Fictions d'apocryphes au XXeme siècle chez Borges, Boulgakov et Saramago. Théorie et parcours

par Alexandra Ivanovitch

Thèse de doctorat en Littérature comparée

Sous la direction de Danièle Chauvin.

Soutenue le 08-12-2012

à Paris 4 , dans le cadre de École doctorale Littératures françaises et comparée (Paris) , en partenariat avec Centre de recherche en littérature comparée (Paris) (équipe de recherche) .

Le président du jury était Pierre Brunel.

Le jury était composé de Jean-Louis Backès, Rémi Gounelle, Michel Lafon, Sylvie Parizet, Silvia Amorim.


  • Résumé

    Dans Naissance de Dieu. La Bible et l’historien, Jean Bottéro explique qu’il ne nous est resté que le livret de la pièce : la Bible. L’apocryphe en est le supplément. Outre les livraisons irrégulières et parcimonieuses, venues des sables d’Égypte entre autres, que nous a léguées l’histoire des découvertes archéologiques, il est un fonds incommensurable par lequel d’autres écrits apocryphes chrétiens nous sont parvenus : la littérature du XXe siècle. Borges, par tel poème se présentant comme un fragment de manuscrit apocryphe retrouvé, Boulgakov en insérant dans Master i Margarita [Le Maître et Marguerite] un évangile centré sur Pilate, Saramago avec son roman brûlot O Evangelho segundo Jesus Cristo [L’Évangile selon Jésus-Christ]: tous ont fourni des livraisons supplémentaires à ce que Jean Bottéro appelait la « pièce ». Les textes de notre corpus sont à lire comme des fictions d’évangiles apocryphes ; mais l’histoire de la (non-)réception des écrits apocryphes chrétiens depuis l’Antiquité ne nous enseigne-t-elle pas qu’ils furent très souvent considérés comme de la fiction ? Le canon biblique distingue les textes inspirés des autres, relégués au statut de fables ou d’inventions : et tout le reste est littérature… En outre, les apocryphes, antiques et modernes, attestés et fictifs, constituent autant de midrashim, parfois paradoxaux sur les Écritures. En quoi la notion de midrash, cette forme d’exégèse narrée et de narration interprétative, permet-elle de projeter un regard nouveau sur la théorie de l’intertextualité ? Conformément à ce que le sous-titre annonce, au terme de ces considérations plus théoriques, le dernier temps de la réflexion est consacré à l’étude plus détaillée des textes du corpus, à la lumière des critères qu’avait jadis dégagés Auerbach, dans Mimésis, pour distinguer la Bible des récits profanes. L’apocryphe, dans tous ses états et manifestations, nous invite à scruter les ‘définitions’, au sens étymologique du terme, à savoir les frontières de la Bible et la littérature. Plus encore que de livrer une étude thématique ou intertextuelle sur les réécritures de l’Évangile au XXe siècle, cette thèse entend reposer des questions – canoniques – de littérature générale, à travers un prisme biblique.

  • Titre traduit

    XXth century Fictional Apocrypha by Borges, Bulgakov and Saramago. Theory and Studies


  • Résumé

    In Naissance de Dieu. La Bible et l’historien [The Birth of God. The Bible and the Historian], Jean Bottéro explains that we are left with the play’s libretto: the Bible. The apocrypha is the supplement. Apart from the irregular and parsimonious issues, notably from the sands of Egypt, transmitted to us by the history of archaeological finds, there is an immeasurable collection through which other apocrypha have come to us: XXth century literature. Borges, through his poems presenting themselves as apocryphal manuscripts which are lost and found, Bulgakov by inserting a Gospel centered on Pilate in his Master i Margarita [The Master and Margarita], Saramago with his O Evangelho segundo Jesus Cristo [The Gospel According to Jesus-Christ]: all have given supplements to what Jean Bottéro called the « libretto ». These texts are to be read as fictional apocryphal Gospels; but then again, the history of the (non-)reception Christian apocrypha encountered since Antiquity tells us that they were very often considered and read as mere fiction. The Biblical canon distinguishes the inspired texts from the rest, which is relegated to the status of fables or inventions: and all the rest is literature… Furthermore, the apocrypha, be it antique or modern, attested or fictional, constitute midrashim on the Sacred Scriptures, which are sometimes paradoxical. How does the notion of midrash -- a form of narrated exegesis and interpretative narration -- allow us to see differently the theory of intertextuality? As stated in our subtitle, after these more theoretical considerations, the last part of our dissertation is dedicated to a more detailed study of our body of texts, in the light of the criteria Auerbach used in Mimesis to distinguish the Bible from secular narratives. The apocrypha invite us to examine the ‘definitions’, in the etymological sense of the term, that is, the frontiers between the Bible and literature. More than a thematical or intertextual study, this dissertation strives to give answers to some of the canonical questions tackled by the theory of literature, through a Biblical prism.


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