L'opération de crédit « Schuldscheindarlehen » : qualification juridique d'un instrument de financement allemand

par Antoine Romain Cuny

Thèse de doctorat en Droit comparé

Sous la direction de Stephanie Régine Rohlfing-Dijoux.

Soutenue le 12-12-2012

à Paris 10 , dans le cadre de École Doctorale de Droit et de Science Politique (Nanterre) .

Le président du jury était Joachim Gruber.

Le jury était composé de Stephanie Régine Rohlfing-Dijoux, Joachim Gruber, Nicolas Mathey, Augustin Boujeka, Rainer Kemper, Michael Lamla.

Les rapporteurs étaient Nicolas Mathey.


  • Résumé

    L'opération de crédit "Schuldscheindarlehen" est apparue dans le paysage bancaire et financier allemand au milieu du XIXème siècle. Son essor, au cours des dernières décennies, rend plus que jamais pertinente la question de sa qualification juridique en droit français. L'opération se présentant comme un prêt de nature syndiquée, aux participations cessibles selon des voies simplifiées, est généralement perçue par les financiers comme un outil efficace de financement de l'économie, véritable troisième voie capable de concurrencer la syndication de crédit et l'emprunt obligataire. L'étude des actes juridiques ayant a priori une fonction centrale dans l'opération (Partie I) met en exergue plusieurs spécificités. La possibilité laissée à un large éventail d'investisseurs (banques, compagnies d'assurance, fonds d'investissement) de participer au contrat de prêt favorise la levée massive des fonds, dans le respect d'un cadre juridique fortement standardisé et allégé. Les reconnaissances de dette (Schuldschein) qui sont émises par l'emprunteur au moment de la formation du contrat de prêt, dont on a pu penser qu'elles participaient à la circulation des créances, ne revêtent pas la qualification de titres financiers en droit allemand, ce qui exclut a fortiori qu'elles soient le support des participations. Ce n'est en revanche pas le cas des accords de cession, qui grâce à leur standardisation et aux règles civilistes de cession de créance de droit allemand plus légères qu'en droit français, contribuent sensiblement à la fongibilité et la négociabilité des créances. Il est soutenu que le "Schuldscheindarlehen" est une opération de crédit sui generis pouvant être décrite comme "quasi-obligataire" (quasi-négociable, quasi-fongible). Au regard du droit français, c'est avec le prêt à bons de caisses nominatifs qu'elle paraît présenter le plus de connivences, sans pour autant être parfaitement assimilable.L'étude des services éventuellement fournis par l'intermédiaire financier (Partie II), lors de la phase de formation de l'opération, comme arrangeur-placeur de participations, et/ou lors de son exécution, comme animateur de marché et/ou agent payeur et/ou fiduciaire, révèle leur contribution respective pour une gestion plus rationnelle et plus efficace de l'opération, qui bénéficie à la liquidité des participations et à la diminution des coûts. Le recours aux produits dérivés et/ou structurés a, en outre, permis de donner récemment naissance à des opérations pour des montants plus petits et des durées plus courtes, rendant accessible aux PME cette source de financement, dans un cadre juridique et des structures d'accompagnement à la solidité éprouvée par plusieurs années de pratique. Si ces mécanismes sont largement connus en droit français et peuvent être employés lors d'une syndication de crédit ou un emprunt obligataire, néanmoins, l'analyse met en évidence que le "Schuldscheindarlehen" peut être utilisé en droit allemand comme structure juridique de base à la titrisation de créances (CDO), en lieu et place d'une émission obligataire. Par ailleurs, les participations sont éligibles aux refinancements sur le marché monétaire, ce qui contribue à rendre l'opération plus attrayante pour les investisseurs. D'autres aspects (p. ex. sûretés, procédures collectives) sont analysés dans l'étude afin de donner une vue aussi complète et actuelle que possible de l'opération.

  • Titre traduit

    The credit transaction « Schuldscheindarlehen » : legal classification of a German funding instrument


  • Résumé

    The credit transaction "Schuldscheindarlehen" appeared in the German banking and financial landscape in the middle of the nineteenth century. Its growth during recent decades makes the question of its legal classification under French law more relevant than ever. The transaction operates as a loan of syndicated nature, with relatively simple ways of transferring participations, and is generally perceived by financiers as an effective tool for financing the real economy. It is a competitive option to financing by way of syndicated loan or bond issue. The analysis of legal documents with a priori a central role in the operation (Part I) highlights several specific features of the operation. The possibility given to a wide range of investors such as banks, insurance companies, and investment funds to participate in the loan agreement promotes massive fundraising within a highly standardized and streamlined legal framework. The debt certificates "Schuldschein" issued by the borrower at the time of the formation of the loan agreement, which were expected to be part of the circulation of debts, are not classified as securities under German law. A fortiori, this excludes them from being used in support of any claims. However, this is not the case for assignment agreements. Assignment agreements contribute significantly to the fungibility and transferability of the participations, owing to their standardization and to German civil law rules of assignment of claims, which are less constraining than French law rules. It is argued in the study that the "Schuldscheindarlehen" is a sui generis form of credit that can be described as "quasi-bond" (quasi-negotiable, quasi-fungible). Under French law the strongest resemblance is with the participation loan “prêt à bons de caisse nominatifs”, without being identical. The analysis of services provided by the financial intermediary (Part II), during the formation phase of the operation -as an arranger-underwriter of the participations, and/or during the running phase, as a market maker and/or a paying agent and/or a trustee- points out their respective contributions to a more rational and efficient management. This favours the liquidity of the participations and decreases the costs. Moreover, the use of derivatives and/or structured products has given birth recently to operations for smaller amounts and shorter durations, making this source of funding accessible to SMEs within a legal framework and support structures, developed by many years of practice. Although these mechanisms are widely known in French law and can be applied to syndicated loan or bond issue, the analysis highlights that "Schuldscheindarlehen" can also be used under German law as the legal structure of a debt securitization (CDO), in lieu of a bond issue. In addition, its participations are eligible for refinancing in the European money market, which helps to make the operation more attractive to investors. Other aspects such as collateral, and insolvency are analyzed in the study in order to give as full and updated a picture of the operation as possible.


  • Résumé

    Das Kreditgeschäft "Schuldscheindarlehen" bildete sich im deutschen Banken- und Finanzwesen in der Mitte des neunzehnten Jahrhunderts heraus. Das Wachstum der letzten Jahrzehnte macht nun mehr denn je die Frage seiner rechtlichen Einordnung im französischen Recht relevant. Die Operation stellt sich als Darlehen von syndizierter Natur dar, mit Beteiligungen, die in vereinfachter Weise übertragbar sind, wird in der Regel von Finanziers als ein wirksames Instrument für die Finanzierung der Realwirtschaft und präsentiert eine sinnvolle dritte Weise, die ohne Bedenken mit der Kreditsyndizierung und der Anleihe konkurrieren kann. Die Analyse der Rechtsgeschäfte mit einer a priori zentralen Rolle in der Operation (Part I) hebt mehrere Besonderheiten hervor. Die Möglichkeit, die einer Vielzahl unterschiedlichster Investoren (Banken, Versicherungen, Investmentfonds) gegeben ist, sich am Darlehensvertrag zu beteiligen, fördert eine massive Mittelbeschaffung, innerhalb eines rechtlich hoch standardisiert und gestrafften Rahmens. Die Schuldscheine, die durch den Kreditnehmer zum Zeitpunkt der Entstehung des Darlehensvertrags ausgestellt werden, von denen man hätte denken können, dass sie als eine Verbriefungsart der Forderung angesehen werden könnten, werden im deutschen Recht nicht als Wertpapiere eingestuft. A fortiori sind sie als Grund der Beteiligungenverkehrsfähigkeit ausgeschlossen. Dieses ist jedoch nicht der Fall der Abtretungsvereinbarungen, die einen wesentlichen Beitrag zur Fungibilität und Übertragbarkeit der Beteiligungen, aufgrund ihrer Standardisierung und den deutschen zivilrechtlichen Vorschriften der Abtretung von Ansprüchen, die einfacher als mit dem französischen Recht vereinbar sind, leisten. Es wird in der Studie argumentiert, dass das "Schuldscheindarlehen" eine Kreditform sui generis darstellt, die als "Quasi-Anleihe" (quasi-verhandelbar, quasi-fungibel) beschrieben werden kann. Im französischen Recht, scheint es dem Darlehen "prêt à bons de caisse nominatifs" zu ähneln, ohne jedoch vollständig assimilierbar zu sein. Die Analyse von Dienstleistungen durch Finanzvermittler geleistet (Part II), während der Entstehungsphase der Operation, als Arrangeur-Underwriter der Beteiligungen, und/oder während der laufenden Phase, als Market Maker und/oder Zahlstelle und/oder Treuhänder, weist darauf hin, ihre jeweiligen Beiträge zu einer rationelleren und effizienteren Verwaltung des Geschäftes, die der Liquidität der Beteiligungen zugute kommt und die Kosten senkt. Außerdem hat unter anderem der Einsatz von Derivaten und/oder strukturierten Produkten zur Entstehung von Operationen mit kürzeren Laufzeiten und kleineren Beträgen geführt, was diese Finanzierungsquelle zugänglich für KMU gemacht hat, in Bezug mit einem rechtlichen Rahmen und unterstützenden Strukturen, die seit mehreren Jahren Praxiserfahrung bewähren. Wenn diese Mechanismen häufig im französischen Gesetz bekannt sind und bei einer Kreditsyndizierung oder einer Anleihe angewendet werden, zeigt jedoch die Analyse, dass das "Schuldscheindarlehen" nach deutschem Recht auch als rechtliche Struktur einer Verbriefung (CDO) anstelle einer Anleihe verwendet wird. Darüber hinaus sind die Beteiligungen zur Refinanzierung auf dem europäischen Geldmarkt zulässig, was die Operation für Investoren attraktiver macht. Andere Aspekte (z.B. Sicherheiten, Insolvenzen) werden in der Studie analysiert, um ein möglichst vollständiges und aktuelles Bild von der Operation zu geben.

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