Les possibilités d'être après la torture : sociologie clinique du système torturant

par Muriel Montagut

Thèse de doctorat en Sociologie

Sous la direction de Vincent de Gauléjac.

Soutenue en 2012

à Paris 7 .


  • Résumé

    La pratique de la torture est le paroxysme de la volonté de déshumanisation et place l'être humain qui le subit "hors lien social". C'est tout son être-au-monde (c'est-à-dire la façon dont le sujet s'ouvre au monde) qui s'en trouve renversé. Pour ne pas imputer au sujet la responsabilité des symptômes qu'il présente dans cet après-coup, la torture doit être appréhendée d'un point de vue sociopolitique et non plus sous le seul éclairage d'une problématique psychique. Cette thèse vise à analyser dans cette optique le système torturant, sa logique, ses enjeux et ses effets. Par l'analyse croisée d'études de cas et d'entretiens semi-directifs avec d'anciens patients rencontrés en tant que psychologue, nous verrons que l'humain se brise selon des points de rupture spécifiques : le système torturant altère les possibilités du sujet à la fois d'être sujet de son histoire mais aussi d'interagir avec autrui. Le sujet ne crée plus de mondes, mais s'enferme dans le sien. Sa capacité à s'exprimer se crispe : cela se traduit sur le plan langagier par l'altération de la dimension poétique de la pensée (capacité à donner forme et sens à son environnement). L'impact du système torturant est indélébile sur l'humain qui l'a produit et sur celui qui l'a subi. Pour ce dernier, se désengager sur du long terme des effets du système torturant nécessitera une véritable stratégie d'évitement, et sera marqué durablement par une mélancolisation du lien à l'autre.

  • Titre traduit

    Possibilities of being after the torture : clinical sociology of the torturing system


  • Résumé

    The practice of torture represents the ultimate extremity of the intention to dehumanize human beings and submit them to a position where they are "beyond social relationships". It overturns the individual's being-in-the-world (that is to say, the way in which the subject opens up to the world). In order not to consider the subject as being responsible for the symptoms he subsequently shows, torture must be considered to be a social-political event and no longer in the light of a merely psychic problem. Using this point of view, this thesis aims to analyze the torturing system, its logic, the issues involved and its effects. Using a crossed analysis of case studies consisting of semi-directive interviews with former patients who were encountered as a psychologist, we will see that the human being cracks at specific breaking points : the torturing system alters the subject's possibilities of being both subject of his history and at the same time interacting with others. The subject no longer creates outside worlds but closes up into his own. His abilityt to express himself is blocked : this in turn has an impact in terms of his language and transforms the poetic dimension of thinking (the ability to give shape and meaning to one's environment). The impact of the torturing system leaves a permanent trace both on the human beings who have perpetrated it and also on those who were subjected to it. For the latter, getting away from the long term effects of the torturing system requires a real avoidance strategy and they will be durably affected by melancholic relationship with others.

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Informations

  • Détails : 1 vol. (411 f.)
  • Annexes : 108 réf.

Où se trouve cette thèse ?

  • Bibliothèque : Université Paris Diderot - Paris 7. Service commun de la documentation. Bibliothèque Universitaire des Grands Moulins.
  • PEB soumis à condition
  • Cote : TL (2012) 055
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