deprives them of an autonomous reservation. But there is a more insidious form of deterritorialization, which consists in a dazzling ecocide. Due to the excess of industrialization, coastal erosion will soon eradicate this whole environment. Despite a resilient attitude, an exodus is already in progress, which on its wake will generate community dislocation, a situation that is worsened by multiple disasters (BP oil spill, Katrina). While social scientists scrutinize the new forms of sociality generated by postmodernity, the Houmas, as an indigenous people that will soon be landless, deliver a final battle that reminds us of the basic need of being-in-the-world that only local rooting can provide.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (404 p.)
  • Annexes : Bibliogr. p. 377-391. Index

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