Conscience et attestation : le rôle méthodologique de « l’appel de la conscience » (Gewissensruf) dans Ètre et temps de Heidegger

par Gregor Bartolomeus Kasowski

Thèse de doctorat en Philosophie

Sous la direction de Jean-François Courtine et de Jean Grondin.

Soutenue le 19-06-2012

à Paris 4 en cotutelle avec l'Université de Montréal , dans le cadre de École doctorale Concepts et langages (Paris) , en partenariat avec Métaphysique, histoires, transformation, actualité (Paris) (laboratoire) .

Le jury était composé de Jean-François Courtine, Jean Grondin.


  • Résumé

    Cette étude vise à exposer le rôle méthodologique que Martin Heidegger attribue àla conscience (Gewissen) dans Être et temps et à faire ressortir les implications de soninterprétation de « l’appel de la conscience » comme le moyen de produire l’attestation(Bezeugung) de l’existence authentique en tant que possibilité du Dasein (ou être-dans-le-monde). Notre objectif initial est de montrer comment la notion heideggérienne deconscience a évolué avant la publication d’Être et temps en 1927 et d’identifier les sourcesqui ont contribué à l’interprétation existentiale de la conscience comme « l’appel dusouci. » Notre analyse historique révèle notamment que Heidegger n’a jamais décrit laconscience comme un « appel » avant sa lecture du livre Das Gewissen (1925) par HendrikG. Stoker, un jeune philosophe sud-africain qui a étudié à Cologne sous la direction de MaxScheler. Nous démontrons plus spécifiquement comment l’étude phénoménologique deStoker—qui décrit la conscience comme « l’appel du devoir (Pflichtruf) » provenant del’étincelle divine (synteresis) placée dans l’âme de chaque personne par Dieu—a influencél’élaboration du concept de « l’appel existentiel » chez Heidegger. Mettant l’accent sur lerôle méthodologique de la conscience dans Être et temps, nous soulignons aussil’importance des liens entre son concept de la conscience et la notion de « l’indicationformelle » que Heidegger a mise au coeur de sa « méthode » dans ses cours sur laphénoménologie à Freiburg et Marbourg. Alors que de nombreux commentateurs voientdans « l’appel de la conscience » une notion solipsiste qui demeure impossible en tantqu’expérience, nous proposons un moyen de lever cette difficulté apparente en tentant defaire ressortir ce qui est « indiqué formellement » par la notion même de la conscience(Gewissen) dans Être et temps. Cette approche nous permet d’affirmer que le concept deconscience chez Heidegger renvoie à un phénomène de « témoignage » qui estradicalement différent de la notion traditionnelle de conscientia. Guidé par les principes mêmes de la phénoménologie heideggérienne, nous procédons à une analyse« destructrice » de l’histoire du mot allemand Gewissen qui nous révèle que la significationoriginelle de ce mot (établie dans le plus ancien livre préservé dans la langue allemande : leCodex Abrogans) était testimonium et non conscientia. À l’origine, Gewissen signifiait eneffet « attestation »—ce qui est précisément le rôle assigné à la conscience par Heideggerdans Être et temps. Sur la base de cette découverte, nous proposons une manière decomprendre cette « attestation » comme une expérience possible : l’écoute du « témoignagesilencieux » du martyr qui permet à Dasein de reconnaître sa propre possibilitéd’authenticité.

  • Titre traduit

    Conscience and Attestation : The Methodological Role of the “Call of Conscience” (Gewissensruf) in Heidegger’s Being and Time”


  • Résumé

    This study aims to exhibit the methodological role that Martin Heidegger assigns toconscience (Gewissen) in Being and Time and to reveal the implications of hisinterpretation of the “call of conscience” as the means of producing the attestation(Bezeugung) of authentic existence as a possibility of Being-in-the-world (or Dasein). Webegin by seeking to understand how Heidegger’s notion of conscience evolved prior to the1927 publication of Being and Time and to identify the sources which contributed to hisinterpretation of conscience as the “call of care.” Our historical analysis notably revealsthat Heidegger never once describes conscience as a “call” before reading Das Gewissen(1925) by Hendrik G. Stoker, a young South African philosopher who studied under MaxScheler’s direction at the University of Cologne. We specifically examine how Stoker’sphenomenological study—which describes conscience as the “call-of-duty” issued to eachhuman being by the divine “spark” (synteresis) placed in his or her soul by God—contributed to shaping Heidegger’s account of the “existential call.” Focusing on themethodological role of conscience in Being and Time, we analyze Heidegger’s major workin light of his early lectures on phenomenology at Freiburg and Marburg. This approachconfirms the relation between conscience in Being and Time and the concept of “formalindication” that Heidegger placed at the heart of his evolving “method” ofphenomenological investigation. While many commentators have argued that Heidegger’s“call of conscience” is solipsistic and impossible to experience, we propose a way ofreconsidering this apparent impasse by examining what Being and Time itself “formallyindicates” with regard to conscience. We show that Heidegger’s conscience points to aphenomenon of existential “testimony” which is radically different from the traditionalnotion of conscientia. Guided by Heidegger’s “formal indication” of conscience, we“destructively” review the history of the German word Gewissen and reveal its originalmeaning to be “testimonium” not “conscientia.” In recognizing that Gewissen originally meant “attestation,” we show how Heidegger’s existential phenomenon of conscience canbe understood as Dasein’s experience of hearing the “silent testimony” of the martyr.


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